Bien avant l’annonce du report de la présidentielle et alors que le mouvement populaire entre dans son quatrième mois pour réclamer le départ du système politique, plusieurs propositions ont émané de partis et de personnalités pour tenter de mettre un terme à la crise.
Parmi les propositions phares, on retrouve celle ayant trait à l’organisation d’une rencontre nationale pour étudier les solutions à la crise politique à même de répondre aux revendications pacifiques du peuple. On retrouve également la demande relative à une période de transition gérée par un présidium avant de passer à l’élection présidentielle.
Dans tous les cas de figure, l’accent est mis sur la nécessité d’associer tous les acteurs à ces initiatives, sans exclusive aucune pour que tous les acteurs de la société y soient associés avec leurs idées et plans. Avec une exception près. Quelques voix s’élèvent dans le but d’exclure les parties « responsables » de la crise actuelle.
Hormis cette précision, le dialogue est ouvert à toutes les formations et personnalités et il est même recommandé de l’étendre à l’institution militaire qui a appelé à associer les élites à l’effort de recherche d’une issue à la crise.
C’est dans ce contexte que se place l’une des initiatives qui a suscité beaucoup de réactions depuis quelques jours. Il s’agit de celle lancée par Ahmed Taleb Ibrahimi, Rachid Benyelles et Ali Yahia Abdenour. Il est indiqué qu’il faut s’appuyer sur les articles 7 et 8 de la Constitution relatifs à la souveraineté du peuple pour élaborer une solution politique.
Des courants de gauche, à l’instar du FFS, ont aussi émis des propositions pour la tenue d’une conférence nationale de concertation et de dialogue qui devrait regrouper les forces favorables au changement démocratique.
Selon ce parti, il est même urgent d’accélérer la cadence de ces rapprochements d’idées et de visions dans un cadre approprié et favorable à l’émergence d’une issue consensuelle et adaptée à la crise multidimensionnelle qui mine l’avenir du pays.
L’idée de dialogue est partagée par plusieurs sensibilités, et même le gouvernement a déjà initié ce genre de rencontre, mais les partis ont brillé par leur absence. Un second round de concertations était attendu mais il n’a toujours pas pris forme. Se pose alors la question de savoir avec qui les partis et les personnalités vont discuter si l’offre du gouvernement est rejetée.
En tout cas, les divergences sont si grandes que nulle autre méthode que celle de s’asseoir à une table pour émettre les propositions de chacun et tenter de rapprocher les points de vue n’est viable. A ce titre, Ali Benflis, président de Talai El Hurriyet, propose de réunir toutes les conditions pour entamer un dialogue politique pour sortir de l’impasse actuelle marquée par une divergence profonde entre le processus actuellement conduit dans le cadre strict, intégral et exclusif de l’article 102 de la Constitution et les demandes légitimes de la révolution démocratique pacifique en marche dans notre pays. Benflis explique ainsi que la solution politique et la solution constitutionnelle sont si différentes que leurs défenseurs n’accepteraient plus de concessions.
Pourtant, tous les acteurs sont conscients que des risques sérieux planent sur le pays si la crise venait à perdurer, d’où l’urgence d’entamer le dialogue, y compris à propos de la présidentielle. A cet égard, l’institution indépendante d’organisation des élections n’est toujours pas installée, ce qui aurait pu pourtant apaiser les craintes sur la transparence du scrutin.
Les élections, et après ?
Toutefois, un rendez-vous électoral, aussi important soit-il ne suffit pas pour tracer les grandes lignes engageant l’avenir du pays et pour élaborer la stratégie de son développement à long terme. Cette préoccupation devrait être inscrite à l’agenda du dialogue comme une des conditions de la rupture pour en finir avec les politiques conjoncturelles fluctuant au gré du prix du pétrole sur le marché international.
C’est pour cette raison que les syndicats, la société civile et les compétences nationales devraient y être associés.
Pour l’instant, toutes les propositions insistent sur la désignation d’un gouvernement qui aura à gérer les affaires courantes, comme l’a mentionné le RCD, mais la prospective voudrait aussi qu’un plan s’étalant sur plusieurs années puisse être soumis.
Dès l’instant où ce postulat est accepté par tous, d’aucuns se rendront compte que la concentration des critiques sur des personnes précises n’a plus grand sens et que le peuple est plutôt à la recherche d’un dessein qui va le prémunir contre les diverses vulnérabilités sécuritaires, économiques ou encore contre l’instabilité politique.
Remplacer le chef de l’Etat et le Premier ministre pour former un gouvernement consensuel, comme le réclame le MSP, peut paraître aux yeux de l’opinion comme un aboutissement des revendications du mouvement populaire, mais tout le monde sait que leur mission est de courte durée et découle du respect des dispositions constitutionnelles.
L’argument ne fait pas l’unanimité, et il est soutenu que seule la politique de la table rase est judicieuse, d’où l’appel à la dissolution de l’APN et du Conseil de la Nation pour passer à l’élection d’une assemblée constituante souveraine, perçue comme un passage obligé pour aller vers la refondation politique et institutionnelle aboutissant vers la 2e République.
Ainsi, la définition de la nature du régime à mettre en place et la forme des institutions font débat y compris de la part de la société civile qui a entamé la mise sur pied de forums civils pour le changement qui regroupent des associations, des personnalités, des artistes, des journalistes et des citoyens et qui proposent un projet de feuille de route de transition démocratique.
A. M.
Auteur: elmoudjahid
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