Un débat passionnant sur le genre et l’accessibilité de la femme à l’espace public

M’Barek Tafsi

La célébration du 8 mars, journée internationale des femmes, a été l’occasion pour les militantes et militants de la section Agdal-Riad  du Parti du progrès et de socialisme d’organiser, jeudi soir au siège national du parti à Rabat, une table ronde inaugurale de leurs activités sous le thème : «l’approche genre dans les politiques urbaines».

De nombreuses interrogations restées sans réponses ont
été soulevées autour de l’intérêt accordé à cette approche du genre dans les
politiques publiques et de l’inaccessibilité des femmes à l’espace public, une
inégalité inadmissible contre laquelle il faut réagir.

Pour le modérateur de ce débat,
l’enseignant-chercheur en économie territoriale, Rabii El Ouafoudi, la cause de
la femme marocaine fait partie des gênes et des préoccupations majeures du PPS,
qui lui réserve une place de choix dans ses plans d’action et sa littérature.

C’est pourquoi, il lui accorde un intérêt
particulier dans ses initiatives pour que l’égalité homme-femme et la question
de la parité se réalisent et deviennent un des outils structurants des
politiques urbaines et de la démocratisation de la vie sociale.

Dans sa tentative de cerner le concept du genre en
lui-même, Ibtihal Benharoual, doctorante chercheuse en genre et politique
publique, est revenue sur l’évolution des recherches en la matière. Elle a
rappelé que c’est la psychanalyse qui est à l’origine de l’apparition de la
notion du genre, reprise plus tard par les chercheurs qui se sont aperçus de la
nécessité de distinguer entre les dimensions biologique et culturelle.

En parlant du genre, on ne se limite pas au féminin
et au masculin. Les recherches ont montré le besoin de tenir compte du contexte
culturel et social et des inégalités inhérentes aux relations sociales qui en
découlent.

C’est ainsi que l’on distingue à présent dans le
cadre de l’approche genre non seulement entre l’homme et la femme mais
également les membres de la communauté LGBT.

Quant à Hicham Berra, expert en développement urbain
et ex- directeur de la politique de la ville (le premier dans le pays), il a souligné
que ce qui comptait surtout pour son département c’est d’améliorer le cadre de
vie des citoyennes et citoyens sur un pied d’égalité pour le rendre agréable, plus
accueillant et moins stressant pour tous sans distinction aucune.

En chiffre, quelque 70 villes ont profité de cette
action qui avait également permis la mise à niveau de pas moins de 650
quartiers sous équipés et 670 centres ruraux.

Dans le but de permettre à tout le monde d’accéder
sans discrimination aucune à un espace public, il est nécessaire, a-t-il
expliqué, d’en être d’abord conscient et de faire en sorte de le traduire dans
la réalité.

En lançant la politique de la ville, c’était surtout
pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir l’accessibilité aux différents
services sociaux et d’en tenir compte dans tout projet de création d’un espace
public, a-t-il dit, sachant que la réussite d’une telle entreprise requiert une
véritable convergence de diverses actions sectorielles.

Ce qui n’est pas le cas comme on peut le constater
de visu au niveau par exemple des terrains de proximité, qui ne sont utilisés
que par des garçons à l’exclusion des filles.

Et pourtant beaucoup d’efforts ont été déployés au
niveau de l’éclairage et de l’installation de bancs dans l’espoir d’encourager
les femmes à accéder à ces espaces publics.

Abondant dans le même ordre d’idées, Jacques
Barbier, un expert suisse en urbanisme, installé depuis une longue date au
Maroc, a soulevé la même question de savoir qu’est ce qui empêche les femmes
marocaines d’accéder aux espaces publics.

Pour lui, le problème ne se limite pas au Maroc où
l’espace public, tel qu’il est conçu, est destiné d’abord aux hommes,
reconnaissant toutefois l’existence de courants progressistes qui œuvrent pour
permettre aux femmes d’occuper une place plus visible et plus active dans
l’espace public et de sortir par la même de la tradition.

Dans ce cadre, la direction de la politique de la
ville avait réalisé une étude pour définir ce qui devait être fait pour rendre
ces espaces aussi accueillants pour les hommes que pour les femmes et
inclusifs, sachant que tout progrès réalisé dans ce sens va profiter aux deux
parties.

Cette étude a permis d’établir un guide comportant
une série de recommandations aux différents intervenants dans l’acte de construire
de l’espace public, qui tiennent compte de la vision des femmes. C’est ainsi
que le thème de la sécurité occupe une place centrale dont il faut tenir pour
permettre aux femmes d’en profiter.

Il a cité aussi plusieurs autres points à prendre en
considération dans le cadre des changements à réaliser dans le cadre de
l’ameublement urbain, sachant que tout cela ne suffit pas à réconcilier la
femme avec l’espace public.

Elle le « boude » non seulement pour
toutes ces raisons évoquées par les animateurs de cette table ronde, mais
plutôt pour d’autres considérations d’ordre culturel, éducatif, pédagogique,
religieux, ethnique sans oublier ni la honte (LAHH-CHOUMA) de se monter en
public, ni la peur du harcèlement et des violences de tous genres faites aux
femmes, a-t-on soutenu au cours du débat passionnant ayant sanctionné cette
rencontre.

Selon les participants, l’accessibilité de la
femme à l’espace public est tributaire entre autres des progrès démocratiques réalisés
au niveau du modèle de développement sociétal et économique et de
l’autonomisation de la femme en général.

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Auteur: M’hammed rahal
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