Repère

La travail de sape auquel fait face le mouvement citoyen Mouwatana depuis le soutien apporté par la porte-parole du mouvement, Mme Zoubida Assoul, au candidat à la candidature à la présidentielle le général-major Ali Ghediri n’a pas provoqué l’implosion du mouvement, comme le souhaitaient ses détracteurs.

Précurseur des manifestations de rues qui l’ont mené d’Alger à Constantine en passant par Béjaïa et dans d’autres villes appelant à faire barrage au 5e mandat de Bouteflika en faisant face à un harcèlement policier constant, le mouvement Mouwatana était confronté hier à son premier test de vérité d’après la crise organique qui l’avait secoué. Son appel à une manifestation à alger contre le 5e mandat a été massivement suivi. Certes, la manifestation d’hier n’a pas drainé l’affluence de celle de vendredi organisée dans la capitale, mais ce fut néanmoins une sortie pleinement réussie en dépit du dispositif de sécurité renforcé déployé sur le lieu de la manifestation, à la rue Larbi Ben M’hidi.

Le cantonnement des manifestants dans un espace fermé cernés par les brigades antiémeute pour empêcher le sit-in de se transformer en marche processionnaire à travers les artères de la capitale comme cela s’est passé vendredi dernier, n’a pas réussi à casser la manifestation qui a mobilisé au-delà des espérances de ses organisateurs. L’usage des bombes lacrymogènes, la nervosité des brigades antiémeute et les interpellations opérées parmi les manifestants ne sont pas venus à bout de la détermination des manifestants à faire passer une nouvelle fois, dans le calme et la civilité, leurs messages au pouvoir cristallisés autour de l’exigence du renoncement au 5e mandat. Présentes en nombre lors de cette manifestation, les femmes, des jeunes et des moins jeunes, ont marqué leur présence par des youyous à donner la chair de poule, entrecoupant les slogans et chants patriotiques qui ont empli l’atmosphère de cette place symbolique baptisée au nom du martyr de la Révolution, Maurice Audin .

S’il y a un enseignement à tirer de la manifestation d’hier à laquelle a appelé le mouvement Mouwatana, c’est bien celui de la maturité politique qui caractérise ce mouvement de contestation populaire national qui a démontré, hier, qu’il transcendait tous les clivages partisans pour ne se focaliser que sur l’objectif citoyen, transpartisan commun qui est celui de redonner espoir au peuple algérien quant à son avenir.

Le déclic qui s’est produit hier entre les citoyens et la classe politique – même si les organisateurs de la manifestation n’étaient pas représentés sous leurs casquettes partisanes, mais de représentants du mouvement citoyen Mouwatana – aura-t-il un effet d’entraînement sur les partis de l’opposition qui cherchent leurs marques dans ce mouvement de colère de la rue ?

Un mouvement qui se fait pour l’heure sans eux et qui risque de se faire contre eux s’ils ne jettent pas rapidement des passerelles avec les déçus du système en respectant son autonomie, sa souveraineté et ses revendications. L’expérience est inédite : en s’appropriant la parole, la rue algérienne est en train de jouer un rôle fédérateur et mobilisateur de la société dans ses différents segments : mouvement citoyen, classe politique, autour d’objectifs communs de sauvetage de l’Algérie.

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Auteur: Hicham Chouadria
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