Politiquement c’est aussi explosif voire plus que l’implication présumée de Jordan Bardella dans un « ingénieux » système de détournements de fonds publics. Le jeune président du Rassemblement national (RN), un « Premier ministrable », pourra peut-être survivre au déballage sur son cursus universitaire et le fait qu’il n’ait jamais travaillé – à part ses planques électorales -, il pourra peut-être enjamber les révélations sur ses camarades infréquentables, mais il survivra difficilement aux horreurs débusquées par Mediapart.
Après Le Canard Enchainé, l’autre terreur absolue des hommes et femmes politiques, fondée par l’intraitable Edwy Plenel (il tire aussi bien vers la droite qu’à gauche). Il est question de contenus antisémites ce lundi 28 septembre. Les propos dateraient de l’été 2013, Bardella était alors un jeune loup du Front national (FN), à peine 17-18 ans. Des mots qui font l’effet d’une bombe et que le président du RN a «formellement» réfutés…
Il a contesté avec véhémence auprès du journal d’investigation, il a remis ça dans un message posté sur les réseaux sociaux – qui ont fait sa popularité chez les jeunes -, fustigeant des «faux grossiers».
Les journalistes ont mis la main sur des conversations privées, que le média dit avoir authentifiées de « manière indépendante« , et qui auraient été écrites par le président du RN. D’après Mediapart, Bardella a notamment sorti dans une conversation : «Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur (…) En France, deux bels exemples sont BHL (Bernard Henri-Lévy) ou (Jacques) Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sur Jérusalem comme capitale».
Il ne s’arrêterait pas là, dans d’autres échanges retranscrits par le site d’informations, le député européen canarde plusieurs ministres socialistes de l’époque (Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls), allant jusqu’à dire que les postes «les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts Français». Il dit également, toujours selon le journal, que «toutes les banques sont détenues par des Juifs».
Au sujet de Pierre Moscovici, il aurait écrit que si le ministre de l’Économie de l’époque veut «sauver les entreprises», c’est pour «venger Moïse». Toujours d’après Mediapart, Bardella aurait également manifesté à l’époque sa solidarité avec Dieudonné, l’humoriste moult fois condamné pour provocation à la haine, un homme qui «mène un vrai combat d’idée», selon les propos rapportés dans l’article publié ce lundi.
Interrogé par le média, le président du RN a préféré répondre par email, il nie «formellement» avoir «tenu, en public, comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type». Dans un post sur les réseaux sociaux, il clame que ce sont des «faux grossiers» et une «opération de barbouzerie» fomentée pour «déstabiliser la campagne présidentielle» alors que son parti caracole en tête des sondages…
Bardella dit avoir mobilisé son avocat pour lancer «les procédures nécessaires». Il est vrai qu’en judiciarisant l’affaire il obligerait le journal à présenter des éléments matériels, ce qui, si les faits sont avérés, se retournerait contre le président du RN. En même temps laisser ces révélations mourir de leur belle mort n’est pas une option à moins de 7 mois de la présidentielle…
La candidate Marine Le Pen a bien senti l’énorme pouvoir de destruction de ce missile, elle a promptement commenté l’affaire en ces termes, depuis le salon des professionnels de la construction à Paris qu’elle a visité : «Ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu’un faux, qu’une barbouzerie dont Mediapart a le secret».
Il est difficilement concevable que le journal d’investigation s’amuse à faire ce coup au parti donné vainqueur en 2027 par tous les sondeurs. Ce serait suicidaire si c’est faux, financièrement – les dommages et intérêts éventuels – et professionnellement, pour un journal qui a bâti sa réputation sur les scoops. Si c’est vrai par contre c’est un travail de dédiabolisation de plusieurs décennies qui s’écroulerait comme un château de cartes. Mme Le Pen était parvenue à effacer la funeste oeuvre de son sulfureux papa, plusieurs fois condamné pour ses propos sur les juifs, Hitler et les chambres à gaz ; le RN repart pour un tour.
Et qui est épinglé ? Le « futur Premier ministre ». Il se voyait même au palais de l’Elysée – les militants du parti l’y voyaient aussi -, profitant de la chute de sa cheffe devant la justice. Cette dernière a accordé un sursis à Mme Le Pen, en attendant le couperet définitif de la Cour de cassation. Bardella demeure donc une solide carte dans le jeu du RN pour la présidentielle. Mais si le bruit autour de ces révélations monte il pourra difficilement rester à la barre du parti.
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Auteur: Souleymane Loum
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