Par: Driss HACHIMI ALAOUI

Perpétuer les traditions des grands-mères, avec une touche créative qui dialogue avec les nouvelles tendances, tel est le défi que s’est lancée la styliste Latifa Montabih qui veut redonner vie à la Blouza, cette tenue traditionnelle de la cité millénaire d’Oujda en particulier, et de l’Oriental en général.

Avec ses créations ou s’entremêlent broderie et perles étincelantes de quoi satisfaire les goûts et les exigences des femmes d’aujourd’hui, Mme Montabih, cette Oujdie de naissance et de vécu, nourrit l’espoir de pouvoir assurer la pérennisation de cet habit qui a failli sombrer dans l’oubli.

Sa passion pour le monde de la couture remonte à son adolescence, quand elle était en contact régulier avec une amie française, avec qui elle échangait autour des derniers cris dans le domaine du stylisme-modélisme.

« Une passion qui s’est transformée par la suite en une addiction et un intérêt sans limite porté plus particulièrement vers la blouza revisitée et modernisée », explique Latifa Montabih, qui préside l’Association Orientale pour le Développement (AOD) mais aussi la coopérative Oujdiate pour la blouza.

Dans son atelier de couture, une dizaine de maalems et maalmates mènent un travail qui requiert tant de précision et de dextérité, avec une fusion entre le savoir-faire ancestral et les tendances de la mode actuelle, pour créer des chefs-d’œuvre faits d’un brassage savamment dosé d’élégance, de créativité et de raffinement.

« La confection de la Blouza peut nécessiter en effet entre six semaines à six mois, et ce en fonction des matériaux et des techniques utilisées dont notamment L’fetla, Soutage ou encore L’Mejboud », explique-t-elle dans une déclaration à la MAP, notant que cet habit constitue bel et bien l’illustration parfaite d’un dialogue de civilisations, offrant au final une tenue traditionnelle qui puise dans les multiples facettes du patrimoine andalous, marocain ou encore africain.

« De plus en plus d’anciens maîtres artisans partent en retraite, d’autres nous ont malheureusement quitté », déplore Mme Montabih, ajoutant que la réhabilitation du secteur est tributaire de la multiplication des formations et de la transmission du savoir aux générations futures.

C’est dans cette optique que l’AOD a organisé des sessions de formations gratuites au profit des jeunes filles, le but étant d’assurer une relève qualifiée en mesure de perpétuer la couture traditionnelle, dit-t-elle.

Incrustée de paillettes, de pompons de perles et de sequins, la Blouza, cet habit emblématique des femmes de l’Oriental, a encore de beaux jours devant elle grâce notamment aux efforts de Mme Montabih, dont les collections ne se limitent pas à de simples costumes dédiés à la vente, mais sont porteuses d’un message qui relate l’histoire d’un patrimoine culturel, dont les racines remontent au 15ème siècle avec les flux migratoires des familles andalouses vers le Maroc.

Primée du Prix du mérite pour la préservation du patrimoine culturel lors de la 5ème édition de la Semaine nationale de l’artisanat (SNA), organisée du 9 au 17 février dernier à Marrakech, Latifa ambitionne grâce au festival Blouza initié par l’AOD, de booster la commercialisation du produit mais aussi de faire connaitre cet habit ancestral à l’échelle nationale et internationale.

Donner à la « blouza » toute la valeur qu’elle mérite et promouvoir son rayonnement à l’international, c’est ce que la 5ème édition du festival mettait en ligne de mire en invitant six stylistes français, ayant présenté la blouza avec une touche occidentale et des coupes modernes et rencontré des stylistes marocains, échangeant avec eux sur différentes succes stories.

La mode africaine n’est pas en reste, car la 3ème édition avait connu l’organisation d’une série de rencontres et d’ateliers animés par des couturières et couturiers africains dans le but d’insuffler une nouvelle dynamique aux relations maroco-africaines dans le domaine de la couture.

Mme Montabih, qui émet le vœu de voir un jour la Blouza inscrite au patrimoine culturel de l’UNESCO, ne ménage aucun effort pour concrétiser son rêve, animée en cela d’un sens élevé de communication et de maîtrise des langues et surtout d’une volonté de fer pour recouvrer le prestige d’un habit emblématique de l’Oriental.

Auteur: Soufiane ELAHMAR
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