Avant de partir en Suisse pour des “contrôles médicaux”, Abdelaziz Bouteflika a signé un décret réaffectant une partie du budget destiné à l’élection présidentielle. Avait-il déjà décidé d’annuler le scrutin ?
Le pouvoir avait-il planifié le report de l’élection présidentielle ? Si l’annonce de l’annulation de l’élection présidentielle a été faite le 11 mars dernier, deux jours après le retour d’Abdelaziz Bouteflika d’un séjour médical en Suisse, la parution d’un décret au Journal officiel n°16 suscite de vraies interrogations sur le sujet. Une journée avant de quitter le pays à destination de Genève où il devait subir “des contrôles médicaux routiniers” et un jour seulement après la première grande manifestation contre le 5e mandat, soit le samedi 23 février, le chef de l’État a signé un décret portant sur l’annulation d’une partie du budget destiné au financement de la campagne électorale. En application d’une disposition de la loi de finances 2017 qui donne la possibilité au gouvernement de transférer une partie d’un budget d’un département ministériel vers un autre, en cours d’exercice et sans passer par une loi de finances, le chef de l’État a décidé de transférer la somme de 20 milliards de dinars, destinée au financement de l’élection présidentielle, vers d’autres secteurs. “Il est annulé, sur 2019, un crédit de vingt milliards quatre cent soixante-dix millions de dinars (20 470 000 000 DA), applicable au budget des charges communes et au chapitre n°37-03 ‘Frais d’organisation des élections’”, indique le document qui précise que cet argent va vers d’autres secteurs que sont les affaires étrangères, la justice, l’intérieur, des collectivités locales et l’aménagement du territoire et la communication. Depuis 2017, ce procédé est légal, lorsque cela concerne un budget non consommé par un département ministériel. Sauf que là, il s’agit d’un budget destiné à un événement qui ne s’était pas encore produit. Sur les 50 milliards de dinars destinés à l’organisation de l’élection présidentielle, une partie a déjà été consommée dans la conception des affiches, l’élaboration des cartes d’électeur et probablement dans d’autres opérations. Cela s’élève, selon des estimations, à plus de 30 milliards de dinars. Les 20 milliards restants devaient servir à payer le personnel qui devait se charger de la surveillance du scrutin et à rembourser les frais de campagne électorale pour les candidats qui devaient dépasser 5% des suffrages. Si le décret a été signé après l’annulation officielle de l’élection, le décret, publié au Journal officiel n°16 du 15 mars, n’aurait pas suscité autant d’interrogations. La publication de ce décret signifie, donc, que le chef de l’État avait déjà l’intention de reporter l’élection présidentielle, du moins après les gigantesques manifestations du 22 février dernier. Pour quelle raison ? On ne le sait toujours pas. En revanche, le retard pris dans la publication de ce document soulève des questionnements. Le décret a été pris le 23 février et sa publication n’a été faite que le 15 mars, soit le jour de la publication, par le Conseil constitutionnel, de la liste des candidats qui ont déposé leurs dossiers au niveau de l’institution.
Ali Boukhlef
Avant de partir en Suisse pour des “contrôles médicaux”, Abdelaziz Bouteflika a signé un décret réaffectant une partie du budget destiné à l’élection présidentielle. Avait-il déjà décidé d’annuler le scrutin ?
Le pouvoir avait-il planifié le report de l’élection présidentielle ? Si l’annonce de l’annulation de l’élection présidentielle a été faite le 11 mars dernier, deux jours après le retour d’Abdelaziz Bouteflika d’un séjour médical en Suisse, la parution d’un décret au Journal officiel n°16 suscite de vraies interrogations sur le sujet. Une journée avant de quitter le pays à destination de Genève où il devait subir “des contrôles médicaux routiniers” et un jour seulement après la première grande manifestation contre le 5e mandat, soit le samedi 23 février, le chef de l’État a signé un décret portant sur l’annulation d’une partie du budget destiné au financement de la campagne électorale. En application d’une disposition de la loi de finances 2017 qui donne la possibilité au gouvernement de transférer une partie d’un budget d’un département ministériel vers un autre, en cours d’exercice et sans passer par une loi de finances, le chef de l’État a décidé de transférer la somme de 20 milliards de dinars, destinée au financement de l’élection présidentielle, vers d’autres secteurs. “Il est annulé, sur 2019, un crédit de vingt milliards quatre cent soixante-dix millions de dinars (20 470 000 000 DA), applicable au budget des charges communes et au chapitre n°37-03 ‘Frais d’organisation des élections’”, indique le document qui précise que cet argent va vers d’autres secteurs que sont les affaires étrangères, la justice, l’intérieur, des collectivités locales et l’aménagement du territoire et la communication. Depuis 2017, ce procédé est légal, lorsque cela concerne un budget non consommé par un département ministériel. Sauf que là, il s’agit d’un budget destiné à un événement qui ne s’était pas encore produit. Sur les 50 milliards de dinars destinés à l’organisation de l’élection présidentielle, une partie a déjà été consommée dans la conception des affiches, l’élaboration des cartes d’électeur et probablement dans d’autres opérations. Cela s’élève, selon des estimations, à plus de 30 milliards de dinars. Les 20 milliards restants devaient servir à payer le personnel qui devait se charger de la surveillance du scrutin et à rembourser les frais de campagne électorale pour les candidats qui devaient dépasser 5% des suffrages. Si le décret a été signé après l’annulation officielle de l’élection, le décret, publié au Journal officiel n°16 du 15 mars, n’aurait pas suscité autant d’interrogations. La publication de ce décret signifie, donc, que le chef de l’État avait déjà l’intention de reporter l’élection présidentielle, du moins après les gigantesques manifestations du 22 février dernier. Pour quelle raison ? On ne le sait toujours pas. En revanche, le retard pris dans la publication de ce document soulève des questionnements. Le décret a été pris le 23 février et sa publication n’a été faite que le 15 mars, soit le jour de la publication, par le Conseil constitutionnel, de la liste des candidats qui ont déposé leurs dossiers au niveau de l’institution.
Ali Boukhlef
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