60 000. C’est, en moyenne, le nombre de jeunes qui sortent des établissements d’enseignement supérieur au Cameroun chaque année depuis cinq ans. Pour la plupart, le rêve est d’intégrer la fonction publique. Malgré les efforts du gouvernement pour promouvoir l’auto emploi ou le secteur privé, l’administration publique ou, à tout le moins, les entités publiques, semblent toujours plus attractives pour les chercheurs d’emplois. Si le désir de travailler pour l’Etat est légitime, encore faut-il s’assurer d’avoir le profil de l’emploi. En effet, le gouvernement indique dans son Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme, “qu’en ce qui concerne les recrutements des personnels de l’Etat, les priorités devront concerner les domaines comme la Santé, l’agriculture, la production animale, la recherche et la production minière, les télécommunications, la météorologie, le cadastre, l’urbanisme, les affaires sociales, etc.”

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Le hic, c’est que la formation technique et professionnelle n’est pas toujours en étroite adéquation avec les besoins du marché du travail. Les statistiques du ministère des Enseignements secondaires montrent que établissements d’enseignement professionnel n’accueillent que peu d’étudiants, moins de 20% en 2019. Ces derniers se concentrent sur quelques filières telles que le bâtiment (environ 25% du total des effectifs), au détriment d’autres secteurs importants de l’économie comme le tourisme (3% des effectifs) et l’agriculture (moins de 1%).

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Même au niveau de l’enseignement supérieur, si les inscriptions ont considérablement augmenté avec la multiplication des universités publiques, les programmes proposés et la répartition des étudiants par discipline laissent supposer un décalage par rapport aux besoins du marché du travail. Exception faite des écoles normales, les filières stratégiques ne représentent que 5% des effectifs (cycle d’ingénieur) et 2% (études médicales) alors que le gros des effectifs se concentre dans les filières «Economie et gestion» (26%), «Droit» (24%), «Sciences» (22%), «Sciences humaines» (20%). Et ce, alors même que le pays est engagé depuis une décennie dans un vaste programme de projets structurants où le besoin en main d’œuvre qualifié est certain.

Transformation structurelle

Au-delà du profil, la fonction publique pose également le problème de la masse salariale qui culmine à 1069,8 milliards de FCFA en 2021. Elle est projetée à 1124,8 milliards de FCFA en 2022, 1167 milliards 2023 et 1211,7 milliards en 2024. L’étude menée par le ministère des Finances sur la soutenabilité de la masse salariale en 2018 a montré qu’en 2016 la masse salariale représentait 21% du budget de l’Etat et 38,5% des recettes fiscales, au-dessus de la norme communautaire de 35%. Selon cette étude, la masse salariale a augmenté à un rythme moyen annuel de 7,8% contre 7,6% pour les recettes fiscales sur la même période.

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L’étude aboutit aux résultats suivants : avec l’hypothèse de la croissance annuelle des recettes fiscales de l’ordre de 4,5%, il est possible d’effectuer en moyenne 5948 nouveaux recrutements chaque année, mais sans marge pour l’augmentation des salaires ; avec l’hypothèse d’une croissance des recettes fiscales de 6 % par an, un volume annuel moyen 7208 nouveaux recrutements peut être permis, avec une possibilité d’ajustement salarial au taux maximum global de 8 % sur toute la période. Cette marge d’ajustement pourrait également couvrir de nouvelles mesures catégorielles, tout comme elle pourrait permettre de diminuer le stock de la dette salariale ; avec l’hypothèse d’une croissance des recettes fiscales de 8,3% par an, l’on pourrait envisager une moyenne de 7536 nouveaux recrutements, avec la possibilité d’ajustement salarial au taux maximum global de 22 % sur toute la période. Cette d’ajustement est également utilisable pour la couverture des éventuelles mesures catégorielles ou encore, pour diminuer le stock de la dette salariale.

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Auteur: Philipe NSOA
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