L’artiste Faissal Hmichane

Par : M’barek Housni

«Comment ne pas souligner, arrondir, colorer, chercher à faire plus net, plus fort, plus troublant, plus intime, plus brutal que le modèle?» Valéry, Variété 2,1929, p. 104.

À la vue de ses tableaux, l’âme émet des sourires qui ont l’air de parvenir de son antre habituel, et se faire complice du corps soumis à la confrontation avec un univers mis à contribution codifiée comme obéissant à des règles suivies et respectées. Il y est question de cet art franc et d’un abordage plaisant dû à l’humeur par lequel l’artiste peint. L’art qui nous renvoie à nous-mêmes par des chemins tout tracés. Les aplats colorés sont des indices plantés aux abords, conditionnant ce chemin et l’éclairant par des touches d’une visibilité apaisante.

Il est un art révélateur avec cet abstrait joyeux et sensé, rencontré dans les tableaux de l’artiste. Un chantonnement d’un lyrisme qui se donne sans médiation autre que la jointure forme/couleur, comme rencontre allant de soi. Une jointure souple résultant d’une approche savante de son pouvoir de créer de l’harmonie.

On est pris par l’échelonnement de formes sûres sans êtres acquises à la géométrie. Et on est en plein dans une relation aux couleurs justes et non entravées par une quelconque difficulté. La caractéristique première est qu’il y a toujours un rond quelque part, d’une évidence qui ne trompe pas. Claire ou sombre, plein ou creux, appuyé ou légèrement esquissé,  fermé ou ouvert à l’un de ses arcs. Mais jamais précis dans ses contours. Imposé délibérément comme une marque qui demande explication à coup sûr. Un rond incomplet, dont l’incomplétude ne rompe pas la vérité, celui des branches de l’arbre, courbées sous le poids du vent, ou des gouttes d’eau, celui des lèvres sifflant ou embrassant. Le rond qui dénote donc un acte qui est autant constructif d’une partie du tableau que bouleversant ce côté constructif. Non pas pour le faire entrer dans un anéantissement qui efface, mais, au contraire, pour l’affirmer. Construire et bouleverser sont deux comportements qui se complètent ici. Ils obéissent à l’émotion de l’artiste au moment de la création. D’autant plus qu’on a tendance à voir ce rond ajouté, supplanté, comme un impact voulu venant vers la fin, dans bien des cas, s’il n’est pas acté en premier.

Deuxième caractéristique notable, éminemment visible, est la présence de deux couleurs extrêmes et opposées : le blanc et le noir. Partout, ils sont là à nous cligner de l’œil, comme deux parenthèses limitant et en même temps ouvrant un champ d’investissement des autres couleurs. Elles sont soit dominantes, soit d’une présence effacée, à l’arrière, au fond du tableau. Leur emplacement ne suit que l’instinct qui habite la main de l’artiste. Entre le blanc et le noir, la vie se déploie sous des teintes qui ne provoquent pas de malaise, ni à l’œil ni à l’esprit, mais par contre suscite le questionnement qui n’est pas seulement l’apanage des lueurs tristes et perturbées. L’artiste a une âme qui apparaît rassérénée dans cette dualité entre la couleur de l’absence et du rien et la couleur de la présence et du tout. Entre appel et refoulement, les couleurs étant support de toutes les émotions, là où les affects sont symbolisés. Ici, ils le sont en partie. Quelques couleurs : le brun souvent, le vert assez présent, le bleu clair rare, comme le rouge  ou le jaune. Elles sont utilisées sous formes d’ajouts ou de gros traits grossiers, impacts de pinceaux. Elles  s’opposent et s’affrontent, dans une paix instaurée, sans conflits apparents. L’objectif suivi est de créer une ambiance d’interaction œil-couleur placée sous le signe de la tranquillité agissante.

D’où la troisième caractéristique du travail artistique de Faissal Hmichane qu’est la présence d’une texture visible et palpable.  Le passage de la peinture laisse ses traces épousant les aplats, les courbes, les ronds et les formes plus ou moins géométriques. Dans la couleur blanche, le blanchiment est contraire à sa mission première de rendre uniforme. Ici, au contraire les grains et les aspérités sont gardés en l’état. Par conséquent, les lignes et les écrits intégrés les dotant d’une impression de multitude variée, avec les lignes du pinceau ou la brosse et les lignes qui en résultent.

La peinture ici ressemble à une entrée dans une situation de contemplation qui englobe la raison. Elle s’impose par sa beauté en premier lieu. L’opacité fréquente de la couleur, et les formes hésitantes participent à faire durer le plaisir sans atténuer le sens.

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Auteur: M’hammed rahal
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