Essaouira – Un aréopage d’intellectuels, de hauts responsables et d’acteurs engagés ont pris part, à une Session-Conversation articulée autour de la thématique  »tolérance et progrès social : Le dialogue entre les cultures, facteur de paix », organisée dans le cadre de la 2è édition des Etats Généraux des Entreprises Citoyennes qui a clos ses travaux dimanche à Essaouira.

Ce panel a été l’occasion pour les différents intervenants de s’arrêter sur le concept de tolérance et son lien avec le progrès social, tout en examinant les moyens à mettre en oeuvre pour consolider le respect et la compréhension mutuels au sein des sociétés.

La plénière a été aussi l’occasion pour les différents participants de pointer du doigt certaines imperfections et dysfonctionnements à même d’ouvrir la voie à la montée de l’intolérance et de l’incompréhension notamment dans un monde en proie actuellement à la fracture, aux violences et au déni.

Intervenant à cette occasion, M. André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi et Président Fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, a mis en avant l’esprit de tolérance, ainsi que les valeurs d’ouverture et du vivre-ensemble qui constituent l’ADN de la ville d’Essaouira, notant que cette réalité irréversible et palpable est la résultante d’un choix bien précis et d’une démarche concrète basée sur la résistance à l’amnésie, ainsi que sur une réappropriation de l’histoire trois fois millénaire.

Tout en mettant en avant les efforts inlassables déployés par le Maroc pour la promotion des nobles valeurs de paix, de tolérance, et du vivre-ensemble sous la conduite éclairée et le leadership visionnaire de SM le Roi Mohammed VI, il a indiqué que l’adoption de la Constitution de 2011 a été « un moment charnière et demeurera la pièce fondatrice de cette réappropriation de la totalité de notre histoire ».

 »La Constitution dans son préambule stipule que le Maroc d’aujourd’hui, celui que nous partageons a été façonné, nourri et modelé par les civilisations berbère, juive, ensuite par la civilisation arabo-musulmane et par l’enracinement africain et aussi notre mémoire andalouse », a-t-il rappelé.

« Nous avons remonté le seuil, et c’est déjà limpide et fondamental (..) et la société civile ne doit pas être spectatrice mais le moteur, à la fois pour nourrir, comme on le fait à Essaouira et dans beaucoup d’autres villes, ce discours de la diversité reconnu, assumé et valorisé », a-t-il insisté.

Sheikha Lubna Bint Khalid Al Qassimi, ancienne ministre de l’économie, de la coopération internationale et de la tolérance aux Emirats Arabes Unis (EEAU), a relevé que la tolérance demeure un concept perçu différemment et renvoie à l’idée de l’acceptation de politiques, de religions, voire même de l’égalité du genre ou de l’acceptation de la différence.

Après avoir passé en revue une batterie de mesures et d’initiatives prises au niveau de l’EEAU pour consolider la tolérance et le respect mutuels, elle a insisté sur le rôle de l’éducation ainsi que sur l’impératif d’institutionnaliser ces valeurs de paix et de tolérance et de les promouvoir au sein de la société afin de préparer un milieu sain pour les générations montantes.

Sheikha Intisar Salem Al Ali Al Sabah, fondatrice de la Fondation Intisar, et initiatrice de plusieurs projets et initiatives en faveur de la tolérance, a mis en évidence, quant à elle, l’importance de la bienveillance pour lutter contre l’intolérance, estimant que la mise en application des lois en vigueur ne suffit pas à créer un climat de tolérance et de paix au sein des sociétés, mais il faudrait agir via des approches concrètes afin de permettre aux individus au sein d’une communauté, de s’écouter, d’échanger, de se parler et de travailler ensemble.

Elle a insisté aussi sur l’importance de mener des initiatives concrètes au sein des écoles, tout en oeuvrant en vue de renforcer les liens entre les élèves et entre ces derniers et leurs professeurs, estimant qu’il existe plusieurs voies qui mènent droit vers la tolérance, à commencer par le dialogue, le soutien psychologique et la banalisation des intimidations et du mépris.

De son côté, M. Rachid Benzine, chercheur et islamologue, a établi un diagnostic détaillé de la situation des valeurs de paix et de tolérance au sein du monde arabe et des sociétés européennes, faisant savoir que, pour lui, le mot tolérance est aussi un régime de gouvernance dans la manière dont on gère les conflits à l’intérieur d’un pays ou d’une société.

Et de poursuivre que le concept de tolérance ne peut être que l’étape transitoire vers cette idée du respect. « Il s’agit d’un long processus en ce sens qu’avec les questions du respect et de la tolérance, ce qui est en oeuvre c’est de savoir comment gérer des conflits dans une société, comment les gérer quand on a ce qu’on appelle de différents types de régimes de vérité », a-t-il dit.

Dans ce sens, il a mis l’accent sur le lien entre tolérance et vérité, tout en s’interrogeant qui détient la vérité, qui dit la vérité et qui impose la vérité. Il a relevé que dans un espace démocratique pluriel, il ne peut pas y avoir une vérité qui est au-dessus des autres.

M. Omar Sall, cinéaste, a estimé que le mot tolérance n’aura pas d’importance en dehors de la signification que pourra lui conférer le contexte qui est derrière, se félicitant que son pays le Sénégal se veut une terre où la tolérance est profondément vécue.  »Il faut absolument vivre la tolérance pour comprendre qu’est ce que c’est. Ce n’est pas un simple concept figé mais une réalité à vivre pour l’apprécier », a-t-il indiqué.

A ses yeux, si la tolérance peut s’avérer temporaire et risque de ne pas trop durer, il serait plutôt judicieux de rester sur le concept  »de respect en tout cas, si nous voulons une société solidaire qui se développe dans un vrai Etat de droit et de manière durable ».  »Le respect doit être la mère nourricière », a-t-il insisté.

En guise de conclusion, Mme Amandine Lepoutre, fondatrice et présidente de Thinkers and Doers, a salué la qualité des débats et des échanges lors de ce panel, plaidant en faveur de la fédération des efforts de tous pour bâtir ensemble la tolérance et le vivre-ensemble.

Auteur: Meriem IGASS
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