Au terme de leurs travaux au palais de l’Unité de Yaoundé, les chefs d’Etat et de gouvernements des six pays de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad) ont décidé d’entamer les discussions avec la France en vue de renégocier les accords de coopération monétaire sur le Franc CFA. « Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France portant sur le Franc CFA, les chefs d’Etat ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération », indique en effet le communiqué final qui a sanctionné les travaux du sommet extraordinaire, qui a été lu par Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la CEMAC. Pour mettre en œuvre cette résolution, Paul Biya et ses homologues de la CEMAC chargent la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) de proposer, dans des délais raisonnables, un schéma approprié devant conduire à l’évolution de la monnaie commune.

Comme l’a expliqué le président équatoguinéen, Téodoro Obiang Nguema, sur les antennes de la télévision camerounaise à capitaux publics, CRTV, les nouveaux accords souhaités devraient porter, entre autres, sur la question du compte d’opération de la Banque centrale. Ledit compte est logé au Trésor français depuis les indépendances, et les pays de la CEMAC ont droit à 50% de ce qu’il génère, la France gardant l’autre moitié. Il est question de revoir à la hausse ce pourcentage, ce qui devrait permettre un rapatriement des fonds plus important, capables de soutenir convenablement les économies des pays de la CEMAC.

Renégocier les accords monétaires avec Paris devrait permettre de prendre des mesures de sauvegarde des économies des pays de la CEMAC dans un contexte où la monnaie commune de la sous-région pourrait connaitre une autre dévaluation. Beaucoup d’analystes pensent également que le Franc CFA serait l’un des principaux facteurs qui expliquent le sous-développement de cette partie du continent africain. Il y a peu, Idriss Déby Itno du Tchad avait donné le ton, pas pour une sortie du Franc CFA comme cela a été le cas de l’UEMOA qui envisage l’éco dès 2020 ; mais pour avoir une monnaie commune plus robuste.

Les accords de coopération monétaire ont été signés à Brazzaville le 23 novembre 1972. Cette coopération est fondée sur la garantie illimitée donnée par la France à la monnaie émise par la Banque centrale des pays  et sur le dépôt auprès du Trésor français de tout ou partie des réserves de change des États membres qui prendront les mesures nécessaires à cet effet. La France, qui a semblé réticente pendant longtemps à la revue des clauses de ces accords, est maintenant d’accord pour engager les négociations, a révélé le président de Guinée Equatoriale.

 Synthèse des Résolutions du Sommet extraordinaire du 22 novembre 2019

Les Chefs d’Etat et de gouvernements de la CEMAC ont :

  1. Salué le retour à une croissance économique positive, la maîtrise de l’inflation, une forte réduction des déficits budgétaires et courantes ;
  2. Relevé avec satisfaction la reconstitution des réserves de change communautaire permettant ainsi de préserver le régime de change parité fixe de la monnaie commune et d’éviter tout ajustement monétaire
  3. 3. Salué les contributions financières et techniques du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de l’Union européenne, de l’Agence française de développement ayant participé significativement à la réussite du programme et de redressement économique de la CEMAC.
  4. 4. Réitéré leur soutien total à la poursuite résolue de la mise en œuvre des mesures pertinentes arrêtées en faveur d’une politique budgétaire soutenable, une politique monétaire appropriée et une coopération internationale renforcée.
  5. Renouvelé leur engagement solidaire visant à faire de la CEMAC, un espace économique émergent à travers l’accélération de la réalisation des infrastructures d’intégration nécessaires à la promotion d’un développement économique et social inclusif.
  6. Décidé de poursuivre les réformes institutionnelles et la mise en œuvre des mesures appropriées au sein de la BDEAC. Elle devrait concourir durablement à des politiques monétaires efficaces. Une application judicieuse concertée, rigoureuse et améliorée de la règlementation de change communautaire. A la préservation de la stabilité financière et à la consolidation du système bancaire de la zone CEMAC.
  7. Examinant spécialement la question monétaire des chefs d’Etat et de gouvernement, ont réaffirmé leur volonté de disposer d’une monnaie commune stable et forte.

Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France portant sur le Franc CFA, ils ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération. A cet effet, ils ont chargé la BEAC sous la supervision de L’UEMAC de proposer dans les délais raisonnables un schéma approfondi conduisant à l’évolution de la monnaie commune.

  1. Renouvelé leur engagement à poursuivre de manière coordonnée la consolidation budgétaire dans chaque Etat pour un retour maitrisé à une gestion saine des finances publiques
  2. Souligné la nécessité d’assurer, avec l’appui technique et financier des partenaires au développement, de mettre un schéma approprié, de paiement des arriérés de paiements et d’accorder une attention particulière à sécuriser les finances publiques.
  3. Relevé la nécessité de préserver la soutenabilité et la viabilité de l’endettement public dans la sous-région, en privilégiant les financements concessionnels, et en favorisant les partenariats public-privé pour la réalisation des projets d’infrastructures.
  4. Renouvelé leur engagement pour une approche solidaire, cohérente et concertée dans l’élaboration d’un accord avec les partenaires techniques et financiers de nouveaux cadres de coopération à la fin des programmes économiques et financiers de première génération soutenus par une Facilité élargie de crédit du Fonds monétaire international
  5. 12. Sollicité auprès de tous les partenaires au développement, une mobilisation accrue des ressources financières en vue de parvenir à l’objectif de transformation structurelle des économies de la sous-région vers une industrialisation plus large.
  6. Renouvelé leur engagement ainsi que leur détermination à améliorer le climat des affaires en zone CEMAC par des réformes structurelles d’envergure, afin de promouvoir l’investissement privé, diversifier nos économies pour les rendre plus forte, résilientes et davantage compétitive
  7. Convenu d’accélérer l’approfondissement de l’intégration pour développer les échanges commerciaux intracommunautaires et préparer la CEMAC à tirer le meilleur possible de la zone de libre-échange continentale africaine.
  8. Décidé de renforcer les concertations et les actions communes face aux nombreux défis sécuritaires liés aussi bien au terrorisme international qu’aux diverses velléités de déstabilisation de l’ordre établi au sein de la communauté.
  9. Félicité la Banque africaine de développement pour la réussite remarquable de la septième augmentation de son capital à 125% et exprimé leur soutien au Plan d’action stratégique de cette institution financière multilatérale au profit du développement des pays africains.

Auteur: EcoMatin
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