Jeu ouvert
Le Rassemblement National, avec le scandale Bardella, le bracelet électronique de Marine Le Pen et la présentation d’un budget dominé par l’amateurisme et l’approximation, vient de refroidir les plus enthousiastes à le porter au pouvoir.
En l’espace de quelques semaines, le mood général français est en pleine transformation. Malgré la crise sociale aiguë que traverse le pays incarnée aujourd’hui par les manifestations lycéennes et la possible coagulation des colères et des frustrations sociales, l’heure est à l’optimisme ou du moins au soulagement quant à l’issue de la prochaine présidentielle avec l’épée de Damoclès de l’extrême-droite sur l’Elysée.
Et pour cause, deux événements majeurs ont eu lieu en l’espace de quelques jours et qui ont complètement changé la donne politique à venir. Le premier est le déclenchement du scandale antisémite de Jordan Bardella. Malgré ses dénégations répétées et le fait que l’ensemble du Rassemblement National fasse bloc autour de lui, l’homme a du plomb dans l’aile. Un plomb si lourd qu’il finira par l’entraîner dans les profondeurs et provoquer un rejet des Français.
Marine Le Pen tient à sa défense touts azimuts mais elle sait mieux que quiconque que Jordan Bardella est devenu un boulet pour elle. La question aujourd’hui n’est pas si elle va se débarrasser de lui, mais comment elle va le faire et quel scénario le moins coûteux politiquement elle va adopter pour ne pas subir les impacts du retour forcé de la diabolisation.
Le second événement qui a fini par clouer le cercueil du Rassemblement National est leur présentation du contre-budget du RN. Opération décidée et programmée depuis longtemps mais qui a choqué par son improvisation, ses approximations et son amateurisme. La présentation de ce budget devant la presse était assurée par le trio Jean-Philipe Tanguy, censé être la dynamo économique du RN, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Non seulement les propositions économiques du parti étaient loin d’être convaincantes, mais le trio donnait l’impression de tâtonner à ciel ouvert, ne maîtrisait aucune des lois du marché et de l’économie. Un amateurisme et un tâtonnement qui ont choqué la plupart des commentateurs et montré ce que tout le monde savait déjà sur le RN, son obsession cardinale sur l’immigration et ses faiblesses structurelles sur l’économie.
Tous ceux qui voulaient démonter le mythe de l’inévitable victoire de l’extrême droite à la prochaine présidentielle invitaient l’opinion à ne pas se fier aux illusions trompeuses des sondages et à attendre que la campagne batte son plein pour que chaque parti découvre son vrai visage et ses réelles potentialités. Or le Rassemblement National, avec le scandale Bardella, le bracelet électronique de Marine Le Pen et la présentation d’un budget dominé par l’amateurisme et l’approximation, vient de refroidir les plus enthousiastes à le porter au pouvoir.
L’idée centrale de cet échec est que le RN va pouvoir garder son électorat de base mais ces handicaps vont l’empêcher d’élargir son cercle d’influence au-delà de sa clientèle habituelle pour espérer gagner la future présidentielle. Le RN restera sans doute un parti fort mais pas suffisamment pour décrocher le vote d’une majorité de Français et prétendre gagner l’Elysée.
Cette lecture pousse de nombreux observateurs à considérer que si Marine Le Pen pourrait se qualifier au second tour comme elle l’avait déjà fait à plusieurs reprises, elle aurait du mal à gagner la finale. Deux raisons se profilent à l’horizon. La première est cette incapacité à casser son plafond de verre malgré ses tentatives de dé-diabolisation. La seconde est que malgré les guerres intestines propres à la gauche et à la lutte paralysante des ego propre à la droite, l’idée de la constitution d’un front républicain n’est ni morte ni enterrée.
Sans doute les forces de gauche, de la droite et du centre préfèreraient taire momentanément leurs divergences avec l’unique objectif de fermer la porte du pouvoir à l’extrême droite.
Et ceux qui doutaient de la possibilité de construire un front républicain viennent d’être douchés dans leur doutes par l’expression d’un antisémitisme structurel au sein du RN qu’aucune opération de maquillage politique ne pourra faire oublier et par une dangereuse incompétence doublée d’un dangereux amateurisme de ce parti dans la gestion économique des politiques publiques.
Cette nouvelle séquence est de nature à laisser espérer aux autres partis politiques la possibilité que la finale des extrêmes annoncée par les sondages n’est pas une fatalité et que le jeu présidentiel demeure plus ouvert que jamais.
Auteur: Mustapha Tossa
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