Le Forum national du dialogue, qu’a abrité hier l’École supérieure d’hôtellerie d’Aïn Bénian, constitue cette première concertation ayant regroupé une douzaine de partis politiques, des personnalités, des représentants d’organisations syndicales et de la société civile, dans l’objectif d’une solution consensuelle à la crise politique que vit le pays. Dès l’entame des travaux coordonnés par le diplomate et ancien ministre Abdelaziz Rahabi, les participants ont été unanimes à mettre en relief, dans leurs interventions, la nécessité de revenir dans les meilleurs délais au processus électoral et de réunir les conditions idoines pour réussir une présidentielle intègre consacrant la volonté populaire.

En ce sens, et quoique la quasi-majorité des chefs des partis politiques présents à cette événement relève du camp de l’opposition, certains n’ont pas manqué de saluer les engagements contenus dans le dernier discours du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, en vue d’une présidentielle propre et honnête. C’est le cas d’Ali Benflis, président de Talai El Houriyet, qui a estimé que le message adressé le 3 juillet par M. Bensalah à la nation a fait bouger quelques lignes, dont il ne faut pas sous-estimer l’importance» et en vertu desquelles «il est possible d’envisager une sortie de l’impasse actuelle». En ce sens, M. Benflis explique que les données y afférentes résident notamment dans le fait que le «régime politique en place a renoncé à la mainmise sur la conduite et la gestion du dialogue national».
Dans la même lignée, il s’est également félicité du fait que la conduite du dialogue est confiée à «un panel de personnalités nationales, crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale. «Il se félicite aussi de la ‘‘stricte neutralité’’ que compte observer le régime vis-à-vis du dialogue à qui il est confié la double mission de l’instance chargée de la préparation et du contrôle de l’élection présidentielle et de l’amendement de la loi électorale». Dans son intervention, il a notamment soutenu que «tout règlement de la crise doit s’inscrire dans la trajectoire de la satisfaction des revendications justes et légitimes de la révolution démocratique et pacifique», tout en plaidant pour le changement du régime politique qui est, selon lui, une «nécessité vitale» et auquel devra correspondre une nouvelle Constitution fondatrice.

Organiser la passation du pouvoir au peuple

Le président de Jil Jadid, Sofiane Djilali, a mis en relief dans son intervention ce qu’il considère comme étant «la seule issue pour les tenants du régime», à savoir organiser la passation du pouvoir au peuple. Il a fait part aussi de l’impératif de «respecter la volonté populaire et la traduire en propositions concrètes devant offrir au pays paix, sécurité et développement». Il a indiqué en outre que le processus de changement «doit commencer avec la désignation d’une commission dont la composante devra être potentiellement acceptée par tous et qui serait mandatée pour nouer des contacts avec tous les partenaires politiques pour débattre, notamment, des questions liées à l’autorité qui aura la responsabilité d’organiser l’élection présidentielle ainsi que les amendements à apporter à la loi électorale. Il a appelé, en outre, «au changement de l’actuel gouvernement, au départ de tous les symboles de l’ancien régime et à un consensus autour de la date du déroulement de la présidentielle».
Pour le président de Jil Jadid, ce n’est qu’après l’élection présidentielle qu’il conviendra d’aller vers l’élaboration de la Constitution de l’Algérie nouvelle. Pour sa part, le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrezak Makri, a estimé que «le moment est venu de cristalliser une vision commune concrétisant la transition démocratique réussie», soulignant que «la plupart des acteurs sont convaincus que la consécration de la démocratie et la réalisation des profondes réformes constitutionnelles interviendront après l’élection présidentielle dans des délais courts et raisonnables». Il insiste sur le caractère antidémocratique d’imposer «une assemblée constituante désignée pour la reconstruction de l’Etat». Il considère que le fait de recourir à une phase de transition étalée dans la durée ne pourra que conduire au chaos. Il ne manquera pas, en outre, de se féliciter de la non-imposition par le chef de l’Etat d’une date pour l’élection présidentielle.

Une vision commune pour cristalliser les revendications populaires

«Les jeunes sont la force de la Nation et l’espoir de son avenir», a estimé pour sa part le président du Front pour la justice et le développement, Abdallah Djaballah, appelant à la poursuite de la dynamique des manifestations pacifiques jusqu’à la satisfaction des revendications citoyennes. Il a émis le souhait de voir la conférence se traduire par l’émergence d’une vision commune pour la réalisation des revendications légitimes du peuple algérien, appelant à des mesures à même de «restaurer la confiance à travers la libération des détenus d’opinion». Le président de l’Union des forces démocratiques et sociales (UFDS), Noureddine Bahbouh a plaidé, quant à lui, en faveur de «l’instauration des fondements d’un Etat démocratique et social et la concrétisation de la légitimité populaire à travers une élection présidentielle libre et régulière». La rencontre d’hier consacre, de son avis, le début d’un processus de concertation visant la mise en place «d’une feuille de route consensuelle pour une transition démocratique qui passe par des réformes profondes et la participation de tous». Dans le même sillage, le président du Mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina, a plaidé pour «une transition sereine et pacifique» du pouvoir, soulignant la nécessité de préserver l’unité nationale et de renforcer la cohésion entre le peuple et l’Armée.
Appelant à «se référer à la volonté du peuple» dans une élection présidentielle libre et régulière consacrant «une rupture avec l’ancien système», il a mis l’accent sur la nécessité d’éviter «la vacance des institutions de l’Etat». De son côté, le représentant des acteurs de la société civile, le syndicaliste Sadek Dziri a appelé à la tenue «d’un forum national inclusif» consacrant l’unité nationale et participant à l’édification «d’une Algérie démocratique, sociale, multipartite, civile et régie par la loi dans le cadre des principes de la Proclamation du 1er Novembre 1954». En somme, ce qui ressort à titre de dénominateur commun entre les interventions des participants à la rencontre d’hier, c’est l’urgence d’aller vers une solution consensuelle où seront définis les mécanismes de mise en place d’une instance indépendante qui aura la charge d’organiser l’élection présidentielle consacrant la souveraineté populaire et ouvrant la voie pour la mise en place d’un système démocratique transparent. Aussi, la nécessité de cristalliser les revendications populaires a été réitérée par l’ensemble des intervenants, dont certains ont jugé utile de recourir à certaines mesures d’apaisement dans le sens de rétablir la confiance entre les gouvernants et les gouvernés.
Karim Aoudia
 

Auteur: elmoudjahid
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