
Une année historique s’achève. Une autre vient de commencer avec un lourd reliquat politique pour l’Algérie. Le pays, dont le peuple a retrouvé le goût de la liberté après l’avènement du mouvement populaire du 22 février 2019, fera face désormais à des défis majeurs.
Rien ne devrait être comme avant. Mais, rien n’est encore gagné ou perdu. Les Algériens, qui ont réussi, grâce à un soulèvement massif et pacifique, à déjouer un plan mortifère du régime, auront encore du chemin à faire et une lutte à continuer, durant l’année 2020, pour accéder à leur idéal : instaurer un Etat de droit et la démocratie.
Après avoir, de longs mois durant, fait échouer la contre-révolution menée, avec des moyens colossaux, par les tenants du pouvoir encore place, le mouvement populaire, qui se poursuit toujours, devra faire preuve de plus de vigilance pour tenter d’arracher cette liberté ajournée. En tout cas, la nouvelle année sera aussi celle du hirak qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, puisque demain une nouvelle marche est annoncée, toujours pour clamer les mêmes revendications : «Rupture avec le système en place», «Pour un Etat civil et non pas militaire», «Libération des détenus politiques et d’opinion»…
La marche du peuple se poursuivra aussi pour le respect des libertés, notamment celle de manifester pacifiquement loin de la répression et des arrestations qui ont marqué l’exercice précédent, et celle de la presse qui a traversé l’une de ses pires phases depuis l’avènement du pluralisme politique et médiatique, au début des années 1990.
En effet, la lutte pour le respect de toutes les libertés, consacrées par la Constitution, est un immense chantier. Malgré le départ du régime du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, et certains de ses soutiens pendant plus de 20 ans, ses pratiques restent encore. L’exercice politique, les activités associatives et syndicales attendent toujours la libération. Le vent des libertés qui souffle sur le pays depuis plus de 10 mois n’a toujours pas balayé les vieux réflexes du système qui s’en prend, sans ménagement, à tous les pourfendeurs de la pensée unique.
Les réunions publiques, les manifestations, la création des partis et des associations restent toujours otages de ces mains invisibles du système. Les médias, maintenus sous domination grâce aux pressions financières, ne voient pas aussi se pointer à l’horizon cette nouvelle ère tant attendue. Durant l’année 2019, la presse n’a pas pu jouer son rôle et elle a été, pour l’écrasante majorité des titres, contrainte de faire carrément dans l’anti-journalisme. L’embargo qui lui a été imposé ne risque pas d’être levé de sitôt.
L’indépendance de la justice : le rêve !
L’année qui vient de s’achever a été marquée aussi par l’éclatement, au grand jour, du débat autour de l’indépendance de la justice. Le syndicat des magistrats, lui-même, a soulevé cette problématique lors du conflit qui avait opposé cette corporation au ministre en charge du secteur, Belkacem Zeghmati. Les interférences dans le fonctionnement de la justice, les textes la régissant et les pratiques qui la décrédibilisent ont été dénoncés. Le rêve d’une justice libre et indépendante a été remis sur la table par le juge, après avoir été une revendication de la corporation des avocats et d’une société qui a tant souffert de l’injustice.
Ce pouvoir, un des piliers de l’Etat de droit, sera-t-il mis, enfin, à l’écart des luttes internes au système ? En tout cas, c’est un des boulets auquel fera face le nouveau président, Abdelmadjid Tebboune, qui a promis de procéder, dans les prochaines semaines, à la révision de la Constitution pour un «meilleur équilibre des pouvoirs». Le chef de l’Etat est aussi attendu sur plusieurs questions en rapport avec la vie politique du pays et les libertés et le rôle des institutions dans «la nouvelle Algérie». Ira-t-il jusqu’au bout de «ses engagements» ? Wait and see.
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Auteur: Hicham Chouadria
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