Par: Hicham Boumehdi

Promouvoir la musique gharnatie et s’engager dans l’action sociale pour un monde meilleur, telles sont les deux grandes sources de motivation de Khaoula Benziane, artiste oujdie confirmée et femme aux grandes ambitions.

Celle à qui le Festival national de la jeunesse créatrice de Meknès a rendu récemment un hommage spécial en tant qu’«ambassadrice du tarab gharnati», considère l’art comme une mission et se sert de son énergie débordante pour mettre son talent au service de la société.

«L’art a toujours été un besoin essentiel dans ma vie, surtout que j’ai grandi dans un milieu amateur de musique et de culture. J’ai aussi depuis toujours aimé l’action sociale, notamment en lien avec le domaine culturel», résume Khaoula Benziane dans un entretien avec la MAP.

La promotion du tarab gharnati est un leitmotiv pour l’artiste, qui joue admirablement de plusieurs instruments tout en étant dotée d’une voix belle et suave. «Le gharnati me tient à cœur car il s’agit d’un patrimoine très ancré à Oujda et dans la région de l’Oriental, où beaucoup de familles sont d’origine mauresque et ont veillé à préserver cet art génération après génération», dit-elle.

Dès son enfance, Khaoula a été attirée par les instruments de musique gharnatie, notamment la mandoline. Son père, artiste peintre amateur, l’a encouragée à suivre cette voie. «J’ai aussi beaucoup de proches qui ont tant donné à cette musique, comme mon grand-père maternel, l’un des fondateurs de l’association Al-Andaloussia d’Oujda et le premier à avoir introduit le piano à l’époque du protectorat français».

Khaoula a donc naturellement suivi une formation à l’ancien conservatoire de l’association Al-Andaloussia, avant de rejoindre le nouveau conservatoire de musique et de danse d’Oujda.

«Nos ancêtres ont déployé beaucoup d’efforts pour sauvegarder ce patrimoine musical, il est de notre responsabilité de continuer sur cette voie et de transmettre cette richesse culturelle aux générations montantes», ajoute l’artiste.

De même, Khaoula Benziane pense que l’art est un moyen idéal pour s’ouvrir sur le monde et tisser des liens entre les peuples, dans un esprit de partage et d’interculturalité.

C’est dans cette optique que s’inscrivent ses multiples participations à des festivals et évènements culturels dans le Maghreb, le monde arabe et en Europe, où elle a, à chaque fois, représenté dignement le Maroc et porté haut les mélodies du tarab gharnati.

«Je me suis principalement produite en Algérie, à Tlemcen, Blida, Sidi Belabbès…J’ai constaté que nous avons beaucoup de similitudes et points communs. Ces expériences m’ont inspiré pour mettre en place un projet de rapprochement culturel entre les deux pays, faisant de la culture un vecteur de dialogue et de partage», souligne-t-elle.

En effet, Khaoula fonda en 2013 l’association Oujda Millénaire pour la culture et le développement et parmi ses premières actions, figure l’organisation à Oujda d’un festival atypique, baptisé «Deux voisins, une seule culture», qui compte à son actif deux éditions ayant connu la participation de grands artistes algériens, comme Nasreddine Chaouli ou la légende du chant populaire algérien, feu Abdelkader Chaâou.

Y’aura-t-il une troisième édition ? Khaoula répond par l’affirmative même si elle confie vouloir repenser le concept de l’évènement. «Je pense qu’il est temps pour que le festival franchisse un cap et élargisse son champ à l’échelle du monde arabe. L’artiste, en tant qu’ambassadeur de la culture de son pays, doit œuvrer à renforcer les liens avec les autres pays de la région et le reste du monde».

Parallèlement, l’association Oujda Millénaire continue son action notamment en matière d’apprentissage de la musique aux générations montantes et aux femmes en particulier. La musique gharnatie reste au centre du projet, sans négliger pour autant d’autres genres musicaux. Un atelier de chorale est également organisé à cet effet.

Au-delà des activités artistiques, l’association dispense des formations dans divers domaines comme les travaux manuels, tout en s’engageant pour la sensibilisation et la promotion de la situation des femmes en général.

Dans ce domaine de l’action sociale, Khaoula Benziane est sur le point de mettre en place un nouveau projet à travers la création de l’organisation «Message de l’art», fruit d’une initiative du même nom avec laquelle elle a participé, l’année dernière, au Forum des initiatives humaines aux Emirats arabes unis.

L’évènement a fait l’objet d’une émission de télé-réalité intitulée «Reine de la responsabilité sociale» et diffusée sur plusieurs chaînes du Moyen-Orient, dans laquelle Khaoula a représenté le Maroc aux côtés des autres personnalités féminines représentant les autres pays arabes.

L’initiative de Khaoula consiste en la création d’un espace socio-culturel pour mettre la lumière sur les compétences et la créativité des femmes. Il s’agit de favoriser l’émergence d’un leadership féminin issu de la société civile à travers la culture et l’art.

En somme, valoriser le rôle des femmes et jeunes femmes comme facteur essentiel du développement et promouvoir le «soft-power» au féminin, explique-t-elle.

Auteur: Soufiane ELAHMAR
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