Ce sont les chiffres de la Banque mondiale qui l’attestent : le taux du bénéfice des ressources naturelles par rapport au PIB en Tunisie a chuté de 17% en 1980 à 1,4 actuellement, ce qui est considéré comme un bon signe de développement par les économistes d’orientation libérale classique.
Lancé par la Banque mondiale en 2011, cet indicateur mesure en quelque sorte la dépendance de l’économie d’un pays vis-à-vis de ses ressources naturelles : pétrole, gaz et matières premières en général. Il est aussi appelé « rente des ressources naturelles ».
Il n’y a pas longtemps, en effet, et jusqu’à présent dans une certaine mesure, les pays de la planète sont divisés en pays développés industrialisés et en pays en voie de développement ou sous-développés pourvoyeurs et fournisseurs de matières premières.
C’est pourquoi un taux bas du bénéfice des ressources naturelles est considéré comme un progrès tandis qu’un taux élevé est un signe d’arriération en ce qui concerne l’appropriation de l’industrie et des outils humains de développement.
D’ailleurs, l’utilisation des outils (anciennement la pierre taillée) est regardée comme étant le début de la civilisation humaine sur terre.
Dans les pays européens hautement industrialisés, aux Etats Unis et autres pays industrialisés, le bénéfice des ressources naturelles est pratiquement nul, gravitant autour de zéro.
En Algérie (pays producteur de pétrole et de gaz), le taux du bénéfice des ressources naturelles atteint 11,9%, tandis qu’en Arabie Saoudite (gros producteur de pétrole), il s’élève à 18, 2%, contre 22,7% en Libye, autre gros producteur de pétrole.
Par zone, ce taux atteint 12, 9% dans la zone « Afrique du Nord-Moyen Orient », le monde arabe 14,2 % et l’Amérique du Nord 0,5%, pratiquement le même taux que dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement en Europe), soit 0,6%.
En effet, durant la décennie 1980/1990 en Tunisie marquée par des taux élevés du bénéfice des ressources naturelles, notre pays exportait du pétrole et ce n’est qu’à partir de 2000 qu’il a accédé au rang des pays dits émergents, misant, essentiellement sur l’industrie, le savoir et les services productifs, parallèlement à l’agriculture qui est une activité humaine faisant partie des techniques humaines.
Le capital humain de la Tunisie s’était amélioré sensiblement, notamment dans le sens de l’acquisition des connaissances pratiques. Les économistes opposent souvent la dépendance des ressources naturelles aux performances du capital humain, ou, comme on dit encore, ressources humaines.
Le potentiel intellectuel
Aussi, pour certains experts, la Tunisie souffre, actuellement, d’une mauvaise exploitation de son capital humain, conjuguée à la modestie des ressources naturelles, ce qui expliquerait la régression sensible de ss indicateurs économiques.
Les autorités en sont conscientes.
Récemment, dans des déclarations publiques, le ministre de l’économie et de la planification a mis l’accent sur l’importance et l’urgence de réhabiliter et de valoriser davantage le grand potentiel intellectuel dont se prévaut la Tunisie.
Selon le responsable, l’atout de l’intelligence est l’opportunité majeure pour notre pays en vue d’accéder à l’économie du savoir et la société de l’information.
C’était ce qu’avaient fait les pionniers, au début de l’indépendance de la Tunisie, en pariant sur la promotion des ressources humaines tunisiennes à travers l’éducation et l’enseignement qui accaparaient plus du quart et parfois le tiers du budget de l’Etat.
Autre son de cloche
Reste que plusieurs ONG d’envergure internationale et experts économiques d’orientation moins traditionnaliste réfutent de telles analyses et appréciations, affirmant que ce n’est pas la dépendance des ressources naturelles qui a poussé au laxisme, mais c’était ce qu’ils appelaient la détérioration des termes de l’échange, c’est-à-dire l’achat des matières premières par les pays industrialisés, anciennement colonisateurs, à des prix très bas et la vente de leurs produits industrialisés et manufacturés à des prix exorbitants sans commune mesure avec les prix des matières premières.
Au même moment, les pays industrialisés bloquaient le transfert technologique et vendaient des usines clés en main, ce qui laisse les pays en voie de développement dépendant d’eux, même en voulant s’industrialiser.
Aussi, le progrès économique des pays industrialisés s’est accompli sur le dos des pays fournisseurs de matières premières, sans compensation réelle.
S.B.H
Auteur: L’expert
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