La juge du tribunal de Sidi M’hamed a rendu son verdict hier dans le procès de Karim Tabbou et le condamne à une année de prison, dont six mois ferme. Il quittera la prison le 26 mars prochain.

Une semaine après son retentissant procès, le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a condamné le leader de l’opposition, Karim Tabbou, à une année de prison, dont six mois ferme, car accusé d’«atteinte à l’unité nationale». Il quittera la prison le 26 mars prochain.

Un verdict jugé lourd par les avocats de la défense qui espéraient la relaxe. Les centaines de personnes venues soutenir le prisonnier souhaitaient, elles aussi, voir leur leader innocenté. Mais la juge en a décidé autrement.

Si elle a éliminé le premier chef d’inculpation – «incitation à la violence dans le but d’attenter à la défense nationale» –, elle a par contre condamné le prisonnier de Koléa pour «atteinte à l’unité nationale». Une accusation que Karim Tabbou a rejetée avec force et arguments lors du procès qui s’est déroulé le 4 mars.

Les avocats de la défense prévoient de faire appel après concertation avec celui qui est devenu une des figures emblématiques de l’insurrection citoyenne en cours dans le pays.

Par la voix de Mustapha Bouchachi, la défense a estimé que «Karim Tabbou est un leader politique qui milite depuis longtemps pour l’instauration de la démocratie dans le pays, il exprimait ses idées politiques pacifiquement et surtout qu’il se bat sans cesse pour l’unité nationale. Le condamner pour ‘‘atteinte à l’unité nationale’’ est totalement surprenant».

Lors de son procès, Karim Tabbou avait ouvertement déclaré devant la juge qu’il a été emprisonné pour des raisons politiques.

«Je suis un militant politique et je suis arrêté et jugé pour mes opinions politiques, pour mes positions sur les événements qui secouent le pays depuis le 22 février», a-t-il lancé face au tribunal assiégé par une foule immense de manifestants.

C’était encore le cas hier. Très tôt, des centaines de citoyens sont venus d’un peu partout, brandissant les portraits de leur héros et scandant les classiques slogans des marches du vendredi.

Les forces de l’ordre étaient également fortement mobilisées. L’avocat Hakim Saheb évoque un «dispositif sécuritaire aux alentours du tribunal de Sidi M’hamed des plus impressionnants. Un contraste hilarant avec la mobilisation citoyenne et pacifique en guise de solidarité».

Mais l’avocat révèle que Karim Tabbou aurait été victime d’un accident lors de son transfert de la prison de Koléa au tribunal. «C’est un Karim Tabbou encore sous le choc de l’accident qui fut appelé à la barre vers 11h30 pour entendre le prononcé de son jugement. Le verdict est tombé tel un couperet», regrette-t-il.

Maître Bouchachi a indiqué que Karim Tabbou apparaissait avec des «égratignures au visage et qu’il ressentait des douleurs», il avance également l’hypothèse d’un accident, mais il précise que personne n’a parlé avec le détenu pour savoir ce qu’il s’est réellement passé. «Demain, on va lui rendre visite et connaître avec exactitude ce qui est arrivé.»

Les nombreux manifestants venus apporter leur soutien à Karim Tabbou étaient partagés, lorsque le verdict fut prononcé, entre soulagement et indignation. «Tabbou est coupable d’un seul délit, celui de défendre une Algérie libre et démocratique, celui de défendre la dignité de ses concitoyens», crie une femme en brandissant le portrait du prisonnier.

«Il est condamné parce qu’il refuse de courber l’échine, c’est un homme courageux qui se bat aux côtés de son peuple, nous serons heureux de le revoir parmi nous à partir du 26 mars prochain», assène un autre manifestant.

Très en colère, Khaled Tazaghart, ami et compagnon de lutte de Karim Tabbou, estime que l’emprisonnement de son camarade est «une grave injustice».

L’ancien député de Béjaïa, qui a quitté les bancs de l’Assemblée nationale au début de l’insurrection citoyenne, n’a pas pu contenir sa déception quand la juge a rendu son verdict.

Cependant, les nombreux citoyens venus en solidarité avec le détenu se disent soulagés qu’enfin Karim puisse retrouver ses enfants, son épouse et ses parents. «Il va pouvoir prendre dans ses bras ses deux enfants à qui on a infligé un drame», soupire un vieil homme venu de la banlieue. Ainsi, le tribunal de Sidi M’hamed a vécu, hier, une autre journée de colère.

Une colère citoyenne qui rythme ce lieu symbole de privation de liberté pour beaucoup de militants politiques et autres manifestants de la révolution démocratique qui dure depuis le 22 février. Situé entre la rue Abane Ramdane et celle de la Liberté, le tribunal d’Alger est devenu un cauchemar pour ceux qui y sont déférés.

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Auteur: Anis Khecheba
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