Les Maliens ont commencé à voter dimanche pour élire leurs députés, un deuxième tour de scrutin législatif maintenu malgré les violences jihadistes, le nouveau coronavirus et l’enlèvement du principal opposant au régime du président Ibrahim Boubacar Keïta.

A Bamako, des
bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (locales et GMT), a constaté un journaliste
de l’AFP. «J’ai voté. C’est important malgré la conjoncture. Il faut de
nouveaux députés pour consolider notre démocratie», a déclaré à l’AFP Moussa
Diakité, un étudiant de 23 ans.

Le vote, prévu
jusqu’à 18H00 (locales et GMT), a également commencé en province, notamment à
Ségou et Mopti (centre) et Gao (nord), selon des témoins joints par l’AFP
depuis Bamako. Les premiers résultats provisoires sont attendus en début de
semaine. Le premier tour s’était tenu le 20 mars.

«En démocratie,
rien ne vaut la pleine légalité constitutionnelle ainsi que le jeu normal des
institutions», a déclaré récemment le président Ibrahim Boubacar Keïta, dans un
message à la nation, masque protecteur sur le visage. La majorité de la classe
politique soutient le maintien de ce scrutin plusieurs fois reporté.

L’enjeu est de
taille: renouveler un parlement élu en 2013 et dont le mandat devait s’achever
en 2018, et faire avancer l’application de l’accord de paix d’Alger.

Celui-ci, signé
en 2015 entre les groupes armés indépendantistes et Bamako, prévoit plus de
décentralisation via une réforme constitutionnelle qui doit passer par
l’Assemblée. Or la légimité du parlement sortant est contestée.

Mais comment
motiver des Maliens qui remettent en cause la capacité de leurs dirigeants à
sortir le pays de la guerre et de la pauvreté ?

D’abord
concentrée dans le Nord en proie à des rébellions indépendantistes, la crise a
dégénéré avec l’arrivée de groupes jihadistes dans le pays à partir de 2012. La
violence frappe quotidiennement le centre et le nord du Mali et les voisins
burkinabè et nigérien.

Les attaques
contre les soldats et les civils alternent avec les explosions de mines
artisanales, les morts se comptent par milliers et les déplacés par centaines
de milliers. Vingt-cinq militaires, selon le gouvernement, ont été tués entre
les deux tours dans une opération revendiquée par un groupe affilié à al-Qaïda.

«Dans le centre
et dans le nord, est-ce que les populations pourront voter librement? Dans le
centre, les groupes terroristes sont en train de menacer les populations» pour
les dissuader de voter, affirme Ibrahima Sangho, chef de mission de la
Synergie, plateforme d’organisations qui déploient des observateurs lors
d’élections.

Le premier tour
du 29 mars a été marqué par des enlèvements de présidents de bureau, le vol et
la destruction d’urnes. Dans les zones rurales de Tombouctou, les jihadistes
ont conduit de nombreux raids d’intimidation à moto. «Ne votez pas ou vous
aurez affaire à nous», disaient-ils aux habitants, selon un rapport interne de
l’ONU consulté par l’AFP.

Un millier de
bureaux environ, sur plus de 22.000, n’ont pas ouvert, a admis le ministre de
l’Administration territoriale Boubacar Alpha Bah, selon des propos rapportés
par la télévision publique.

Dans certaines
régions du nord, le large taux de participation (plus de 85% à Kidal pour une
moyenne nationale de 35,6%, avec des députés élus avec 91% ou 97% des
suffrages) laisse envisager «une possibilité de fraude», dit un diplomate
sahélien.

Dans la
capitale, la participation au premier tour a été de 12,9%. Ces faibles taux de
participation sont dans la norme malienne, rappelle M. Sangho. Sur les 147
sièges de députés, 22 ont été pourvus au premier tour.

Parmi eux:
Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition kidnappé le 25 mars alors qu’il
était en campagne. A défaut de preuve formelle, tous les soupçons pèsent sur le
groupe jihadiste d’Amadou Koufa. Des négociations sont menées pour sa
libération, selon son parti.

«Soumaïla Cissé
est un gros poisson qui pourra être échangé contre d’autres gros poissons
emprisonnés», pense Bréma Ely Dicko, sociologue à l’Université de Bamako.

Ce rapt sans
précédent n’avait pas dissuadé les autorités de s’en tenir au calendrier
électoral, pas plus que la progression du coronavirus dans le pays.

Le Mali a
officiellement déclaré 216 cas confirmés et 13 décès. Comme partout dans le
monde, l’inquiétude est grande quant à la capacité de faire face à une
prolifération. Un couvre-feu nocturne a été institué, les écoles ont été
fermées, des restrictions imposées aux activités.

Mais dans la
capitale d’un des pays les plus pauvres de la planète dont une grande part de
la population vit au jour le jour, les marchés, les mosquées, les transports en
commun n’ont pas désempli.

Le président malien a pris l’engagement que «toutes les mesures sanitaires et sécuritaires requises (seront) rigoureusement appliquées» dimanche.

(AFP)

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Auteur: M’hammed rahal
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