
Le bras de fer entre Washington et Téhéran a commencé après la décision, en mai 2018, du président Donald Trump, au prétexte qu’il a été mal négocié, de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et de soumette l’Iran à un sévère régime de sanctions. Un régime qui a mis à genoux l’économie iranienne mais qui n’a en revanche pas réussi à faire trembler les bases du régime des mollahs.
L’exacerbation des tensions, ces derniers jours, entre les Etats-Unis et l’Iran fait craindre le basculement du Moyen-Orient dans une nouvelle guerre destructrice. La récente escalade entre les deux pays, après l’assassinat par les Américains du général Qassem Soleimani, le 3 janvier à Baghdad, présente en tout cas des conséquences imprévisibles.
La réplique dans la nuit de mardi à mercredi de Téhéran, en Irak, à la mort du commandant de la Force Al Qods du corps des Gardiens de la révolution islamique, a eu pour effet de placer la région dans le rouge.
Et signe que l’éventualité d’une crise durable n’est pas à écarter, l’Agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) a interdit aux avions civils américains le survol de l’Irak, de l’Iran et du Golfe. Sur le marché pétrolier, le prix du brut s’envolait de plus de 4,5% hier dans les échanges en Asie.
Alors que les funérailles du général Soleimani étaient toujours en cours en Iran, les autorités iraniennes ont effectivement riposté comme elles avaient promis de le faire une journée auparavant. Elles ont dit avoir frappé les bases d’Al Assad et d’Erbil, qui abritent certains des 5000 soldats américains stationnés en Irak.
Selon le Pentagone, une douzaine de missiles ont été lancés depuis l’Iran contre les bases d’Al Assad et d’Erbil. Le commandement militaire irakien, de son côté, a parlé hier de 22 missiles. Selon la même source, ces missiles se sont abattus sur deux bases sur son sol sans faire de «victime parmi les forces irakiennes».
Le communiqué ne fait pas mention d’éventuelles victimes au sein des forces de la coalition. Mais apparemment, le topo était le même du côté américain. «L’évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu’ici, tout va bien !» a indiqué à ce propos dans un tweet le président américain, Donald Trump. «Aucun Américain n’a été touché dans les frappes iraniennes en Irak», a-t-il confirmé durant la journée d’hier.
Riposte graduée
L’Iran a-t-il donc loupé son coup ? Oui et non ! Des experts de l’Institut d’analyse géopolitique italien (Ispi), cités par les médias, soutiennent que les frappes iraniennes «semblent une réponse sciemment calibrée, susceptible d’éviter une surenchère de Washington, tout en prévenant que Téhéran risque de poursuivre ses représailles par des moyens détournés».
Cela semble le cas, puisque Donald Trump n’a pas envisagé, hier, de répondre à l’attaque de l’Iran. Pas pour le moment du moins. Il ne devrait pas le faire, d’autant qu’il considère que Téhéran a «reculé», ajoutant que les Etats-Unis étaient «prêts à faire la paix» avec ceux qui la voulaient. Il a annoncé tout de même de nouvelles sanctions contre l’Iran. Quoi qu’il en soit, le guide suprême, Ali Khamenei, a évoqué une «gifle à la face» des Américains.
Un chef du Hachd Al Chaabi, une coalition de paramilitaires irakiens pro-Iran, désormais intégrés aux forces de sécurité irakiennes, a menacé Washington d’une «riposte irakienne» aussi forte que «la riposte iranienne». Le n°2 du Hachd Al Chaabi, Abou Mehdi Al Mouhandis, avait été tué aux côtés du général iranien Soleimani lors du raid américain de vendredi dernier.
«Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre», a néanmoins assuré immédiatement après Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne, expliquant que les représailles «proportionnées» de la nuit étaient «terminées». Dans les faits, l’Iran et les Etats-Unis sont en guerre depuis longtemps.
Seulement cette guerre se fait par milices et groupes armés interposés. Le risque maintenant est de voir les deux pays se retrouver face à face, dans un conflit ouvert. Devant la crainte d’une déflagration généralisée qui pourrait avoir des répercussions négatives importantes autant sur les pays de la région que sur l’économie mondiale, de nombreuses capitales, dont Pékin, Moscou et Bruxelles, se sont empressées hier d’appeler au calme et à la désescalade.
Stratégie de la tension
Réunis hier à Istanbul, les présidents russe et turc ont, quant eux, déclaré que l’opération spéciale américaine contre le général Soleimani torpillait la stabilité et la sécurité dans la région. «Nous sommes profondément préoccupés par l’escalade de la tension entre les Etats-Unis et l’Iran et par son impact négatif sur l’Irak. Nous qualifions l’opération américaine contre (…) Qassem Soleimani et son entourage, survenue le 3 janvier 2020, d’acte torpillant la stabilité et la sécurité dans la région», ont-ils regretté.
Le bras de fer entre Washington et Téhéran a commencé après la décision, en mai 2018, du président Donald Trump, au prétexte qu’il a été mal négocié, de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien légué par son prédécesseur Barack Obama, et de soumette l’Iran à un sévère régime de sanctions.
Un régime qui a mis à genoux l’économie iranienne mais qui n’a en revanche pas réussi à faire trembler les bases du régime des mollahs. Dans la gestion du dossier iranien, Donald Trump a opté pour la stratégie de la tension et des pressions maximales. Depuis, les provocations et les attaques entre les deux pays sont devenues régulières, faisant à chaque fois craindre le pire au Moyen-Orient.
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Auteur: Anis Khecheba
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