Pour preuve, une expérience inédite réussie haut la main par deux réalisateurs, l’un marocain, Nabil Qerjij, et l’autre français, Nans Thomassey, qui se sont lancé un défi inimaginable, voire même surréaliste : parcourir plus de 600 Km en auto-stop, depuis Paris jusqu’à Die (département de la Drôme dans le sud-est de la France) pour célébrer les fêtes de Noël chez la famille de Nans et ce, sans argent et sans prononcer un seul mot pendant les cinq jours que dure ce périple.

Certes, Nabil et Nans, deux grands amis et amoureux de l’aventure, ont poussé très loin l’expérience du voyage, mais l’idée de se priver non seulement d’argent mais aussi de parole était, pour eux, absolument géniale et folle à la fois.

Même si leurs amis et proches ne croyaient nullement à la réussite de cette expérience, les deux hommes, très enthousiastes ont su, grâce à leur volonté de fer, leur audace et leur bonne humeur à toute épreuve, gagner le pari en partant sur les routes de France pour réussir un voyage qui semblait « impossible » et « irréalisable ». Une aventure qu’ils ont immortalisée par un film documentaire intitulé « L’Autre Voix », une sorte de « road movie » émouvant et passionnant qui inspire également la confiance aussi bien en soi qu’en l’Autre.

D’une durée de 52 minutes, cette œuvre cinématographique, drôle et trépidante, qui a fait escale dans plusieurs villes du Royaume et poursuit son périple dans d’autres parties du territoire national, a été à l’honneur, récemment à Essaouira, le temps de sa projection à l’espace de Dar Souiri en présence du réalisateur Nabil Qerjij.

Ce film se veut, en effet, une véritable leçon d’humanisme et un réel laboratoire des sentiments où les valeurs d’amour, de paix, de tolérance et d’entraide ont été toujours omniprésentes tout au long de cette aventure pleine d’affection, de méditation et de rencontres enrichissantes et souvent très émouvantes, avec des gens qui ont conduit Nabil et Nans vers leur destination finale, avec qui ils ont partagé un repas en famille ou dormi chez eux au cours de ce périple.

En marge de cette projection à Essaouira, Nabil Qerjij a confié à la MAP que l’idée de ce film est née suite à une rencontre « par pur hasard » sur internet avec le réalisateur français Nans Thomassey, dont l’une de ses émissions « nus et culottés » cartonne en France, ajoutant que « Nans, qui a vu mon dernier film sur mon voyage en auto-stop effectué en Islande, m’a proposé par ailleurs de travailler ensemble sur un autre film documentaire en tant que chef opérateur ».

« Dès que nous nous sommes rencontrés pour la première fois, nous avons convenu d’effectuer ce voyage en binôme sans argent », a-t-il relevé, notant que « nous nous sommes interrogés, par la suite, sur les limites de ce voyage que l’on estimait au début impossible, voire irréalisable, car l’Humanité va nous trahir, avant de nous décider enfin de nous lancer dans cette aventure humaine ».

« Pour placer la barre le plus haut possible, nous nous sommes interrogés également sur la faisabilité du voyage sans même prononcer un seul mot. Et c’est là où le défi à été lancé en décidant de partir sans argent et sans parler même si la parole est un moyen indispensable de communication », a poursuivi ce jeune réalisateur et cinéaste marocain, basé à Paris, qui a parcouru le monde en tournant des documentaires et des films pour de nombreuses productions et participé à des festivals, dont le Festival international du film de Marrakech.

Il a, en outre, fait remarquer qu’une fois prise la décision de réaliser ce voyage, lui et Nans ont commencé à effectuer des recherches sur le web qui leur ont permis de constater, selon des études, que 93% de la communication entre les Humains est non verbale, ce qui laisse entendre, a-t-il mentionné, que « la communication verbale entre nous, êtres humains, ne représente que 7% ».

Des données scientifiques qui ont redonné confiance aux deux aventuriers en la possibilité de réaliser leur voyage et, partant, de transformer en réalité leur rêve incroyable qui semblait au début quasi-impossible.

« C’est ainsi que nous avions décidé de prendre la route pendant les fêtes de Noël, un moment assez spécial en France et qui a été l’occasion pour moi de découvrir cette culture de célébration à la Française », a enchaîné Nabil Qerjij, soulignant que le périple était « magnifique même si au début j’avais très peur, vu qu’il est difficile de se lancer dans une telle aventure et décider de faire confiance d’un seul coup à l’humain et à l’Autre ».

Il a, dans la foulée, fait savoir qu’au cours de la première journée, ils n’ont pas pu assurer mais au cours de leur deuxième tentative, les choses ont pris le bon chemin.

« Petit à petit, cette confiance en l’Humanité s’installait. Nous nous sommes rendu compte tout au long du trajet que même sans parler, l’on pouvait communiquer autrement, en particulier avec le signe, le regard, le sourire, l’émotion, la danse, la musique et avec l’écoute aussi », a-t-il soutenu.

« Le silence est, en fait, un réel langage au delà des croyances, des différences et des mots. Il peut aussi être une sorte d’autre voix à travers laquelle l’on peut s’exprimer sans avoir à parler ou à communiquer oralement », a-t-il fait constater, mettant en relief l’importance de « juste écouter » les gens.

« Je voyage beaucoup, mais au cours de ce périple extraordinaire, j’ai découvert qu’on parlait trop pour ne rien dire et qu’on écoutait moins », a-t-il estimé, considérant que ce voyage « m’a permis d’apprendre de mieux écouter et d’essayer de tout comprendre ».

« Il suffit d’avoir cette envie de comprendre l’Autre quel que soit le langage ou la manière pour parvenir à communiquer », a-t-il dit, tout en insistant sur l’importance de « bien écouter » et de « prendre son temps pour mieux comprendre l’Autre ».

Evoquant ses futurs projets de films, Nabil Qerjij a précisé qu’il enchaîne, en ce moment, les voyages seul car, a-t-il expliqué, « il est difficile de trouver quelqu’un comme Nans Thomassey qui a le sens de l’aventure et l’esprit du voyage », rappelant avoir passé 8 mois avec une troupe de théâtre avec des roulottes et chevaux, qui effectuait une tournée dans toute l’Europe et proposait des pièces théâtrales et de la musique de rue.

Pour le jeune Qerjij, l’idée de partir de Paris pour regagner le Sahara marocain est un « projet en gestation » qui lui tient fortement à cœur, mais pour l’instant, comme il l’a affirmé, il ne sait pas quand ce rêve sera concrétisé.

Et de soutenir que ce voyage et cette expérience inédite vécus entre Paris et Die et immortalisés par cette oeuvre cinématographique que « nous voulions partager avec le grand public », représentent aussi « une invitation à rêver, à approfondir la connaissance de soi et à oser la voie du cœur, du regard et de l’écoute ».

D’ailleurs, comme l’a bien souligné le grand philosophe, penseur et poète mystique, Jalal Al-Din Rumi : « Il y a une voix qui n’utilise pas les mots. Ecoute ! », a conclu Nabil Qerjij.

Auteur: Mohammed KOURSI
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