Dans un écosystème fintech marocain en pleine structuration, un nouvel acteur entend bousculer les codes de la banque professionnelle. La startup Zazu officialise son entrée sur le marché national avec une promesse claire: simplifier radicalement l’expérience bancaire des entrepreneurs. Son CEO, Germain Bahri, revient, dans un entretien à Challenge, sur les ambitions et la vision d’un modèle “digital first” pensé pour les PME.
Le paysage financier marocain connaît une mutation accélérée, portée par l’essor des fintechs et l’évolution du cadre réglementaire. Dans ce contexte, Zazu s’inscrit comme un nouvel entrant stratégique, avec une proposition de valeur centrée sur les besoins concrets des entrepreneurs. Déjà présente sur d’autres marchés africains et forte d’une levée de fonds récente, la startup ambitionne de combler un vide persistant: celui d’une offre bancaire réellement adaptée aux TPE et PME, encore largement dépendantes de processus jugés longs et peu digitalisés.
Fondée par d’anciens cadres de la fintech européenne, dont Germain Bahri, Zazu développe une plateforme intégrée combinant compte professionnel, paiements, facturation et gestion de trésorerie au sein d’une seule interface. Son lancement au Maroc s’inscrit dans une stratégie panafricaine plus large, le Royaume étant identifié comme un hub clé pour adresser les marchés d’Afrique du Nord et de l’Ouest.
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1. Votre promesse est d’ouvrir un compte en 10 minutes. Concrètement, quelles briques technologiques et quels partenariats rendent cette rapidité possible ?
Effectivement, aujourd’hui encore, la création d’un compte professionnel peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans certains établissements de paiement. C’est une réalité que vivent quotidiennement les entrepreneurs avec lesquels nous échangeons. Cette lenteur s’explique notamment par le fait que les banques traditionnelles n’ont historiquement jamais priorisé le segment des TPE et PME, en s’appuyant sur des systèmes et des procédures conçus pour un modèle bancaire d’agence, peu adapté à l’ère digitale.
Chez Zazu, nous avons adopté une approche “online first”. Concrètement, nous nous appuyons sur des briques technologiques de KYC (Know Your Customer) et KYB (Know Your Business), opérées par des partenaires spécialisés dont c’est le cœur de métier. Ces solutions permettent de vérifier en ligne l’identité des dirigeants et des entreprises, en les croisant avec des bases de données officielles comme le registre du commerce.
L’identification des utilisateurs se fait également via des technologies de reconnaissance faciale, tandis que nos équipes conformité interviennent en back-office pour valider les dossiers selon les exigences réglementaires marocaines. Résultat : l’ensemble du processus est digitalisé, sans nécessité de déplacement, permettant une ouverture de compte en quelques minutes seulement.
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2. Zazu s’appuie sur l’infrastructure de paiement et le réseau de Visa. Au-delà de la carte Visa Business, que change concrètement ce partenariat pour les entrepreneurs marocains dans leur gestion quotidienne des paiements et de la trésorerie ?
Ce partenariat va bien au-delà de la simple émission d’une carte Visa Business. D’abord, il s’inscrit dans une relation historique forte, puisque Visa a été l’un des premiers à croire en notre projet, notamment à travers son programme d’accélération, et avait déjà investi dans une précédente aventure de notre cofondateur.
Concrètement, cela nous donne accès à un réseau international de paiement robuste, ainsi qu’à des infrastructures monétiques de premier plan. Pour les entrepreneurs marocains, cela se traduit par des fonctionnalités avancées : émission de cartes physiques et virtuelles pour les équipes, suivi en temps réel des dépenses, gestion simplifiée des justificatifs (reçus, factures), et notifications instantanées pour chaque transaction.
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Cela permet une gestion beaucoup plus fluide et transparente de la trésorerie, là où les solutions traditionnelles restent souvent fragmentées ou nécessitent des démarches en agence pour des opérations simples comme l’émission d’une carte supplémentaire.
3. Votre solution intègre facturation, liens de paiement et suivi des dépenses en temps réel. Pensez-vous que la banque traditionnelle a sous-estimé les besoins opérationnels des TPE et PME marocaines ?
