L’«ambiguïté» de la situation actuelle, entre la logique «répressive» et le verrouillage des champs politique et médiatique, d’un côté, et le lancement des consultations, de l’autre, font planer un certain doute sur la logique du pouvoir en place, ce qui, inéluctablement, se répercuterait sur le déroulement de la démarche actuelle, déjà contestée par une partie de la classe politique de l’opposition.

Le climat politique en Algérie n’est pas «apaisé». Attendant des mesures censées favoriser le passage à un processus de dialogue afin de trouver les voies et moyens pour mettre un terme à la crise actuelle, les partis et personnalités politiques, du moins ceux qui sont dans cette logique, se sont vite rendus à l’évidence que la situation n’évolue pas dans ce sens.

Non seulement les «mesures d’apaisement» tant souhaitées tardent à se mettre en place, mais ces dernières semaines, il y a eu une sorte de retour à un «traitement sécuritaire» du hirak. Avant-hier encore, lors du 49e vendredi de la contestation, les services de sécurité ont procédé, à Alger, à l’interpellation de manifestants.

Leur nombre serait de cinq, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), et devraient être présentés, aujourd’hui, devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed. C’est ce qui s’est passé lors des deux vendredis précédents, notamment le 48e où 20 manifestants avaient subi le même sort. Même s’ils avaient bénéficié par la suite de la libération provisoire, ils sont néanmoins poursuivis pour «attroupement non autorisé». Ceci, en plus de l’usage du gaz lacrymogène qui a aussi réapparu.

Une attitude des pouvoirs publics qui contraste finalement avec la «main tendue» par Abdelmadjid Tebboune envers le hirak. Ce retour à cette logique «répressive» coïncide également avec certaines autres décisions relatives à l’exercice politique. Les forces du Pacte de l’alternative démocratique (PAD) ont dû se rabattre, hier, sur le siège du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) pour la tenue de leurs «assises».

L’événement devait se dérouler à la Safex, mais apparemment une «instruction» aurait été donnée pour surseoir à l’autorisation accordée préalablement. «A 24 heures de la tenue des assises nationales pour l’alternative démocratique et la souveraineté populaire, les autorités de fait viennent de signifier tacitement le refus de l’organisation de ces assises, malgré l’accord écrit de l’administration de la Safex délivré à l’UCP (Union pour le Changement et le Progrès)», a indiqué, avant-hier, le PAD dans un communiqué.

Cela veut-il dire que les partis et personnalités qui refusent de s’inscrire dans le processus en cours seront «pénalisés» ? Parmi les partis politiques composant le PAD, certains sont pourtant représentés au Parlement et gèrent des APC.

En somme, des «préalables» consistant en la libération des détenus d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique et la levée des entraves sur les manifestations publiques, réclamées par moult formations et personnalités politiques, peu a été réalisé, pour ne pas dire «rien».

Le 2 janvier dernier, un contingent de 76 détenus a été libéré (liberté provisoire). Certains s’attendaient à la poursuite du processus. Des informations avaient même circulé concernant l’éventualité de la libération des militants et activistes les plus en vue, tels que Tabbou, Boumala, Fersaoui et Benlarbi.

Finalement, non seulement il n’en fut rien, mais Tabbou a même vu sa détention provisoire prolongée de quatre autres mois, même si, comme l’a expliqué l’avocat Abdelghani Badi, l’instruction, et ce, dans les quatre affaires est close.

En somme, il n’y a ni libération de tous les détenus d’opinion, ni ouverture du champ médiatique, les médias publics ne couvrant toujours pas le hirak et n’ouvrant pas l’antenne aux voix discordantes et ni ouverture du champ politique avec le refus d’autoriser des activités de partis politiques pourtant agréés.

La libération des 76 détenus le 2 janvier a été perçue comme un signe de «bonne volonté». De même pour le fait que le président de la République ait choisi, parmi les personnalités qu’il a reçues en premier, des figures qui plaidaient pour une transition.

Des consultations portant notamment sur l’amendement de la Constitution qui, d’après les axes définis par la Présidence, garantirait entre autres les libertés individuelles et collectives et le libre exercice politique. Or, les choses semblent pour l’instant stagner.

Une «incohérence» dans la démarche du pouvoir en place que certains n’arrivent pas à expliquer. Soufiane Djilali de Jil Jadid s’est même interrogé le 19 janvier dernier «s’il n’y a pas d’autres forces qui veulent bloquer le processus», puisque la «reprise en main sécuritaire», qui intervient après la libération des 76 détenus, «mettrait en difficulté toute acceptation d’un dialogue sérieux».

En somme, l’«ambiguïté» de la situation actuelle, entre la logique «répressive» et le verrouillage des champs politique et médiatique, d’un côté, et le lancement des consultations, de l’autre, font planer un certain doute sur la logique du pouvoir en place, ce qui, inéluctablement se répercuterait sur le déroulement de la démarche actuelle, déjà contestée par une partie de la classe politique de l’opposition.

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Auteur: Anis Khecheba
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