L’on s’attendait à la voir inaugurer les consultations du dialogue  avec les formations de l’échiquier politique, les syndicats ou autres associations de la société civile, mais voilà que l’instance de médiation présidée par Karim Younes à préféré, d’emblée, «tâter» le cœur palpitant de la dynamique citoyenne, en décidant d’engager une première concertation avec les acteurs du Hirak.

Annoncée pour aujourd’hui, cette concertation, quand bien même elle se décline sous le sceau d’un pari hautement risqué, atteste toutefois d’une reconnaissance de l’instance de médiation quant au caractère légitime des revendications et des aspirations pour lesquelles le mouvement citoyen milite pacifiquement depuis le  22 février.
Ce choix d’ouvrir le cycle des consultations avec des représentants du  Hirak atteste en outre d’une  réelle volonté des membres de l’instance de médiation d’établir des passerelles et  de susciter des liens de confiance avec le mouvement citoyen, en vue d’une action à mener en synergie pour consacrer le changement souhaité par les Algériens. Il reste  qu’une telle mission n’est pas une sinécure, loin s’en faut!
Et pour cause, même si des acteurs du Hirak  acceptent de dialoguer avec les membres de l’instance, ce qui peut constituer une  avancée majeure vers la résolution de la crise politique que vit le pays, il reste que  le contexte dans  lequel intervient la réunion d’aujourd’hui est, le moins qu’on puisse dire, délicat.  Un contexte où des voix non identifiées, anonymes, tentent de remettre au goût du jour l’idée d’une désobéissance civile qui s’est déjà incrustée, rappelons-le, dans la liste des revendications du Hirak.
Ce concept de désobéissance  civile a été  toutefois très vite abandonné et mis en rupture de ban de l’évolution du  mouvement populaire, sans doute  pour la simple et bonne raison qu’il ne cadre ni avec le caractère hautement citoyen du mouvement populaire ni avec ses vertus patriotiques et de  sauvegarde des  intérêts de la Nation.
D’autre  part, le Hirak a ses détenus qu’il souhaite libérer dans les meilleurs délais, et bien évidemment si réunion il y a aujourd’hui entre ses représentants et ceux de l’Instance nationale de dialogue et de médiation, plus précisément le membres de son comité politique chapeauté par le journaliste et professeur en droit public Ammar Belhimer, la question de la libération des détenus  qui  relève, est-il besoin de  le rappeler, des seules prérogatives de la justice, ne pourrait être occultée des discussions entre les deux parties. Ce sont là, entre autres, quelques contraintes qui peuvent certes peser sur les échanges de propos entre les uns et les autres parmi les concernés par la réunion d’aujourd’hui.
En aucun cas, en revanche, ces mêmes contraintes, ou d’autres du même genre, ne peuvent être perçues comme des facteurs d’échec dans la mission de l’instance de médiation, très au fait des attentes du Hirak et de ses revendications dont elle s’érige en partie prenante dans leur consécration. En outre, l’opportunité qu’offre la réunion d’aujourd’hui pour débattre autour de la même table des voies et moyens à même de baliser le terrain pour une issue sereine de la crise actuelle constitue une première en son genre depuis le 22 février.
Sur ce plan, l’on peut d’ores et déjà  qualifier cette réunion d’événement réussi, dans la mesure où le mouvement citoyen qui constituait jusque-là une structure de masse horizontale, sans leaders où représentants, se dote désormais d’interlocuteurs qui sauront parler en son nom et cristalliser ses  revendications.  Par la réunion d’aujourd’hui  avec  les représentants du Hirak, l’instance de médiation du dialogue aura ainsi entrepris de façon effective les consultations, appelées, sans doute, à s’accélérer dans les jours à venir en incluant, bien évidemment, dans ce processus les partis politiques et les organisations de la  société  civile  en vue de la mobilisation de  tous pour le succès d’une élection présidentielle dans les meilleurs délais. 
Karim Aoudia
 

Auteur: elmoudjahid
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