Les appels à la désobéissance peuvent n’être que des manœuvres politiciennes. Pour la politologue Louisa Driss Ait Hamadouche, si le Hirak continue sa pression «pacifiquement» et si les manifestants réussissent à préserver le caractère national des marches, il y a certainement une opportunité pour entamer le processus du changement.
Dans un entretien accordé à la presse, la politologue estime qu’il y a «un espace pour le dialogue» entre ce que propose les initiateurs du Forum, organisé le 9 juillet dernier, et les propositions du pôle démocratique qui s’apprête à organiser sa première conférence à la fin du mois en cours.
«L’espace du dialogue» dont parle la politologue concerne, selon elle, l’approfondissement des réformes avant le passage aux élections». Ces réformes s’articulent autour des prérogatives du futur président de la République, qui devraient selon Mme Ait Hamadouche «empêcher l’apparition d’un président doté d’un pouvoir monarchique». «Procéder à des ajustements structurels» est ce qui facilite «le passage à un processus de la refondation démocratique», explique la politologue qui suggère «de proposer au futur président élu de parachever les changements politiques» pour répondre aux revendications légitimes de la rue. Pour Mme Aït Hamadouche, avec les appels à la désobéissance civile «il est difficile, de savoir dans quelle direction le rapport de forces évoluera». Face à la pérennisation du mouvement populaire, «l’action de désobéissance civile pourrait entrainer le Hirak dans les labyrinthes de la violence, de la division et ainsi de son essoufflement». La politologue trouve que «les appels à la désobéissance peuvent n’être dans ce cas que des manœuvres politiciennes». A une question sur les craintes d’une situation caractérisée par un blocage politique qui dure depuis des mois, Mme Ait Hamadouche estime que le recours à la violence n’est pas une alternative pour «la gestion» du mouvement.
Toutefois, elle estime «que le pouvoir a parfaitement conscience que le recours à la répression est susceptible d’aggraver la situation». Mais «l’expérience vécue dans les années 90 et avant lors de la révolte d’octobre 88, reste gravée dans la conscience collective. Ces expériences ne pourraient être répétées dans le contexte actuel». L’autre raison selon elle, est «la pérennisation du mouvement populaire et son caractère pacifique depuis plusieurs mois». Le caractère pacifique des manifestations est ce qui immunise le mouvement de toute campagne de manipulation visant à instaurer l’incertitude et la confusion par rapport à la légitimité des manifestations et du Hirak. Pour ce qui est du dialogue, la politologue trouve que l’instance de médiation présidée par Karim Younes, fait face à «l’épreuve de l’approbation de la rue et de la classe politique jusque là trop sceptique quant à son plan d’action». De l’autre coté, ajoute-t-elle, «la délimitation du dialogue à la seule thématique de la présidentielle pourrait entraver les membres de l’instance d’accomplir leur mission», à savoir de réunir autour de la table du dialogue les différentes composantes du Hirak, des partis politiques et des personnalités nationales. Dans son analyse, l’enseignante des sciences politiques à l’université d’Alger-3, considère que plusieurs facteurs peuvent donner l’impression qu’«un courant réformiste est en train d’apparaître au sein du pouvoir». «Si cela est vrai, on ne peut qu’envisager un processus de transition», a-t-elle insisté en mettant l’accent par ailleurs sur le fait que «le pays se trouve aujourd’hui dans la phase de prétransition».
C’est pourquoi il faut, selon elle, «se mettre d’accord sur les procédures qui mèneront au changement». Pour trouver une issue à la crise, la politologue appelle à amorcer rapidement un processus de réformes structurelles.
Tahar Kaïdi
Auteur: elmoudjahid
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