La pauvreté est mécréante. Elle avilisse la personne humaine en bafouant sa dignité. Elle est mère de tous les vices et rend la vie intenable.
Dans notre beau pays, la pauvreté sévit. Elle est criante et aveuglante. Si elle recule, c’est malheureusement pour encore plus se répandre à la faveur du « laissez aller laissez faire » qui gouverne la tête baissée sur les profits accumulés, sans faire attention aux dommages par cela créés ; et qu’ils exacerbent par l’approfondissement des inégalités sociales et des disparités spatiales.
La mesure de la pauvreté, quels que soient les indices utilisés, ne peut rendre compte de la misère et des affres qu’elle fait subir à celles et à ceux qui en pâtissent. La pauvreté impacte l’essentiel chez la personne humaine, sa santé, sa nutrition, son biotope, sa réflexion et ses capacités sociétales pour affronter les embarras du quotidien, cet enfer.
La peur, le désarroi, le désespoir, la frustration, la révolte qui sourde et autres maux corollaires au fléau de la pauvreté, aveuglent sur les avancées de la société et sa transformation positive. Ils annihilent les efforts collectifs, aussi importants soient-ils, pour s’en sortir du cercle vicieux du sous-développement. Ils portent gravement atteinte à la cohésion sociale et poussent à la marginalisation et à l’exclusion.
La précarité, sœur jumelle de la pauvreté, augmente la vulnérabilité des personnes dans leur être et dans leur comportement social.
Pauvreté, précarité et vulnérabilité ne sont pas fatales, elles sont la conséquence des politiques publiques menées pour faire du chiffre, dans les poches ou pour figurer dans les statistiques, sans se soucierdu présent et de l’avenir de l’élément humain.Pire, elles sont perpétuées pour disposer d’un stock de personnes asservies et soumises, corvéables à merci et dont le souci est de pouvoir disposer d’un billet pour vivre à l’instant ; car, pour ces personnes, demain n’existe pas encore.
Après différentes approches pour la cerner dans sa réalité et dans sa subjectivité, il s’avère clairement que « la pauvreté est intimement liée aux conditions socioculturelles, socioéconomiques et politiques ». Lit du sous-développement, la pauvreté-multidimensionnelle, comme elle est de plus en plus qualifiée – ne peut être éradiquée dans notre beau pays, aux ressources multiples et variées, que par la mise en œuvre d’une politique qui consolide résolument le processus démocratique au bénéfice du pays et de sa population.
L’aide sociale et l’accompagnement charitable des démunis, aussi nécessaires qu’ils soient, ne peuvent prendre la place d’une politique d’ensemble qui réalise l’émergence économique, par l’homme et pour l’homme. Cette émergence devra se traduire en développement humain. Et aussi dures que soient les contraintes, la mobilisation de notre peuple est capable de réussir « une vie digne pour tous » autant qu’elle est capable de préserver l’intégrité territoriale du royaume. Pour se faire, les défis majeurs qui restent à relever ne peuvent souffrir de l’attentisme et de tergiversations, alors que des enfants, des femmes, des jeunes et des moins jeunes ; en milieu rural, périurbain et urbain, souffrent dans leurs êtres du besoin des exigences élémentaires et minimales d’un bienêtre espéré. Et que l’on se le dise, il ne s’agit aucunement de socialisme ; mais seulement de la conformité de la gouvernance aux dispositions constitutionnelles du royaume. (C’est vrai que là aussi il reste encore des efforts à faire pour leurs mises en pratique et pour les respecter !).
Si « « malgré la diffusion constante du progrès matériel et la maîtrise croissante de nos savoirs et de nos techniques, la pauvreté persiste, résiste, envahit des lieux qu’elle semblait épargner jusque-là, réapparaît soudain alors qu’on la croyait disparue et s’obstine à présenter son visage misérable sous des formes nouvelles et imprévues », comme le relève à raison un économiste ; c’est que le système capitaliste qui régit le monde en est le générateur.
L’échec du capitalisme est patent ; sa dérive néolibérale et les dégâts qu’elle provoque auprès des Etats et sur les populations – quoiqu’en disent les institutions financières qui la servent – conduit à l’exacerbation des tensions, aux guerres, au pillage des ressources naturelles, aux changements climatiques catastrophiques, aux pandémies virales et à l’expansion de la pauvreté. Celle-ci ne cesse de se répandre au niveau mondial et localement au lieu de la création de richesses et du bienêtre pour tous,
L’abandon de la gestion des affaires publiques au « marché » n’a pas réduit les inégalités sociales et les disparités spatiales ; comme il n’a pas assuré un développement humain espéré pendant des années passées ; alors que ses effets et les excès qu’ils permettent sont responsables de l’appauvrissement de la personne humaine, la dégradation de son environnement et l’effacement de la perspective d’un avenir meilleur. Il est temps de faire autrement en assurant un service public de qualité dans tous les domaines et d’investir dans l’élément humain en garantissant ses droits constitutionnels dans le présent et pour un avenir de bienêtre.
Et si la pauvreté est mécréante, que peut-on dire alors du système dont les mécanismes en sont la cause ?
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Auteur: M’hammed rahal
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