Les commentaires injurieux ou agressifs sont de plus en plus répandus sur les réseaux sociaux. Cette haine est dirigée contre les internautes. Plus du tiers des commentaires jugés haineux sont des insultes ou des propos agressifs échangés entre utilisateurs.

A la deuxième place, on trouve les attaques contre les partis politiques. Autre cible : les journalistes. Globalement, l’actualité favorise l’apparition de diverses haines. Le terrain est propice pour la désinformation, l’intox et les fake news. Entre avril et juin 2020, Facebook a recensé sur son réseau 98 millions de posts contenant des fausses informations sur la Covid, dont 7 millions pouvaient conduire à «des dommages imminents» !

Et le déferlement d’imbécillités est tout aussi spectaculaire à propos du climat, des politiques économiques, des réalités sociales, de la situation financière des Etats, de la santé des entreprises ou de la qualité de leurs produits. La plateforme de Facebook participe à la diffusion de contenus préjudiciables.

Nombre d’internautes tombent dans la violence verbale lorsqu’ils sont à court d’arguments. Le dénigrement consiste à décrédibiliser une personne, à porter atteinte à son image, à sa réputation, à lancer des rumeurs à son égard. Internet rend-il plus agressifs, ou plus tolérants à l’égard de l’agressivité, dans nos discussions politiques ? Pour certains observateurs, il semble indéniable qu’internet et les réseaux sociaux, en particulier, favorisent la violence expressive, engendrent un ensauvagement des relations sociales ou accompagnent une démocratisation de la méchanceté.

Les insultes, diffusions de rumeurs ou de photos prennent rapidement des proportions importantes, produisant un effet d’emballement dû à la viralité «bouche-à-oreille en ligne» : envoi initial, puis renvoi par une personne, repartages, captures d’écran et diffusion sur d’autres réseaux sociaux et commentaires. Certains internautes malveillants génèrent artificiellement des polémiques. Ils expriment un désaccord systématique avec ce qui se dit, dénigrent leurs interlocuteurs ou tiennent des propos absurdes dans le seul but d’irriter les autres participants et les entraîner dans la discussion.

D’autres poussent plus loin l’audace, adoptant l’agressivité comme registre d’expression. Face à cette situation, les plateformes de réseaux sociaux, où se déroule aujourd’hui l’essentiel du débat public en ligne, ont une première responsabilité liée à la conception des espaces de débat qu’ils mettent à disposition de leurs utilisateurs.

La seconde responsabilité des plateformes a trait à leur modèle économique. La plupart des grandes entreprises du web génèrent l’essentiel de leur chiffre d’affaires en vendant l’attention de leurs utilisateurs à des annonceurs : plus les internautes passent de temps à utiliser leurs services, plus ils sont exposés à des publicités, et plus les plateformes génèrent des revenus. Dans ce contexte, les contenus haineux, au même titre que les contenus mensongers, constituent des produits informationnels particulièrement compétitifs.

Par ailleurs, de nombreux observateurs estiment que les réseaux sociaux ne jouent pas vraiment le jeu de la lutte contre les fake news, celle-ci allant à l’encontre de leurs modèles économiques : en effet, une fausse information est souvent beaucoup plus remarquée, partagée, plus virale que les vraies informations, car faisant appel à des émotions fortes comme l’indignation ou la colère. Autant de caractéristiques qui ont tendance à fortement renforcer le temps passé et l’attrait (l’addiction) des réseaux sociaux pour leur utilisateur.

«Facebook a réalisé que s’il modifiait l’algorithme pour que le réseau soit plus sûr, les gens allaient rester moins longtemps sur l’application, allaient moins cliquer sur les publicités, et qu’il gagnerait donc moins d’argent», a reconnu Frances Haugen, ex-chef de produit, et actuelle lanceuse d’alerte nouvelle génération. « Suggérer que nous encourageons les contenus toxiques et que nous ne faisons rien pour y remédier est tout simplement faux», arguent les porte-parole de Facebook.

Elle a déclaré : «J’ai vu un tas de réseaux sociaux et c’était bien pire sur Facebook que tout ce que j’avais vu auparavant.» Se référant à Mark Zuckerberg, fondateur et directeur général de Facebook, elle a déclaré : «J’ai beaucoup d’empathie pour Mark. Et Mark n’a jamais entrepris de créer une plateforme haineuse. Mais il a permis de faire des choix où les effets secondaires de ces choix sont que le contenu haineux et polarisant obtient plus de distribution et plus de portée.» Au Wall Street Journal, elle raconte par exemple les réunions où sont passées en revue les publications les plus virales dans certaines zones à risque.

Désinformation agressive, appels à la violence, voire décapitations la marquent profondément. Elle a plusieurs fois alerté sa hiérarchie et l’a incitée à investir davantage pour déjouer ces problèmes. La dénonciatrice de Facebook dit «qu’elle veut réparer l’entreprise, pas lui faire du mal» et que son objectif est «d’aider à accélérer le changement chez le géant des médias sociaux». Souvent, l’entreprise a choisi de laisser la désinformation se répandre largement, pour garder plus de personnes connectées.

Nous vivons à une époque de méga-fuites, rendue possible par la même technologie numérique qui nous permet de nous surveiller les uns les autres et de documenter nos vies comme jamais auparavant.

Manipulation à but lucratif

Dès qu’un gouvernement fait face à un mouvement d’opinion, un mouvement d’humeur ou un mouvement de masse, aussitôt un responsable accuse les réseaux sociaux de toutes les turpitudes et appelle bien sûr à l’adoption d’une loi.

Cependant, avertit Ali Kahlane, consultant en transformation numérique, «l’intégration des réseaux sociaux d’une manière quasi naturelle dans les sociétés est telle, qu’il est désormais illusoire, voire impossible, de penser pouvoir s’adresser à une population, que constituent les audiences d’aujourd’hui, avec les outils de communication d’hier».

Certains spécialistes affirment que contrairement à ce qu’on imagine, la majorité d’entre elles ne sont pas émises pour manipuler l’opinion, mais dans un but lucratif. Elles s’appuient sur les revenus publicitaires délivrés lorsque les internautes visitent un site, attirés par un mensonge circulant sur les réseaux sociaux. Dans cette société hyper-connectée, ces fake news (souvent sensationnalistes et chargées d’émotions) parviennent facilement à gagner en visibilité.

Selon eux, le mensonge se propageait six fois plus vite que la vérité sur les réseaux sociaux. La valeur de Facebook dépendant directement de sa capacité à «maximiser l’engagement», c’est-à-dire le pourcentage de personnes ayant aimé, commenté ou partagé une publication, ou ayant cliqué dessus.

Les médias sociaux sont devenus l’outil important pour façonner l’opinion publique

Leur influence est le résultat de l’augmentation du nombre d’utilisateurs. Les médias sociaux contribuent à la transmission d’idées et d’opinions. Cependant, l’internaute peut tomber dans le piège de la désinformation et de l’influence négative sur l’opinion publique, lorsqu’ils sont employés dans le but de changer les convictions des membres de la société d’un pays vers une certaine direction, notamment lors d’élections ou de votes sur des questions cruciales liées à l’avenir de ce pays. Les applications de médias sociaux offrent également de larges possibilités pour attirer et mobiliser.

Les médias sociaux sont devenus l’un des acteurs internationaux les plus importants dont l’impact s’étend aux relations internationales.

Kamel Benelkadi

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Auteur: Anis Khecheba
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