La France clivée par les extrêmes  !La France clivée par les extrêmes !

Dualité
La France est en train de vivre une vraie bataille idéologique entre ceux qui ont la nostalgie de la France d’antan et ceux qui veulent la faire vivre avec son époque et sa diversité.

Les résultats des dernières municipales qui ont vu une vague de Français d’origine étrangère prendre d’assaut les conseils municipaux ont jeté l’huile sur les braises du racisme en France. La polémique qui se concentre actuellement sur le maire de Saint-Denis Baly Bagayoko, illustre cette extrême tension qui marque la vie politique française.
Déjà très clivée entre une extrême droite qui consolide son influence et une extrême gauche qui incarne une forme de résistance, cette évolution provoque une vraie fracture politique et oblige les différents partis à se positionner en fonction de ces nouvelles lignes de fractures.
Si demain Emmanuel Macron doit se prévaloir d’un bilan, c’est celui certes d’avoir cassé la structure des partis entre la gauche classique et la droite traditionnelle, mais celui aussi d’avoir involontairement permis la naissance de deux chocs entre les extrêmes, ceux de droite incarnés par Marine Le Pen, Jordan Bardella et Éric Zemmour et ceux de la gauche que personnalise Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise.
Si les élections municipales n’ont pu dégager de manière plus claire cette dualité dans le combat électoral, celui de la prochaine présidentielle qui se dessine met en place une compétition directe entre les extrêmes. Ce pronostic vient du constat que la droite traditionnelle ne pourra jamais gagner la bataille sans l’apport de l’extrême droite et la gauche dite de gouvernement ne pourra jamais espérer revenir au pouvoir sans l’aide incontournable de l’extrême gauche.
La nouveauté aujourd’hui est que la France assiste à un profond bouleversement. Les forces politiques qui jouaient jadis le rôle de force d’appoint jouent aujourd’hui un rôle central. Et celles qui occupaient un rôle essentiel sont aujourd’hui dans une marge. Si demain Jordan Bardella espère entrer à l’Elysée, il ne pourra le faire que s’il jouit de la bénédiction de l’ensemble des forces de la droite. De même que si une personnalité de la France insoumise espère remporter le trophée de la présidentielle, elle ne peut le faire que si l’ensemble des structures de la gauche lui apportent leurs soutiens.
Cette tension politique est répercutée par le spectre médiatique. L’époque que vit le monde politique coïncide avec une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel français à travers l’audience de ses acteurs publics et privés.
Ces auditions menées par des parlementaires avec des agendas politiques clairement assumés montrent à quel point le paysage médiatique français est en train de se positionner pour accompagner cette nouvelle séquence politique et électorale à venir.
Ainsi le groupe du milliardaire Breton Vincent Bolloré, qui gère la chaîne de télévision CNEWS, la radio Europe 1 et le Journal de Dimanche se veut le porte-drapeau de tête de la nouvelle extrême droite. Il assure la diffusion et la banalisation de ses idées, le marketing de son programme politique et de son casting.
De l’autre côté de la rive, les médias publics sont accusés d’organiser la résistance et de s’être transformés en maquis destinés à promouvoir les idées de l’extrême gauche. Cette bataille culturelle est si tranchée et si vive que la gauche menace et appelle à la fermeture de ces médias qu’elle perçoit comme des officines de l’extrême droite. Tandis que cette même extrême droite promet, si demain elle arrivait au pourvoir, de démanteler ce mammouth budgétivore de l’audiovisuel public et de le privatiser. La France est en train de vivre une vraie bataille idéologique entre ceux qui ont la nostalgie de la France d’antan et ceux qui veulent la faire vivre avec son époque et sa diversité. Le malaise des premiers rejoint les angoisses des seconds pour donner lieu à un bras de fer politique d’une rare violence.
Emmanuel Macron, spectateur impuissant de cette recomposition puisqu’il ne pourra pas se présenter aux prochaines présidentielles, pourra se targuer d’avoir enterré le vieux clivage politique gauche- droite qui portait le vieux monde. Conséquence, ses actions, ses choix politiques ont enfanté un nouveau monde où seuls les extrémistes ont la parole et la capacité d’agir. Il n’est pas étonnant donc que la prochaine architecture du pouvoir en France soit teintée par cette radicalité devenue aujourd’hui une norme alors qu’hier encore elle était une exception.
La grande angoisse aujourd’hui est celle de savoir si cette confrontation entre les extrêmes restera uniquement sur le plan idéologique ou le dépassera vers le vivre-ensemble sociétal.

Auteur: Mustapha Tossa
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