«Comment persuader tous ces manifestants de rentrer chez eux ?» s’interroge Mohand Ali, avocat à Tipasa, rencontré hier à Alger, au milieu d’une foule composée d’enseignants, de retraités, d’étudiants  et de syndicalistes, venus manifester contre «tous les symboles du système» et ceux qui sont  «imposés contre la volonté du peuple et des millions de manifestants qui sortent chaque vendredi ».

Moins de vingt-quatre heures après l’installation de Bensalah, comme chef de l’Etat, les internautes, relayés par les manifestants, se sont enflammés sur les réseaux sociaux pour dénoncer ce qu’ils qualifient de «politique du fait accompli».  «Nous voulons en finir avec tout ce qui symbolise ce régime», entend-on au passage au sein  d’un groupe d’enseignantes au niveau de la bouche de métro à la Grande Poste. L’imposant dispositif de sécurité déployé à Alger n’a pas empêché les gens de se regrouper en une foule immense. A côté du carrefour de l’Agha (place Maurétania) un groupe de  syndicalistes a été empêché de rejoindre les manifestants déjà regroupés au niveau de la Grande Poste. En scandant «Silmiya Silmiya», ils exprimaient ainsi leur refus de voir leur progression contrecarrée par d’imposants cordons de police.  Devant l’impossibilité de passer la barrière de sécurité, au niveau de la rue Didouche-Mourad, certains se sont dispersés en petits groupes en arpentant les autres ruelles, pour contourner ledit dispositif et rejoindre les autres groupes à la Grande Poste. Au niveau de cette place, les drapeaux, les pancartes et les cris des manifestants composent «une mosaïque de revendications» adressant un seul message au pouvoir, celui de dire que seul un homme connu pour sa probité et son patriotisme est apte à conduire la transition dans le calme et selon la volonté du peuple. «Encore faut-il le trouver», estime Hamid, retraité de la SNTF.
«La situation est critique. Il faut écouter la rue qui exige un changement radical et une transition calme», clame un étudiant de l’université d’Alger 3 qui craint un contournement de la légitimité des revendications de la rue.
En effet, plusieurs observateurs ont mis en garde contre «la gestion sécuritaire» des manifestations que connaît le pays depuis déjà deux mois. «Le système a affaire à une jeunesse qui baigne dans un monde virtuel et qui n’est plus réceptive aux messages verticaux  à travers les JT de la télévision», observe un sociologue des médias, qui estime qu’il faut envisager alors un mécanisme de «gestion souple» des manifestations. Et d’ajouter : «La rue est  déterminée à ne pas baisser les bras et à continuer jusqu’à la chute de tout le système, et non pas les fondements de l’Etat ; c’est pourquoi les Algériens sont aussi vigilants et refusent toutes les ingérences  étrangères ou l’intervention de l’Armée dans la gestion des affaires politiques.»
Le discours dominant sur les réseaux sociaux est l’importance de «préserver le caractère démocratique de ces manifestations et le contenu des revendications». C’est un bon signe de la maturité politique et de la conscience des Algériens quant à la préservation de la stabilité du pays et la sauvegarde des institutions républicaines.
Dans la rue, les manifestants ne cessent de brandir des pancartes opposées à toutes les propositions faites par les politiciens de tous bords. Ainsi, on pouvait y lire : «Non à la récupération du mouvement populaire», «Nous sommes avec l’armée pour une transition dans le calme et la sérénité». C’est très bien de constater, là aussi, que les Algériens sont conscients quant à l’importance de prendre le temps nécessaire pour trouver une issue à la crise. «Si l’on va trop vite on fait des fautes et on tombe sur des contresens», ont-ils estimé.
En parallèle, tous les regards se tournent vers l’acte VIII des manifestations de ce vendredi. «Nous devons tous rester solidaires, unis, il ne faut pas perdre de vue que la paix et la stabilité de notre pays devraient être l’objectif qui transcende nos différences», a  tenu à nous expliquer un groupe d’étudiants, affirmant que «les Algériens ne sont pas dupes, notre tâche historique est de dresser un rempart populaire contre tout ce qui peut entraver nos rêves et nos espérances».
Tahar Kaidi

Auteur: elmoudjahid
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