L’option d’immunité collective pour mettre fin à la pandémie divise. Le professeur en immunologie, Kamel Djenouhat, chef de service à l’hôpital de Rouiba (Alger), précise que le recours à l’immunité collective serait possible si l’infection était banale et qu’il n’y avait pas de décès ou de cas de malades en réanimation.
«Le principe de l’immunité collective est de laisser le virus circuler pour infecter la population et atteindre un certain pourcentage de contamination à partir duquel on pourra développer une immunité collective qui dépend d’un facteur très important qui est le R0. Ce dernier est le facteur de contagiosité de l’agent infectieux qui diffère d’une maladie à une autre et d’un agent pathogène à un autre», affirme-t-il à El Moudjahid, indiquant que pour le cas du SARS-CoV-2, il faut atteindre un taux de 70 % de la population qui doit être infectée pour parler d’immunité collective, soit 30 à 31 millions d’Algériens.
Il indique que la majorité des pays qui ont été les plus touchés par la Covid-19 comme l’Espagne ont atteint un taux de 10% de la population infectée. «En Algérie, nous n’avons même pas atteint 10%. Nous sommes actuellement entre 5 et 6% de la population qui a contracté le virus», estime le spécialiste, ajoutant qu’avec ce taux, «nous avons déjà atteint la saturation en matière de malades hospitalisés et ceux en réanimation». Selon lui, cette immunité collective doit se faire de manière bien organisée pour éviter des scénarios catastrophes. «On doit vivre avec le virus avec une immunité collective qui doit se faire progressivement pour diminuer l’afflux des malades vers les structures hospitalières», considère le président de la Société algérienne d’immunologie. Ce dernier fait savoir que le nombre de nouveaux cas de contamination quotidienne s’élève à 2.000 et soutient que les chiffres déclarés ne concernent que les malades qui ont subi des tests PCR et dont les résultats sont positifs. «C’est l’Organisation mondiale de la santé qui exige qu’on ne doit déclarer que le PCR positifs», précise-t-il, signalant que le virus de la Covid-19 continue à muter. «On espère arriver à une mutation qui atténue sa virulence. Fort heureusement, les formes modérées de la maladie sont plus fréquentes que les formes sévères», se félicite-t-il.
En se référant aux données scientifiques, le chef de service immunologie de l’hôpital de Rouiba observe que les patients qui ont fait des formes modérées de la Covid-19 ont développé des anticorps qui ne persistent que deux à trois mois dans le sang. «Au-delà, ces personnes n’ont plus d’anticorps comme si elles n’ont jamais été mises en contact avec le virus», prévient-il. Et d’enchaîner : «L’immunité se divise en deux parties. La première humorale qui est représenté par les anticorps, donc il ne faut pas trop compter sur cette forme d’immunité puisqu’elle ne dure que trois mois dans des formes modérées. Par contre, l’immunité cellulaire portée par certaines catégories de cellules que sont les lymphocytes T est plus durable. Dans la production de vaccins, on ne doit pas se contenter uniquement des anticorps mais on doit cibler les deux», dit-il.
Le professeur Idir Bitam, expert des maladies transmissibles et pathologies tropicales à la direction générale de la recherche scientifique et développement technologique au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique un autre avis sur le sujet. «Je suis favorable à une immunité collective en assurant la protection des personnes âgées, des malades chroniques et des sujets obèses. L’immunité collective reste théorique pour l’instant. Mais est ce que les populations sont prêtes à vivre éternellement avec cette peur de contracter le virus et de continuer à observer les mesures barrière ?», s’interroge-t-il.
Joint par téléphone, il précise que «plus on se cache, plus on est amené à vivre avec le virus» et juge nécessaire de trouver un moyen pour l’affronter. «Il faut avoir le courage d’affronter cet ennemi, soit il gagne, soit c’est nous qui gagnons. C’est ce qu’on appelle une immunité collective», dit l’ancien chef de service à l’Institut Pasteur.
L’expert fera savoir que l’immunité collective repose sur le facteur R0 qui calcule le nombre d’individus infectés pouvant transmettre le virus. «Nous avons deux formes de transmission. En premier lieu, le cas de transmission d’une personne infectée par le coronavirus. Cette personne lorsqu’elle va tousser, éternuer ou parler sans bavette, va émettre plusieurs milliard de particules virales. Lorsqu’ils seront acheminés vers d’autres personnes, ils vont développer les symptômes le plutôt possible du fait que la charge virale est suffisante pour développer les symptômes de la Covid-19», explique-t-il, évoquant en deuxième lieu le cas des porteurs sains qui, dit-il, sont des personnes en parfaite santé qui gardent quelques particules virales dans leur organisme. Selon le Pr Bitam, cette personne qui ignore qu’elle est infectée pourrait émettre des petites particules virales quand elle parle. C’est cette catégorie de personnes qui pourront contribuer à développer une immunité collective. «Nous avons déjà atteint le nombre de 700 nouveaux cas de malades atteints quotidiennement avec une stabilité de la mortalité. Nous sommes en train de développer une contamination interhumaine avec moins de dangerosité», fera-t-il remarquer en soulignant le fait que les personnes âgées, les malades chroniques et les obèses doivent être protégés et ne doivent pas être en contact avec des sujets infectés. L’expert indique qu’avec la vaccination qui constitue pour l’instant la seule lueur d’espoir dans le traitement du coronavirus, pas moins de 50% de la population va développer des symptômes contre le virus. «C’est un antigène et l’organisme doit répondre en fabriquant des anticorps. Alors pourquoi ne pas le faire naturellement en favorisant l’immunité collective tout en interdisant le contact avec les personnes âgées, malades chroniques et les sujets obèses», recommande le Pr Bitam
    Kamélia Hadjib

Auteur: elmoudjahid
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