La concurrence entre les villes de La Mecque et d’al-Tâ’if suscite des guerres qui se rallument sous divers prétextes et reprennent d’une saison à l’autre. Seul l’épuisement réciproque les conduit à cesser les hostilités.
Les Thaqîf vivaient à al-Tâ’if, ville située non loin de La Mecque, mais nul ne savait d’où ils étaient venus. Certains disent qu’ils étaient venus du Yémen, lors de l’effondrement du barrage de Ma’rib, d’autres pensent qu’ils constituaient une branche de la tribu des Hawâzin, apparue au même moment que les Quraysh.
Toujours est-il qu’ils ne purent entrer dans la ville d’al-Tâ’if qu’après un arrangement avec la tribu des Banû ‘Âmir, qui s’y trouvait avant leur arrivée. Les Banû ‘Âmir étaient des éleveurs, qui possédaient chameaux et moutons, tandis que les Thaqîf savaient cultiver la terre, construire des maisons et creuser des canaux. Ils se partagèrent les tâches, chacune des tribus fit ce qu’elle savait faire le mieux et la ville devint bientôt un paradis de verdure.
Puis les Thaqîf s’enhardirent et dirent aux Banû ‘Âmir :
— Cette terre est bonne pour labourer et semer et vous ne savez qu’y faire paître vos bêtes, au détriment de ce qui est planté et de ce qui est bâti. Nous pouvons l’utiliser plus judicieusement que vous. Nous pensons qu’il vaut mieux réunir toutes les terres. Vous nous confierez les vôtres, nous y ferons les labours et les semailles, nous y planterons des vignes et des arbres, nous y creuserons puits et canaux, nous emplirons la ville de bâtiments et de jardins. Lorsque les plantes auront poussé et que les arbres auront donné leurs fruits, nous partagerons avec vous les récoltes. Vous en recevrez une moitié pour avoir fourni les terres et nous en prendrons l’autre pour avoir fait le travail. Vous jouirez ainsi d’une prospérité que n’ont jamais connue les Arabes.
Les Banû ‘Amir acceptèrent la proposition et quittèrent al-Tâ’if. Ils la laissèrent aux Thaqîf et revinrent tous les ans prendre la moitié des récoltes qui leur était due. Les deux tribus s’entendirent, par ailleurs, pour protéger ensemble la ville, dans le cas où d’autres Arabes, convoitant ses richesses, tenteraient de s’en emparer.
Cela dura le temps que Dieu voulut et les Thaqîf grandirent en nombre et en force. Comme ils maîtrisaient l’art du bâtiment, ils construisirent tout autour d’al-Tâ’if des forts et des murailles qui rendirent la ville imprenable. Après quoi, ils rompirent l’accord conclu avec les Banû ‘Amir et refusèrent de leur livrer la moitié des récoltes qui leur étaient due. Ces derniers se fâchèrent et réunirent leurs troupes pour combattre les Thaqîf mais, quoique les Banû ‘Amir fussent de redoutables guerriers, la partie était désormais trop inégale et ils ne purent rien faire contre les Thaqîf. Al-Tâ’if devint un lieu de passage obligé, pour tous ceux qui allaient à La Mecque ou en revenaient sur la route de la Perse. Les deux villes s’opposèrent alors l’une à l’autre et les motifs de discorde se multiplièrent entre elles. Les autres tribus arabes prirent parti. Les Hawâzin, incluant les Banû ‘Amir, se rangèrent aux côtés de Thaqîf et les Kinâna aux côtés de Quraysh. La rivalité s’envenima au point qu’Abraha, roi du Yémen, passant par al-Tâ’if pour aller prendre la Ka’ba, fut soutenu par Thaqîf contre La Mecque. Puis des conflits éclatèrent, qui resteraient longtemps dans la mémoire des Arabes.
Le premier de ces conflits fut provoqué par un incident qui éclata à ‘Ukâz, un lieu situé entre La Mecque et al-Tâ’if, à l’occasion du marché qui s’y tenait tous les ans et où se retrouvaient les commerçants arabes et perses, en même temps que de nombreux poètes, qui venaient y louer les mérites de leurs tribus respectives dans des joutes oratoires.
