
L’exposition «Bousbir, images et récits de l’ancien quartier réservé de Casablanca», qui se poursuit jusqu’au 28 janvier à la Villa des Arts de Casablanca, documente «l’ancien quartier réservé de Casablanca».
Cet événement, organisé par une équipe de géographes de l’Université de Genève, en collaboration avec la Fondation Al Mada, l’agence d’architecte Rachid Andaloussi et Casamémoire, et avec le soutien du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Maroc et de l’ambassade de Suisse au Maroc, «invite à visiter le quartier, tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il était dans les années 1930, aux moyens d’images, de films, d’une maquette et de documents d’archive». Ainsi, les photographies récentes de Mélita Vangelatou qui, selon l’équipe et ses partenaires, «connaît bien le quartier, donnent tendrement à voir le quotidien et les couleurs du quartier». Quant à celles de Denise Bellon, elles esthétisent en noir et blanc le regard de la photographe, qui l’a visité en 1936.
Pour l’histoire, le quartier a été construit en 1923 par des architectes français, sur ordre de l’administration du protectorat. «On voulait, par cette opération urbaine sans précédent et par son ampleur et son principe, «nettoyer» Casablanca et encadrer le travail du sexe dans une ville qui se voulait la vitrine de l’Empire français. Principalement destiné à la troupe, le quartier était une immense maison close à ciel ouvert, au splendide décor néomauresque », raconte la même source. Au fil du temps, Bousbir s’imposa rapidement comme la principale attraction touristique de Casablanca. «En 1954, le quartier est vidé de ses travailleuses du sexe. L’administration y reloge des soldats marocains, de retour de la guerre d’Indochine. Ce sont leurs familles et descendants qui habitent depuis lors le quartier», relate l’équipe et ses partenaires. Aujourd’hui, les habitants et habitantes du Bousbir n’ont ainsi rien à voir avec le passé du quartier, «dont seuls les murs témoignent et dont l’on ne parle pas volontiers ».
«Raconter le passé de Bousbir, c’est ainsi écrire une histoire largement oubliée. C’est aussi bien celle de la France que celle du Maroc, et avant tout celle des milliers de femmes qui ont vécu et officié à Bousbir, dans des conditions proches du travail forcé», poursuit la même source. Cela étant, l’exposition pose, comme le quartier existe toujours, la question de son éventuelle patrimonialisation, dans le contexte du rapport parfois embarrassé de Casablanca à son passé. Cet événement cherche également à fournir des éléments pour appréhender l’histoire urbaine de la ville et lui permettre de «se réconcilier avec elle-même».
Pour rappel, l’exposition est accompagnée d’un catalogue (Quartier réservé. Bousbir, Casablanca) publié par Georg (Genève). Comme elle donnera lieu à une série d’événements, soit des conférences, tables rondes et visites. A découvrir.
Auteur: ALM
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