Mohamed Ghafir, dit Moh Clichy, militant de la cause nationale, un des organisateurs de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, a consacré sa vie à militer pour pérenniser un devoir de mémoire de tous les martyrs, sans exception, et mène une véritable bataille contre l’oubli. Il est l’auteur d’un essai intitulé Droit d’évocation et de souvenance sur le 17 octobre 1961 à Paris. Pour lui, il y a des dates qui ne s’oublient pas. Elles démontrent à la face du monde, la bestialité et la férocité du système colonial français.
Le mardi 8 mai 1945, jour où la France est libérée, elle réaffirmait dans le sang, sa domination sans partage en Algérie : 45.000 morts à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois. Cette répression abominable fut perpétrée contre une population farouchement déterminée à promouvoir les nobles idéaux de paix et d’indépendance. Le 8 mai 1945 fut un mardi pas comme les autres en Algérie. Les manifestants qui ont été massacrés, le furent à cause d’une revendication de liberté, de dignité. Ils s’étaient donné pour consigne de brandir pour la première fois le drapeau algérien. La riposte fut impitoyable. On a tiré sur un jeune scout. Le premier martyr de cette boucherie. Saal Bouzid venait, par son souffle, d’indiquer la voie du sacrifice pour l’indépendance.
Le mardi 14 juillet 1953, une manifestation anticoloniale à l’instigation du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), la CGT et le PCF était réprimée dans le sang. Six Algériens et un Français furent abattus par balles pour avoir réclamé la fin du colonialisme et l’indépendance de l’Algérie. Un évènement atroce intervenu en marge de la fête du 14 juillet. La police parisienne faisait mortellement feu sur le cortège des manifestants algériens, accomplissant un massacre d’Etat. Le mensonge officiel érigé en mode de légitimation des forces de l’ordre n’a pas empêché que la vérité soit connue sur cette tuerie politique. C’est à partir de 17 heures que la journée prit une tournure dramatique. Dès la dispersion de la manifestation, les rapports des différents commissaires de police engagés dans ce singulier maintien de l’ordre, privilégient de façon éhontée, une interprétation émeutière délibérée, voulant faire accroire une thèse de la légitime défense, que tous les échelons hiérarchiques souhaitaient imposer au mépris de la réalité des faits. Cette ignominie s’était appuyée sur des témoignages arguant que les Algériens étaient les premiers à avoir ouvert le feu. La fabrique du mensonge n’a pas de limites. Comme la couleuvre était trop grosse, le ministre de l’Intérieur de l’époque et les hauts dirigeants de la préfecture de police se replièrent sur des justifications fallacieuses habituellement utilisées. Sans la moindre gêne ni respect pour les morts et les blessés, l’on inventa l’inadmissible prétexte que la police avait dû faire face à une émeute et s’opposer à ce que Léon Martinaud Déplat, ministre de l’Intérieur, qualifiait de foule déchaînée, une foule qui, prise de cette fièvre que le déclenchement d’une bagarre provoque toujours, était capable de mettre à mort, les quelques policiers qui n’avaient pas pu rejoindre leurs camarades et leurs chefs. En matière de falsification, il est difficile de faire mieux. Les spécialistes du maintien de l’ordre colonial s’abritaient derrière des arguties racistes pour justifier une expédition punitive place de la Nation, en utilisant la force brutale pour mettre fin à une manifestation pacifique. Encore une fois, c’est une version policière mensongère de bout en bout qui avait prévalu.
Sans armes et sans haine
Le mardi 17 octobre 1961, alors que la lutte de libération nationale touchait à sa fin, le FLN appelle à une manifestation pacifique dans les rues de Paris. Les Algériens ont décidé de desserrer l’étau dans lequel le gouvernement français a voulu les enfermer en leur imposant des mesures intolérables tel le couvre-feu à partir de 20 heures. Ils ont affronté héroïquement les hordes colonialistes assoiffées de sang. En rangs serrés, ils étaient près de 80.000 à défiler dans les rues et les places de Paris. Les colonialistes ont sauvagement fusillé les patriotes algériens. Ces martyrs tombés sous les balles ennemies, ont versé leur sang pour que triomphe la Révolution algérienne et que vive libre le fier peuple algérien. Ces assassinats qui ont marqué cette répression collective furent poursuivis très tard dans la nuit. Des centaines d’Algériens sont pourchassés à travers les rues, soumis à des exactions inqualifiables. Des dizaines d’Algériens ont été noyés dans la Seine.
Un devoir de mémoire nous intime de ne jamais oublier ces horreurs.
M. Bouraib
Auteur: elmoudjahid
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