Celles et ceux qui suivent peu ou prou l’actualité budgétaire tunisienne s’en souviennent: fin 2016, le Chef de Gouvernement, Youssef Chahed, décide brusquement d’une augmentation des salaires dans la fonction publique; mais au lieu de prendre la forme franche d’une augmentation, elle est présentée comme un crédit d’impôt. En d’autres termes, les fonctionnaires perçoivent un salaire net incluant les augmentations décidées, mais l’augmentation en question apparaît dans le budget de l’Etat, non comme une augmentation de la masse salariale, mais comme une réduction des prélèvements fiscaux.

La raison qui a animé le gouvernement est d’afficher une masse salariale en évolution modéréeet d’éviter les remontrances du Fonds Monétaire International. Simple jeu d’écriture, pensait-il.

La réalité va être tout à fait autre: les caisses de sécurité sociale –CNRPS et CNAM- ne pourront pas prélever leurs cotisations sur les augmentations salariales, parce que le salaire brut demeure inchangé; et il en est de même du fisc.

Les pertes de recettes des caisses et les pertes de recettes fiscales générées par ce subterfuge sont venues alourdir le déficit, déjà considérable des caisses, et priver l’Etat de recettes encore plus importantes.

Pour les caisses de sécurité sociale, le coût de l’opération s’élève à 346 millions de dinars, ainsi répartis:

Caisses de sécurité sociale : les recettes perdues en millions de dinars (MD)

 20172018Total
Recettes perdues CNRPS74 MD189 MD263 MD
Recettes perdues CNAM24 MD59 MD83 MD
Total des recettes perdues par les Caisses98 MD248 MD346 MD

Quant au budget de l’Etat, les pertes de recettes atteignent des montants encore bien plus élevés:

Budget de l’Etat: les recettes fiscales perdues en millions de dinars (MD)

 20172018Total
Recettes budgétaires perdues265 MD655  MD920  MD

Ce jeu a cessé: l’année 2019 est celle du retour à la vérité: fini le crédit d’impôt. Le subterfuge n’a trompé personne. Retour à la présentation internationalement reconnue des comptes publics. Mais, entre-temps, quel gâchis pour les finances publiques!

Ainsi, 1 266 millions de dinars perdus au moment où les déficits se creusent et où l’endettement atteint des sommets inédits dans notre histoire depuis l’Indépendance. La Tunisie avait-elle vraiment besoin de cela?

Hafedh Ateb et Mahmoud Ben Romdhane

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