«Il faut que la classe politique s’allie au mouvement de la rue, pour que le dialogue puisse avoir lieu» estime la politologue, Louisa Dris Ait Hamadouche, invitée hier, au Forum du Courrier d’Algérie.
La politologue est revenue sur plusieurs sujets de l’actualité politique du pays, notamment l’annulation des élections présidentielles. Elle trouve que par l’annulation de ces élections, le pouvoir «n’a fait qu’officialiser une réalité qui était évidente depuis plusieurs semaines», par le fait de la persistance du mouvement populaire, et sa pérennité. Cette mobilisation constitue une énorme source de pression pour le pouvoir en place et l’a obligé «à valider une décision qui a été prise par la rue» a-t-elle ajouté.
La spécialiste en sociologie politique, énumère tous les éléments objectifs laissant penser que la tenue des élections n’était pas envisageable. Parmi lesquelles la pression du mouvement populaire, le boycotte affiché, l’absence de candidats crédibles, la non-révision de la loi électoral, ainsi que la non-mise en place de l’instance d’organisation des élections.
Mme Ait Hamadouche pense que «dans les conditions actuelles l’organisation des présidentielles, n’est qu’une façon de reproduire le système politique tout en évitant le vrai changement qu’exige la rue depuis plus de dix-sept semaines», et de poursuivre «si des conditions objectives de la tenue d’une élection transparente ne sont pas réunies, il est évident que la prochaine élection présidentielle ne fera que produire un visage nouveau pour un système ancien et bloquera l’émergence de nouveaux acteurs et forces politiques». Mme Ait Hamadouche dira que «le dialogue est nécessaire, indispensable et même inévitable». Mais en développant son analyse, elle parle plutôt de «négociation». Elle trouve que le mouvement populaire s’est métamorphosé en une force politique qui a supplanté la classe politique existante. En revanche elle trouve que le slogan de «dégagisme est plutôt populiste et n’a aucune dimension politique».
L’urgence pour la politologue, est «d’installer un climat d’apaisement» à travers des mesures de confiance que le pouvoir doit prendre, pour pouvoir aller au dialogue. Mais elle trouve de l’autre côté que ce slogan est né des effets de ce qu’elle qualifie de «la dé-libéralisation» de la vie politique du pays durant deux décennie ou plus.
A l’heure actuelle, la politologue estime que pour une issue de la crise, le pays se trouve au carrefour de trois grandes démarches. Rester dans la Constitution et aller vers un deuxième scrutin dans les délais raisonnables, et dans ce cas, on va assister, explique-t-elle à la reconvocation du corps électoral et repartir dans les mêmes démarches constitutionnelles. En revanche, elle pense qu’après le 9 juillet, parler de solution constitutionnelle est un non sens.
L’autre option est ce qu’elle dénomme «la solution politico-constitutionnelle».
C’est tenter d’adapter la constitution à la solution politique, «cette option défendue par une certaine classe politique consiste à ne pas sortir de la Constitution, car dans le cas contraire cela mènerai à l’aventure, aller vers l’inconnu et mettre en péril les institutions de la République» a-t-elle mis en garde.
Cette option est une «solution hybride» qui consiste à adapter la Constitution à la réalité politique demande plusieurs autres décisions : faire démissionner le président, désigner une personnalité du conseil constitutionnel, «le tout pour aller aux élections après avoir retricoter la Constitution» assène-t-elle. La troisième solution veut que qu’on ne peut pas rester dans la constitution et qu’il faut aller vite vers la transition, et «de cela consiste plusieurs démarches à commencer par les réponses minimalistes aux exigences de la rue.
Dans ce cadre, le pouvoir cherche à réunir les minimums des conditions nécessaires pour aller à l’organisation des présidentielles et là, explique la politologue «nous sommes dans la «vision minimaliste de la transition».
C’est par rapport à la nature de la transition que Mme Ait Hamadouche tente un effort de conceptualisation. Entre «une transition pactée» voulu par le peuple, et une «transition accordé» pour un pouvoir qui veut se maintenir, la politologue trouve que parmi ses visions, «le pays se trouve aujourd’hui dans la phase de pré-transition», c’est pourquoi il faut «se mettre d’accord sur les procédures qui mèneront au changement». Pour trouver une issue à la crise, la politologue appelle à amorcer rapidement un processus de réformes structurelles», car le problème selon elle réside dans «dans le début du processus de la transition»
Tahar Kaidi
Auteur: elmoudjahid
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