Les évènements sanglants de Sakiet Sidi Youssef, dont le 61e anniversaire a été commémoré hier, au Forum  de la mémoire du journal El Moudjahid, «ont cimenté pour toujours la solidarité et la fraternité entre Algériens  et Tunisiens», se sont accordés à dire les invités de l’association Machaâl Echahid, conviés, hier, pour évoquer  les massacres perpétrés dans un village frontalier tunisien et leur portée sur les plans politique et médiatique.

«Les événements de Sakiet Sidi Youssef sont une des leçons du passé qui ont forgé l’avenir commun des peuples algériens et tunisiens» a estimé M. Saïd Mokadem Secrétaire général du Conseil consultatif de l’Union du Maghreb arabe (UMA) dans son intervention inaugurale.
Le conférencier considère que la commémoration du 8 février 1958 est une occasion pour insister sur la profondeur des relations entre les deux peuples frères et voisins. «Au lieu de semer la peur et le désordre dans la région, ce crime colonial a permis de renforcer davantage les liens séculaires d’amitié et de fraternité entre les peuples algérien et tunisien, qui étaient à l’époque en lutte pour la liberté et l’indépendance» dira M Mokadem devant une assistance, composée de responsables du conseil consultatif de l’Union du Maghreb Arabe, de personnalités nationales ainsi que nombre moudjahidine et témoins de l’histoire.
Le conférencier a insisté sur le fait que, «la commémoration de ces événements, qui demeureront à jamais un symbole de solidarité, de fraternité et d’unicité du destin entre les deux peuples, représente un modèle pour les générations futures et une opportunité pour œuvrer en vue d’ancrer les valeurs de loyauté à la patrie et de poursuivre l’action à l’effet de consolider les ponts de coopération et de complémentarité et de raffermir les liens de fraternité entre les citoyens des deux peuples qui aspirent à la relance et la réactivation de l’UMA».

Cette douleur partagée doit consolider la volonté des peuples à la concrétisation  de l’Union maghrébine

Pour le secrétaire général du conseil consultatif de l’union du Maghreb Arabe UMA, la commémoration des événements de Sakiet Sidi Youssef, doit être porteuse d’un message fort, aux fins de déployer davantage d’efforts en vue de concrétiser la volonté unanime des peuples maghrébins à unir leur destin.
M. Mokadem a souligné la nécessité de consolider les liens entre les peuples du Maghreb et de promouvoir la coopération entre les différents pays de la région, à la mémoire de nos glorieux chouhada et aux générations post-indépendance qui aspirent à la concrétisation de l’union magrébine.
M. Saïd Mokadem a dans ce contexte, salué l’appel de l’Algérie à la tenue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA) dans les meilleurs délais, le qualifiant d’une opportunité pour «la relance de la construction maghrébine».
Pour sa part, le Dr Djamel Yahiaoui, DG du centre d’études et de recherches sur le mouvement national et la Révolution de Novembre d’El Biar, a retracé les faits historiques de ces douloureux événements, non sans rappeler les liens solides qui unissaient les deux peuples frères et voisins dans l’Histoire. Il a ensuite ajouté que les deux peuples algérien et tunisien ont constamment œuvré en vue d’apporter aide et solidarité mutuellement, dans tous les domaines, au niveau national et international. Il faut dire que cet événement tragique s’est soldé par la mort de dizaines de personnes, dont 12 femmes, 20 enfants, et plus d’une centaine de blessés, plusieurs infrastructures civiles détruites et des moyens de locomotion de la Croix-Rouge touchés. Décidée par les militaires français, aux prises avec le Front de libération national, depuis le déclenchement de la Révolution, l’attaque contre le village de Sakiet Sidi Youssef fut une opération de représailles punitives et sanglantes contre des réfugiés algériens que la guerre avait poussés à l’exode.
Pour rappel, c’est un certain samedi du 8 février 1958, à 9h30 du matin, que Sakiet Sidi Youssef, une paisible petite bourgade située à la frontière algéro-tunisienne était pleine de monde, en ce jour férié, qui était également jour de marché au cours duquel étaient distribuées les aides aux réfugiés algériens par le Croissant-Rouge algérien et la Croix-Rouge internationale. Chacun vaquait à ses occupations, lorsqu’en l’espace de quelques minutes, tout bascula dans l’horreur. Un vacarme assourdissant, des explosions…
Pour accomplir cette basse manœuvre l’armée coloniale avait déployé onze bombardiers B26, douze chasseurs et deux transporteurs. Vingt-cinq engins de guerre avaient semé la mort. Il n’y avait plus que mort et désolation, du sang partout, des colonnes de fumées, maisonnettes, école et locaux administratifs effondrés. Ce jour là, les Algériens et les Tunisiens étaient unis dans la douleur et avaient pris conscience de leur sort commun, les relations et la solidarité entre les deux peuples s’était renforcée, désormais, ils ne faisaient plus qu’un seul peuple.
    Farida Larbi