Taclé par la députée Fatima-Zahra Batta, du Parti de la justice et du développement (PJD), sur l’«exclusion injustifiée» des diplômés en droit des concours du ministère de la Justice, Abdellatif Ouahbi, après avoir précisé que les candidats issus de formations juridiques ou apparentées sont bien présents dans ces concours, a préféré défendre une politique des ressources humaines qui n’est pas seulement quantitative.
Dans la presse, on appelle cela un marronnier, un sujet qui revient régulièrement en concomitance avec l’actualité et les députés ont aussi leurs marronniers. Cette fois-ci, ce sont les concours de la justice que les députés du PJD ont décidé de sortir des tiroirs le thème de l’«exclusion injustifiée» des diplômés en droit de certains concours de recrutement du ministère de la Justice pour tacler Abdellatif Ouahbi, l’une des figures les plus en vue du PAM, leur adversaire politique et idéologique.
Refusant une justice spectacle qui n’est pas bonne pour la justice, l’intéressé a néanmoins saisi l’occasion pour défendre, au-delà de cette polémique, la politique menée par son département. Le ministre de la Justice, a ainsi battu en brèche l’idée d’une éviction générale des juristes et justifie les choix de son département par l’évolution des besoins de l’administration judiciaire et la diversification des profils recherchés.
Répondant à la députée Fatima-Zahra Batta, du groupement parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD), le ministre a ainsi précisé que 873 postes ont été ouverts depuis 2021 à des candidats issus de formations juridiques ou apparentées. Et justement sur cette question des diplômés en droit, le responsable a présenté des données chiffrées sur l’accès des candidats issus des sciences juridiques, du droit privé, du droit public, de la charia, des études juridiques et judiciaires, mais aussi des droits humains, des sciences politiques, des relations internationales, de la diplomatie et des techniques législatives aux postes mis à disposition par le ministère. Si les 280 postes avaient été disponibles en 2021 aux profils issus des sciences juridiques ou de la charia, en 2023, les concours ont concerné 252 postes, dont 240 réservés aux diplômés en sciences juridiques ou en charia.
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En 2024, 226 postes ont été proposés dans plusieurs spécialités juridiques et connexes, alors que les concours organisés en juin 2025 ont porté sur 115 postes, notamment en droit privé, droit public, sciences juridiques, charia et études juridiques et judiciaires. A côté de cela, le département a mobilisé un budget colossal pour numériser la justice en renforçant les ressources humaines par des profils techniques aux compétences diverses, combinant la maîtrise des procédures et des outils numériques. De manière à développer l’archivage numérique et à améliorer la gestion des dossiers judiciaires à travers le système d’information.
Dans sa réponse écrite, le ministre explique cette politique de recrutement par la transformation en cours du système judiciaire. Il affirme que son département veille à «fournir des ressources humaines spécialisées et qualifiées» afin d’améliorer le fonctionnement des greffes, d’accompagner les projets de transformation numérique et de garantir la qualité de la formation.
Cela dit, le responsable, n’a pas éludé la question du manque de personnel dans les tribunaux, faisant état d’un déficit d’environ 4.500 fonctionnaires, surtout que les 300 postes budgétaires prévus par la loi de Finances 2026 ne suffisent pas à couvrir les besoins du secteur. Ce qui a nécessité une demande pour l’augmentation des postes budgétaires dans les prochaines lois de Finances afin de résorber progressivement le déficit en personnel. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer avec l’évolution de la carte judiciaire. A cet effet, Abdellatif Ouahbi rappelle que le décret du 19 février 2026, modifiant celui du 10 novembre 2023, a accompagné la création de nouveaux tribunaux et des centres judiciaires pour tenir compte de l’évolution du volume des affaires.
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Si l’augmentation des moyens, notamment des personnels de la justice, est une Arlésienne depuis longtemps, les appels en ce sens qui réclament des « moyens supplémentaires », ont néanmoins réussi à mettre des moyens au profit d’une justice qui a toujours été marquée par l’allongement constant des délais de traitement des dossiers. Conscients de cette situation, tous les ministres de la Justice qui se sont succédés à la tête de ce département ont plaidé pour un renforcement des effectifs et il faut reconnaître que ces intentions ne sont pas restées totalement lettre morte, même si les tribunaux restent toujours aussi encombrés. Comme beaucoup d’autres pays, le Maroc souffre aussi d’une crise des vocations dans les métiers de la justice. Des raisons qui perturbent fortement l’organisation des juridictions dans leur quotidien.
D’une manière générale, le Garde des sceaux a raison de défendre l’accès des métiers de la justice à tous, parce que ce secteur a toujours besoin et bien plus que d’autres de sang neuf dans ses rangs car il faut désencombrer le système judiciaire, afin que les juges se concentrent davantage sur leur tâche qui est de dire le droit. Alors qu’actuellement, les équipes sont appelées à suppléer les carences des uns et des autres et à intervenir dans trop de secteurs qui ne relèvent pas a priori de leur compétence.
Cet encombrement du système judiciaire ne pourra jamais être résorbé si tous ceux qui doivent avoir accès au droit et pouvoir faire valoir leurs droits, à commencer par les plus démunis, ne bénéficient pas des résultats concrets de ce travail de réflexion colossal qui a été engagé au Maroc depuis près de vingt ans.
Auteur: Abdelaziz Bouabid
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