Le groupe BRICS+, acteur majeur dans la genèse d’un nouvel ordre internationalLe groupe BRICS+, acteur majeur dans la genèse d’un nouvel ordre international

La connaissance préalable de la réalité internationale et des tendances lourdes de cette réalité, est indispensable dans le processus d’élaboration de la politique étrangère qui est aussi indissociable de la politique interne de chaque Etat. A cet égard, l’émergence du groupe ou bloc dénommé actuellement BRICS+, et son évolution, font partie de cette réalité. Les BRICS+ constituent surtout la manifestation d’une volonté de plusieurs Etats émergents de contribuer, à moyen terme, à une réforme profonde du système de gouvernance mondiale.

Dès le début de ce 21ème siècle, après l’effondrement de l’URSS, et alors que le monde semblait connaitre une tendance vers une unipolarité dominée par les Etats Unis d’Amérique (EUA), a commencé à émerger un nouveau bloc initialement formé de la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil (premier sommet officiel en 2009 donnant naissance au BRIC, regroupant ces quatre pays), avant l’intégration de l’Afrique du Sud, en 2011, et ensuite l’extension, en 2024 à quatre autres pays : Egypte, Emirats Arabes Unis, Ethiopie et Iran. L’Indonésie a rejoint le groupe en 2025. Formé actuellement de 10 Etats, ce groupe porte l’acronyme BRICS+.

En janvier 2025, ce bloc non homogène représente presque la moitié de la population mondiale et plus de 35% du PIB mondial, contre 30,7% pour le G7, autre bloc hétérogène créé depuis 1975, qui est considéré comme un «groupe de discussion et de partenariat économique», formé initialement par sept Etats réputés comme étant les plus grandes puissances économiquement avancées dans le monde (Allemagne, Canada, EUA, France, Italie, Japon et Royaume Uni).

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Au sein des BRICS+, la devise utilisée pour les échanges commerciaux est le yuan, monnaie chinoise, avec cependant pour projet, la création d’une monnaie commune à l’alliance, pour pouvoir contrecarrer la domination du dollar dans les échanges internationaux. 

Historiquement, la genèse de ce bloc se situe à la fin du 20ème siècle et apparait à travers la «doctrine Primakov». Ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre de la Fédération de Russie, Ievgueni Primakov a théorisé la formation d’un bloc regroupant initialement la Russie, l’Inde et la Chine (Triangle de Primakov), en vue de promouvoir un monde multipolaire et contrecarrer l’hégémonie occidentale, surtout après la fin de la «guerre froide». Presque concomitamment, émerge la notion de «Sud global», en fait prolongement d’autres concepts et notions tels que «Tiers-Monde», «Pays non alignés» (…). 

Le 1er sommet réunissant les quatre Etats fondateurs (Chine, Russie, Inde et Brésil) a eu lieu en 2009 à Iekaterinbourg, en Russie. Le 2ème sommet a eu lieu en 2010, à Brasilia, au Brésil. Les deux premiers sommets ont permis de poser les premières fondations d’une nouvelle réalité géopolitique multipolaire. Le 3ème sommet a été tenu à Sanya (île de Hainan), en Chine. Il a aussi accueilli l’Afrique du Sud, devenue cinquième membre. Cette nouvelle adhésion, non fondée sur l’importance économique, a surtout eu pour objectif d’étendre la représentativité géographique du bloc à l’Afrique. Le 4ème sommet se déroule en 2012, à New Delhi, en Inde.

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Le 5ème sommet a eu lieu en 2013 à Durban, en Afrique du Sud. En 2013, la Chine lance son initiative BRI (Belt and Road Initiative ou «Nouvelle route de la soie»). En 2015, lors du 7ème sommet à Oufa, en Russie, va être inaugurée la Nouvelle Banque de Développement (NBD), en tant qu’alternative à la Banque Mondiale. En 2017, lors du sommet tenu à Xiamen, en Chine, la Thaïlande, le Mexique, l’Egypte, la Guinée et le Tadjikistan, y participent comme pays observateurs pour entamer une discussion sur l’élargissement du groupe et l’intégration de nouveaux Etats.

Cette démarche sera poursuivie en 2018, lors du 10ème sommet tenu à Johannesburg, avec la participation de la Turquie. En 2019, lors du 11ème sommet des BRICS, tenu à Brasilia, le communiqué final annonce : «Nous restons attachés au multilatéralisme et à la coopération des Etats souverains, afin de maintenir la paix et la sécurité». Plus précisément, il est question d’un «multilatéralisme renforcé, réformé et plus ouvert». En 2020, 2021 et 2022, dans le contexte mondial du Covid, les sommets des BRICS  ont été tenus par visioconférence. Dans la déclaration de New Delhi, il est possible de lire : «Nous regrettons l’inégalité flagrante dans l’accès aux vaccins, aux diagnostics et aux traitements, en particulier pour les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du monde».