Oui, clairement. Historiquement, les banques traditionnelles ont sous-estimé les besoins opérationnels des TPE et PME. Elles se sont principalement concentrées sur les grands comptes, en essayant d’adapter ensuite ces modèles aux petites structures, ce qui s’est avéré inefficace.
Aujourd’hui encore, la plupart des banques ne proposent pas nativement d’outils de facturation, de gestion de trésorerie ou de comptabilité. Résultat : les entrepreneurs doivent multiplier les solutions — parfois 5 à 7 outils différents — pour gérer leur activité quotidienne.
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Chez Zazu, notre vision est différente : nous voulons proposer une plateforme unifiée qui commence par les fondamentaux (paiements, facturation, gestion des dépenses) et qui évolue vers une gestion complète des finances de l’entreprise. Cela passe aussi par une architecture moderne, basée sur des API, permettant d’intégrer facilement de nouveaux services et partenaires — ce que les infrastructures bancaires traditionnelles ne permettent pas toujours.
4. Zazu opère au Maroc grâce à la licence de paiement de Chari. Dans quelle mesure le cadre réglementaire marocain favorise-t-il aujourd’hui l’émergence de néobanques et quelles évolutions seraient nécessaires pour accélérer l’innovation fintech ?
Le cadre réglementaire marocain joue aujourd’hui un rôle clé dans l’émergence des fintechs et des néobanques. La démocratisation des licences de paiement, tant sur l’émission que sur l’acquisition, a permis à de nouveaux acteurs — bancaires et non bancaires — d’entrer sur le marché et d’innover. Des institutions comme Wafacash, Chari ou encore d’autres établissements de paiement permettent à des fintechs comme Zazu de construire des solutions conformes aux exigences de Bank Al-Maghrib, tout en conservant une agilité et une سرعة d’exécution propres aux startups.
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Ce cadre hybride — entre régulation stricte et ouverture à l’innovation — explique en grande partie le dynamisme actuel du Maroc sur la scène fintech. Pour aller plus loin, il sera important de continuer à faciliter l’intégration via des API ouvertes et d’encourager davantage l’expérimentation réglementaire.
5. Le Maroc capte aujourd’hui une large part du financement venture en Afrique du Nord francophone et l’écosystème fintech se structure rapidement. Quelle est l’ambition de Zazu dans ce paysage : devenir la banque digitale de référence pour les entrepreneurs marocains ou viser à terme une expansion régionale en Afrique ?
Notre ambition est double. D’abord, devenir la banque digitale de référence pour les entrepreneurs marocains — qu’il s’agisse de startups, de PME ou de freelances — en répondant à leurs besoins concrets et quotidiens.
Mais au-delà du Maroc, nous portons une vision résolument panafricaine. L’objectif est d’accompagner les entrepreneurs dans leur expansion régionale, notamment vers des marchés comme la Tunisie ou l’Égypte, et de faciliter les échanges commerciaux et financiers entre ces pays. Nous sommes déjà présents en Afrique du Sud, et à terme, nous souhaitons permettre des transactions fluides entre différentes zones géographiques du continent. Tout en conservant un ancrage fort au Maroc, nous voulons construire une banque pensée par et pour les entrepreneurs africains, avec une ambition globale.
BIO
Germain est né en Tunisie, d’un père tunisien et d’une mère belge. Ancien joueur de tennis professionnel, il a étudié la finance aux États-Unis avant de rejoindre la prestigieuse banque privée suisse UBS. Il a ensuite rejoint plusieurs pionniers de la fintech en Europe, notamment Fidor Bank et Solaris Bank, où il a contribué au lancement et au développement de plus de 30 banques digitales, dont Spendesk, Qonto, Trade Republic et Revolut.
Aujourd’hui, il est cofondateur de Zazu, une néobanque pensée pour la nouvelle génération d’entrepreneurs et de PME en Afrique. Déjà opérationnelle en Afrique du Sud et depuis peu au Maroc, avec l’ambition de redéfinir la banque de demain.
Auteur: Ismail Saraoui
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