Absence de visibilité
Tout indique que cette guerre pourra durer plus de temps que prévu par l’administration de Donald Trump. Ce dernier est en train de subir trois complications internes qui peuvent accélérer un changement.
Jusqu’où ira cette guerre israélo-américaine contre l’Iran ? Va-t-elle se transformer en bourbier américain au Proche-Orient ? C’est la grande question qui angoisse les milieux politiques et économiques de la planète. Une guerre, on sait quand on la commence, on ignore quand elle prendra fin. Cette interrogation est d’autant plus pertinente que les grands initiateurs de cette guerre n’ont pas défini de buts de guerre précis.
S’agit-il de mettre fin au programme nucléaire iranien ? D’éradiquer son arsenal balistique ? De couper le cordon ombilical avec ses proxis régionaux ? Ou de changer de régime à Téhéran? L’absence de visibilité dans les buts de guerre rend difficile la capacité de prévoir sa fin. Deux inconnues aujourd’hui peuvent trancher la durée de cette guerre. La première est celle du comportement des pays du Golfe visés de manière inédite par le régime iranien dans leurs infrastructures pétrolière et aérienne. Ces pays adoptent une position défensive. Et bien qu’ils soient lourdement armés, ils n’ont pas encore fait le choix de participer à cette guerre. Un éventuel changement de posture pourrait largement changer la physionomie de cette guerre.
La seconde inconnue est celle des pays européens qui mobilisent un impressionnant arsenal dans la région mais qui n’ont pas encore pris la décision stratégique d’être partenaires dans cette guerre. Pour certains Européens, la problématique se pose sur la finalité de cette guerre et la nécessité de se mettre sous commandement israélo-américain s’ils décidaient d’en faire partie.
Jusqu’à aujourd’hui ces pays européens continuent de prôner la désescalade tout en offrant leurs services dans une politique défensive de leurs intérêts dans la région et de leurs alliés. Pour ces capitales européennes, il s’agit de chercher la meilleure manière d’activer les accords d’assistance militaire et de défense signés avec ces pays du Golfe. Sur ce sujet sensible, le mystère reste entier.
Un autre facteur peut agir dans la durée de cette guerre. Il s’agit de son impact économique. Avec le prix d’un baril de pétrole qui caracole au-delà des cent dollars symboliques, une perturbation, voire une paralysie du trafic maritime et aérien dans la région, la situation a de fortes chances de devenir intenable pour une opinion publique exacerbée par la chute brusque de son pouvoir d’achat. Dans l’hypothèse où ces pays européens et américains laissent s’installer cette dégradation, il y a de fortes chances que de grands mouvements de protestations sociales puissent avoir lieu et constituer un insoutenable levier de pression sur les autorités politiques de ces pays, les obligeant sans doute à faire des choix contraints.
Pour réaliser un autre objectif non assumé de cette guerre, celui de procéder à un changement de régime, cette mission paraît nécessiter une autre stratégie que celle des bombardements aériens si massifs et si destructeurs soient-ils. Tous les experts s’accordent sur le fait que sans déploiement de forces terrestres en Iran, il y a très peu de chance que le régime s’affaisse de lui-même.
Depuis le début de cette guerre il y a eu une une double harangue américaine et israélienne en direction du peuple iranien pour qu’il se révolte et prenne son destin en main. Ce soulèvement avait pour objectif de faire l’économie à ces pays initiateurs de cette guerre de s’impliquer concrètement dans le changement de régime iranien. Or sous un tapis de bombes quotidien, sortir manifester pour un citoyen iranien devient une gageure plus infranchissable que la survie simple à ces bombardements.
Tout indique alors que cette guerre pourra durer plus de temps que prévu par l’administration de Donald Trump. Ce dernier est en train de subir trois complications internes qui peuvent accélérer un changement. Le premier est le constat que cette guerre est impopulaire aux USA. Seul un petit tiers des Américains la soutient.
Le second est celui de la résistance du Congrès américain qui refuse que l’Amérique entre en guerre sans son feu vert. Le troisième est celui qui touche directement Donald Trump dans sa stratégie électorale, cela concerne les grandes fissures qui creusent sa base électorale MAGA ( Make America Great Again) et qui ne comprend pas pour quelles raisons un président américain qui s’est fait élire sur la promesse de terminer à jamais les guerres américaines à l’étranger soit celui qui dégoupille une des plus grandes aventures militaires américaines de ces dernières années.
Auteur: Mustapha Tossa
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