De nouveaux pays vont exprimer leur candidature à l’adhésion au sein du groupe des BRICS+. C’est notamment le cas du Mexique, la Corée du Nord, la Turquie et l’Algérie, en 2022. En 2023, ce sont 23 pays qui ont officiellement exprimé leur demande d’adhésion(1). Le 15ème sommet des BRICS a été tenu en 2023, à Johannesburg. Les Etats membres ont exprimé leur accord pour l’extension du groupe à six nouveaux pays. Quatre pays (Iran, Egypte, Ethiopie et Emirats Arabes Unis) vont être intégrés.

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L’Arabie Saoudite, entretenant des relations de forte dépendance vis-à-vis des EUA, n’a pas confirmé son acceptation. De même, après la victoire du principal symbole de l’extrême droite, Javier Milei, à l’élection présidentielle, l’Argentine a préféré réitéré son allégeance aux EUA. En 2025-2026, la guerre en Iran va affaiblir les BRICS tout en constituant un test en matière de solidarité vis-à-vis d’un Etat membre victime d’une agression armée par Israël et les EUA. 

En fait, l’extension des BRICS ne s’effectue plus uniquement par intégration de nouveaux Etats. Un statut intermédiaire d’«Etats partenaires» a été créé, permettant à de nouveaux pays de contribuer à l’émergence d’un nouvel ordre international fondé principalement sur le multilatéralisme et le respect de la souveraineté des Etats et du droit international. Ainsi, ce statut sera attribué à la Turquie, pour être ensuite étendu au Nigéria, et au Vietnam, après la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, Kazakhstan, Malaisie, Thaïlande, Ouganda et Ouzbékistan. C’est là un processus certes non linéaire, mais appelé à devenir irréversible.

(1) Algérie, Argentine, Bahrein, Bangladesh, Biélorussie, Bolivie, Cuba, Egypte, Honduras, Indonésie, Iran, Kazakhstan, Koweit, Nigéria, Palestine, Arabie Saoudite, Serbie, Sénégal, Thaïlande, Emirats Arabes Unis, Venezuela, et Vietnam.

Les institutions financières des BRICS+
Basée à Shanghai, la Nouvelle Banque de Développement (NBD) a été créée, ainsi qu’un « Fonds de réserve ». La dotation de départ de la NBD a été d’un montant de 50 milliards de dollars, porté à 100 MM de dollars, en 2 ans. Cette banque finance en priorité les infrastructures, la santé et l’éducation, avec des montants pouvant atteindre 350 MM de dollars. Il n’existe pas de conditions contraignantes à l’instar de celles prévues par le Fonds Monétaire International (FMI). Les droits de vote sont répartis de manière égale entre les Etats membres (un Etat, une voix). Les décisions sont prises à l’unanimité. 

Principales positions du groupe des BRICS+
En politique internationale, les BRICS+ mènent une plaidoirie pour une réforme des organisations internationales, en particulier le Conseil de Sécurité de l’ONU, les organisations de Bretton Woods (FMI et BM) et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Les BRICS+ revendiquent notamment une meilleure représentativité des puissances émergentes et un renforcement du caractère multipolaire, notamment par le biais de la promotion du multilatéralisme.
A noter, que les Etats des BRICS+ détiennent à peine 15% des droits de vote au sein de la BM et 10% au sein du FMI, alors qu’ils représentent 42% de la population mondiale et 35% du PIB mondial.
C’est surtout sur le plan économique, que les BRICS+ insistent sur l’urgence et la nécessité d’une réforme de la gouvernance mondiale. C’est le cas du système monétaire international actuellement dominé par le dollar. Il en est de même de la composition actuelle des droits de tirage spéciaux.  

Principales divergences entre les Etats des BRICS+
La Chine refuse de soutenir le Brésil pour l’obtention d’un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le PIB de la Chine est de loin supérieur à celui de chacun des autres Etats des BRICS+. Ce qui attribue objectivement une position dominante à la Chine. Entre la Chine et l’Inde, le conflit armé de 1962 a laissé beaucoup de séquelles. 

Evolution du PIB global du groupe des BRICS+
Au niveau mondial, Chine, Inde et Brésil sont classés (en 2025) au Top 10 en matière de PIB, soit respectivement 2ème, 7ème et 8ème. La Russie est classée 11ème.
Le PIB de l’ensemble du groupe des BRICS+ connait un essor rapide. Il est passé de 16% en 2001, à 27% en 2011 et 35% en 2025. Déjà, en 2014, le PIB des BRICS a dépassé celui de l’Union Européenne, tout en s’approchant de celui des EUA. Les BRICS+ contribuent à 50% de la croissance économique mondiale. En 2023, le PIB des BRICS par rapport au PIB mondial (31,5%) a dépassé celui du G7 (30,7%). En 2013, la Chine est devenue la 1ère puissance commerciale du monde. En dix ans, le Brésil dont le montant du PIB, en 2003, a atteint 497 MM de dollars, a plus que quadruplé en 2013, pour atteindre un montant de 2 215 MM de dollars. Au cours des premières décennies du 21ème siècle, la plupart des Etats formant les BRICS+ et des «pays partenaires» ont connu un taux de croissance annuelle de 6% à 10%. 

Auteur: M. Amine
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