Un grand notable de Kinâna s’assit et commença à vanter la bravoure des gens de sa tribu, puis, étendant sa jambe devant lui, déclara qu’il était le plus noble des Arabes et défia quiconque, parmi les présents, de se prétendre plus noble que lui. Un homme de Hawâzin surgit de la foule et, lui brisant le genou d’un coup de sabre, dit :
—Voici pour toi, vieux fou !
C’est ainsi que commença le premier conflit.
Deux bandes de jeunes furent à l’origine du suivant, sur le même marché de ‘Ukâz.
Quelques adolescents de Quraysh et Kinâna avisèrent une femme de Hawâzin, assise au milieu de jeunes gens de sa tribu. Quoique le bas de son visage fût couvert, elle paraissait fort belle. Les premiers s’approchèrent d’elle et lui demandèrent de dévoiler son visage. Elle refusa. Alors l’un d’eux, qui était particulièrement adroit, se plaça derrière elle et réussit à défaire sa robe sans qu’elle s’en aperçût. Lorsqu’elle se leva, sa croupe se découvrit. Les jeunes Qurayshites s’esclaffèrent et dirent :
—Tu nous as interdit ton visage et tu nous dévoiles ta croupe ! La femme appela les siens à l’aide :
—A moi, gens de ‘Amir, à moi !
Ceux-ci accoururent brandissant leurs épées et les gens de Quraysh tirèrent les leurs. Et le sang coula.
Harb ibn Umayya , qui était alors le commerçant le plus riche et le plus influent de Quraysh, commença à s’inquiéter de la multiplication de ces conflits, car les Thaqîf, étant de redoutables guerriers et se trouvant sur la route entre La Mecque et la Syrie, pouvaient causer un grand tort au commerce de Quraysh avec le pays de Shâm. Pour apaiser les esprits, il se rendit auprès des Hawâzin, offrit réparation pour l’affront fait à leur femme et paya le prix du sang de leurs guerriers.
Peu après, cependant, un Banû Hawâzin vint sur le marché de ‘Ukâz avec un singe et, se plaignant de ce qu’un Banû Kinâna lui devait une somme d’argent qu’il refusait de rembourser, s’en alla répétant aux passants :
—Qui veut m’acheter ce singe pour la somme que me doit un Banû Kinâna?
Cela finit par exaspérer un homme de
Kinâna, qui tua le singe d’un coup de sabre.
Il n’en fallut pas plus pour que les deux camps tirassent à nouveau leurs sabres de leurs fourreaux. Cette fois, ce fut ‘Abd Allah ibn Jad’ân qui intervint pour les séparer, disant :
—Allez-vous donner vos vies pour venger celle d’un singe?
Il fit ce qu’il fallait pour les réconcilier.
Al-Barrâd appartenait à la tribu de Kinâna. C’était un ivrogne dépravé, que son peuple avait fini par renier. Il avait trouvé refuge auprès d’une autre tribu, qui l’avaient chassé peu après. Il avait enfin été accueilli par Harb ibn Umayya à La Mecque. Mais il ne put s’empêcher d’y commettre plusieurs forfaits et son protecteur s’apprêtait à le rejeter à son tour, lorsque al-Barrâd lui dit :
— De tous ceux qui me connaissent, il ne me reste que toi. Ne m’abandonne pas. Je partirai d’ici, mais ne me retire pas ta protection.
Harb accepta et al-Barrâd put aller offrir ses services au roi d’al-Hîra. Il lui proposa de conduire une de ses caravanes jusqu’au marché de ‘Ukâz, mais le roi préféra confier la caravane à ‘Urwa ibn ‘Utba, surnommé le voyageur, qui était l’un des seigneurs de la tribu rivale des Hawâzin. Ce dernier lui assura en effet qu’il pourrait garantir la sécurité de la caravane sur tout le territoire qu’elle traverserait jusqu’à ‘Ukâz, alors qu’al-Barrâd ne pouvait donner cette garantie que sur une partie du territoire.
(À suivre)
« Avertis tes proches » (I)
Dieu enjoint à Muhammad de prêcher ouvertement l’islam, en commençant par les gens les plus proches de lui. il réunit tous les
descendants de Abd al-Muttalib, par deux fois. Aucun d’entre eux n’est prêt à le suivre. Mais Abû Tâlib, chef du clan, jure de le protéger. Cependant, les musulmans non protégés sont soumis à la torture.
Auteur: elmoudjahid
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