Un double accord avec un pays qui pèse lourd – une puissance nucléaire -, le Pakistan, et un pacte à 3 avec une autre puissance militaire, la Turquie. Mais attention, Islamabad et Ankara précisent qu’il n’est pas question d’aller guerroyer aux côtés des Saoudiens, juste les défendre en cas d’attaque. Allez comprendre la nuance.
Un immense bouclier franco-américano-turco-pakistanais et pourtant…
Vous y ajoutez la protection de la France – avec là aussi une inflexion forte -, plus la kyrielle d’accords de défense avec les USA, bétonnés par de gros chèques signés par Riyad. Et pourtant quand le Prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) a frappé à la porte du président Donald Trump pour le secourir il a fait mine de ne pas entendre. Ce n’est pas sa guerre, il a même poussé le cynisme jusqu’à dire que les Houthis l’avaient appelé pour l’informer.
De toute façon Washington est contraint de faire taire les canons, parce que les munitions manquent mais surtout parce qu’à 3 semaines d’une élection que Trump a de fortes chances de perdre, ouvrir un autre front serait suicidaire, politiquement et économiquement. Pour faire court, MBS est seul face aux teigneux et intrépides rebelles houthis. Le gouvernement yéménite et son protecteur saoudien regretteront d’avoir empêché l’avion de la délégation houthie de se poser après les obsèques du Guide suprême iranien.
En mars 2026 Riyad avait avoué son impuissance face à celui qui désormais détient les clés du Moyen-Orient, Téhéran, l’Arabie saoudite a fait le même terrible aveu ce lundi 12 octobre, par la bouche de son ministre de l’Energie, Abdulaziz Ben Salmane. Il a admis que le royaume est « mis à l’épreuve » après le déluge de frappes meurtrières menées par les protégés des Iraniens, notamment le carnage à l’aéroport de Riyad…
Ce dernier promet une « réponse ferme » mais personne n’est dupe, une riposte entraînera une autre réplique tout aussi sanglante. « Ces circonstances ont mis à l’épreuve nos infrastructures, nos institutions, nos équipes et notre résilience (…) La sécurité énergétique ne peut être considérée comme acquise« , a avoué le ministre du premier exportateur mondial de pétrole, lors d’une conférence sur l’énergie dans la capitale.
Le pays qui dictait sa loi dans la région mis à genoux par le « petit poucet », de quoi réviser en profondeur les schémas établis sur la toute-puissance. Les guerres asymétriques (entre la Russie et l’Ukraine, les USA et l’Iran) ont fait voler en éclats toutes les certitudes. Plus que jamais, « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître…« , comme l’a si bien expliqué le philosophe anglais Thomas Hobbes.
Téhéran soutient Riyad comme la corde soutient le pendu
Les autorités saoudiennes, jusqu’ici très « prudes » quand il s’agit de montrer les effets des coups portés par l’adversaire, ont cette fois publié les images de la vidéosurveillance de l’assaut contre l’aéroport samedi dernier. Des attaques impressionnantes, les plus meurtrières depuis 10 ans, qui ont causé 13 décès et contraint les autorités à fermer le site jusqu’à jeudi prochain.
Le film des frappes houthies illustre « le danger qui menace les voyageurs innocents dont les déplacements sont consacrés au culte« , se lamente le journal progouvernemental Saudi Gazette. Rappelons que pour les pèlerins le mois d’octobre est généralement le début de la haute saison, des millions de musulmans du monde entier se ruent vers la Mecque et la deuxième ville sainte de l’islam, Médine…
La baisse des températures donne traditionnellement le top départ de la saison des grandes manifestations (conventions, divertissements, etc.), des rendez-vous courus par de hauts dirigeants et grands patrons. D’ailleurs la ministre allemande de l’Economie, Katherina Reiche, était coincée à Riyad après les tirs sur l’aéroport. « Plusieurs possibilités de retour en Allemagne sont en cours de discussion« , confie un porte-parole du gouvernement.
Jusqu’ici aucun grand événement n’a été déprogrammé, mais la nervosité est perceptible, une psychose alimentée par les silences des autorités. A noter que l’aéroport de Dammam a également été ciblé, ainsi que deux installations énergétiques d’Aramco, des sites nichés dans l’est du pays. L’Iran a répété ce lundi qu’il est « vivement préoccupé par l’évolution de la situation » et dit prêt à « faciliter le dialogue entre les parties« …
En langage moins diplomatique cela signifie que Téhéran se frotte les mains face aux tourments de Riyad et en redemande, exactement comme la Chine laisse le rival américain dépérir dans le bourbier iranien. La bataille autour du statut de première puissance mondiale n’est pas une vue de l’esprit.
En dépit de l’intervention des chasseurs dernier cri des Saoudiens pour épauler l’armée yéménites, les Houthis étranglent un peu plus Taëz, troisième ville du pays. Les affrontements y ont causé plus de 60 morts durant les 24 dernières heures, d’après des sources militaires des deux belligérants. On le répète : MBS et ses protégés devront vaincre seuls les insurgées ou parlementer avec eux, personne n’a envie de se frotter à eux.
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Auteur: Souleymane Loum
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