Les résultats de l’étude menée par l’Institut de l’entreprise familiale du Maroc (IEF) ont été rendus publics lors d’une conférence-débat placée sous le thème «Le poids réel des entreprises familiales, la partie invisible». En plus des données statistiques sur leur poids dans l’économie nationale, l’étude a traité la question de la pérennité des entreprises familiales marocaines, leurs pratiques de gouvernance et surtout la problématique de leurs transmissions.
A l’occasion de sa 3ème Assemblée générale, lors d’une conférence organisée le 4 juin à Casablanca, l’IEF-Maroc a dévoilé les résultats de la première étude nationale consacrée au poids réel des entreprises familiales dans l’économie du Royaume. Ce travail a été rendu possible par l’accompagnement de la Société financière internationale (SFI) du groupe Banque mondiale et par l’expertise méthodologique de SAFER, l’Association des chercheurs en entreprise familiale en Espagne.
D’après Kacem Bennani-Smires, Président de l’IEF-Maroc, « L’étude comble un vide documentaire que les acteurs du secteur déplorent depuis longtemps : le Maroc disposait de statistiques abondantes sur ses TPE et PME, mais aucune donnée agrégée ne permettait jusqu’ici d’identifier et de quantifier spécifiquement la composante familiale du tissu économique national… Aujourd’hui, pour la première fois, nous disposons de données objectives et robustes sur le poids réel des entreprises familiales dans notre pays ».
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L’étude a été conduite par José Carlos Casillas Bueno, Président de SAFER qui en a exposé la méthodologie. Dans son intervention, il a précisé «Notre approche s’est d’abord fondée sur le principe suivant : considérer comme entreprises familiales les sociétés ne comptant qu’un seul actionnaire qui en était également l’administrateur. Ensuite, lorsqu’il y avait plus de deux actionnaires, nous avons examiné les administrateurs, pour lesquels nous disposions de davantage d’informations, et nous avons cherché à déterminer, d’après leur nom de famille, combien de membres du conseil d’administration appartenaient à la même famille ».
A partir des données disponibles dans diverses bases de données nationales concernant les entreprises existantes et leur taille et sur la base de l’approche ci-dessus, l’équipe en charge de l’étude a constitué un échantillon de plus de 2.000 entreprises marocaines, sélectionnées sur la base de critères stricts : entreprises en activité, avec informations financières disponibles, actionnaires et administrateurs identifiés, et dernier propriétaire de nationalité marocaine. Chaque entreprise a ensuite été classifiée selon un critère central : la famille retenue doit détenir au moins 50% des postes d’administration. Puis les résultats ont été extrapolés à l’ensemble de la population, ce qui a permis d’estimer le nombre d’entreprises familiales et non familiales au Maroc, ainsi que leur impact sur l’emploi et d’autres variables.
S’agissant des résultats, Cheick-Oumar Sylla, Directeur régional de la SFI pour l’Afrique du Nord, affirme que « Les résultats de cette étude viennent confirmer, à travers des données objectives, une réalité longtemps connue de manière intuitive par les acteurs économiques marocains ». Ces résultats indiquent qu’au Maroc 92,9% des entreprises sont classées comme familiales, une proportion comparable à celle de l’Espagne (92,4%) et du Royaume-Uni (93,2%). Ces structures emploient 6,3 millions de personnes, soit 65% de l’emploi du secteur privé national, et contribuent à hauteur de 60,5% de la valeur ajoutée produite dans le pays. Trois entreprises familiales sur quatre sont de petite taille et seules 18% des entreprises familiales atteignent la taille moyenne, et 7% le statut de grande entreprise. Par ailleurs, l’âge moyen des entreprises familiales marocaines est de 24,2 ans. Près de 64% d’entre elles n’ont pas encore atteint 25 ans et 31% sont déjà en deuxième génération et seulement 5% ont franchi le cap des 50 ans et atteint la troisième génération ou davantage.
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Au-delà des chiffres, cette étude a mis en avant les enjeux de transmission, de gouvernance et de pérennité auxquels sont confrontées ces entreprises. S’agissant de leur gouvernance, l’étude indique que trois quarts des entreprises familiales sont gérées exclusivement par des membres de la famille, et un tiers dispose d’un conseil d’administration composé uniquement de proches. Dans les entreprises encore ‘’en développement’’ (moins de 25 ans), 51% reposent sur un seul administrateur qui est également l’unique actionnaire, une concentration maximale du pouvoir qui, si elle garantit souplesse et réactivité, fragilise la pérennité en cas de défaillance ou de succession non préparée.
À l’opposé, parmi les entreprises dites ‘’pérennes’’ (plus de 50 ans), 49% comptent des administrateurs extérieurs à la famille, confirmant que l’ouverture de la gouvernance constitue l’un des leviers déterminants de la longévité. Ce glissement de la gouvernance mononucléaire vers des structures hybrides est l’un des secrets des entreprises familiales les plus anciennes. La professionnalisation de la direction, le recrutement de talents extérieurs à la famille et la structuration d’un conseil d’administration représentent autant de leviers que l’IEF-Maroc entend promouvoir.
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La transmission des entreprises familiales reste le principal angle mort du modèle familial, chaque passage de relais devient un moment de fragilité maximale, où les logiques familiales, patrimoniales et managériales se percutent. A cet égard, Kacem Bennani-Smires, a mis en exergue le défi majeur que constitue la transmission intergénérationnelle, précisant que seules 15% des entreprises familiales parviennent à atteindre la 3ème génération. Pour lui, «L’échec de cette étape critique dépasse largement le cadre familial, puisqu’il se traduit souvent par la disparition d’emplois, la perte de compétences stratégiques et l’érosion de savoir-faire patiemment accumulés au fil des décennies, avec des répercussions directes sur l’économie nationale ».
Pour Moez Miaoui, cadre dirigeant et conseiller/entreprises familiales ESG Afrique, « De mémoire, je crois que c’est la première fois que je vois une étude de ce type là sur tout le continent africain… L’importance de cette étude c’est qu’elle ouvre un champ d’opportunité, de possibilité qui est relativement infini ». Pour Cheick-Oumar Sylla, «L’expérience d’IEF-Maroc que nous avons étroitement supporté, nous a donné le courage de lancer la même initiative sur le continent africain et on va solliciter l’IEF-Maroc pour nous accompagner ».
L’Institut de l’entreprise familiale du Maroc
Fondé le 22 juin 2023 autour d’une trentaine de familles entrepreneuriales, l’IEF-Maroc, dont le Président est Kacem Bennani-Smirès et son Vice-président Jalil Benabbès-Taarji, a rapidement affirmé son ambition d’être bien plus qu’un club de dirigeants. Sa mission est d’œuvrer en faveur de la pérennité des entreprises familiales marocaines, encourager les meilleures pratiques de la gouvernance familiale et faciliter leurs transmissions. L’institut se projette dans l’avenir avec cinq engagements prioritaires : approfondir la connaissance des entreprises familiales, porter leur voix dans le débat public sur la fiscalité et le droit des sociétés, développer les services aux membres, vulgariser les bonnes pratiques de gouvernance, et contribuer à la reconnaissance du modèle familial comme vecteur de création de valeur durable.
Auteur: A. Maïssour
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