C’est historique. Du jamais vu. Quel événement. Quelle leçon. Quelle journée que ce 22 mars 2019. Et la joie de se retrouver ajoute à la grandeur du moment. C’est bien une nouvelle page de l’histoire de ce pays qui s’écrit. «Trop. C’est trop. Nous avons vécu trop longtemps dans le déni de la réalité» dit un septuagénaire. Aussi, malgré une météo peu favorable pour cette journée printanière, au final, la foule exulte a eu droit à des ondées de joies, partout. Une autre manifestation aux mêmes mots d’ordres que ceux scandés, les vendredis précédents, ont fusé telle une trainée de poudre au cœur d’Alger, sur l’esplanade de la Grande poste. Et comme d’habitude, une pluie de slogans, réclamant un changement radical. «Silmia, silmia», ont notamment scandé les manifestants qui ont défilé dans le centre de la capitale. Pour ajouter au décor une touche positive, les manifestants vont faire quelques gestes symboliques de partage de nourriture, d’eau et de friandises. Certains brandissaient des pancartes barrées des slogans «Pas de prolongement du 4e mandat» et «Plus d’excuses, dégagez, dégagez». «Nous sommes mécontents de ne pas être entendus et écoutés. C’est simple. Tout ce beau monde ne s’arrêtera pas de clamer haut et fort, nous voulons un changement radical et nous obtiendrons gain de cause tôt ou tard. Je suis ému à la vue de tous ses Algériens hommes et femmes, enfants, vieux et vielles, jeunes et moins jeunes qui comme un seul Homme sont debout et dignes. C’est un grand honneur de naitre Algérien», confie Badis Bennamara, les larmes aux yeux. Des pères et mères de familles accompagnés de leurs enfants se fendent dans une foule humaine où des milliers de manifestants enrobés de drapeaux chatoyants se sont rassemblées en grappes humaines. De quoi inspirer peintre et autres artistes. Cameramen et photographes étaient à l’assaut des meilleures images et les journalistes locaux et étrangers redoublent des meilleurs superlatifs, dont certains se répètent à l’envie, tel que mouvement pacifique inédit dans l’histoire du monde. «Puisque c’est pour le changement, c’est formidable. Personnellement, je suis persuadé que le monde entier soutient ces manifestations originales de par leur ampleur et leur caractère pacifique. A ceux qui disaient, le réveil sera terrible, le peuple répond venez voir, tout le pays est en joie. Nous n’avons donc rien à craindre. Une fois de plus, l’Algérie éclaire le monde et montre la voie de la liberté. Sans violence», dit Karim Aït Saadi, criant à tue tête avec ses copains «One, two, three viva l’Algérie ». Interrogé sur sa participation à cette manifestation, Yacine Saadoune répond sans hésiter «puisqu’on vous dit que tout est réglé, il ne reste que le pouvoir pour partir. On nous murmure que des risques de dérapage existent, tout le monde peut constater qu’il n’y a aucun risque réel de violence. Pas d’extrémistes parmi les manifestants. Il n’y aura jamais la moindre tentative contre les manifestants vigilants. Ce ne sont pas des émeutiers mais des manifestants pacifiques qui se retrouvent pour défendre une juste cause. les acteurs des mobilisations, sont des jeunes et personne d’autre. Seuls les jeunes ont pu contribuer à accroître ce phénomène.» Ainsi jusqu’à hier, cinquième vendredi, la violence, les actes de vandalismes semblent s’effacer des radars, au grand bonheur de tous, manifestants et forces de l’ordre. Certes, le pays reste traumatisé par les émeutes de 88 et les événements de la violence inouïe de la décennie noire, mais à voir l’enthousiasme des manifestants, il est exclu que l’histoire se répète, dans ce qui serait le pire pour l’avenir du pays. Non, tout porte à croire, en tout cas, que ce n’est pas ce qui se joue à Alger ni ailleurs à travers tout le territoire national. L’Algérie retient son souffle. Que va-t-il se passer ? Mais après un mois de manifestations, aucune bavure n’a été signalée, aucun magasin saccagé et aucun véhicule incendié et pas de gaz lacrymogènes du côté des forces de l’ordre qui restent sereines. Pour les bataillons de jeunes sortis dans la rue, l’heure n’est plus à la violence. Même si face à de telles manifestations, un frisson de peur collective se fait sentir, jusqu’à personne n’est pris à partie par des casseurs ou des manifestants. Et personne n’a appelé à commettre des violences, bien que une certaine presse et certains milieux hostiles à ce mouvement pacifique ont voulu amplifier le sentiment de méfiance face à une telle mobilisation. Peut-être convient-il de noter, qu’en amont et à partir des premières mobilisations, plusieurs journalistes et personnalités n’avaient pas tardé à afficher leur scepticisme voire leur hostilité face à la perspective d’un tel mouvement, n’hésitant par ailleurs pas à multiplier les commentaires vindicatifs face aux réactions d’indignation générées par ces manifestations. Grosso modo, pas d’incidents sur le terrain, ce qui atteste d’une grande prise de conscience et du caractère très pacifique des manifestations. Pas de profonde méfiance des manifestants vis-à-vis des forces de l’ordre et vice versa. Il n’y a aucune organisation souterraine ou cachée à l’origine de ce mouvement spontané, affirment de nombreux jeunes que nous avons interrogé. Reste à conclure donc que sur le plan politique, ces manifestations correspondent à une profonde aspiration populaire au changement démocratique.
Farid Bouyahia
Auteur: elmoudjahid
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