Le fait est inédit. Dans une lettre adressée au chef de l’Etat, Paul Biya, et datée du 16 janvier 2020, le président du Groupement Interpatronnal du Cameroun (Gicam), dont l’objet est «rupture consommée des relations entre le Directeur général des Impôts et les entreprises», demande implicitement le départ de Modeste Mopa Fatoing de la direction générale des Impôts.
«C’est avec consternation que j’ai l’honneur de porter à votre attention des faits d’une extrême gravité», commence Célestin Tawamba. Qui poursuit : «Alors que, le 31 décembre dernier, et évoquant l’effort de redressement de l’économie camerounaise, vous avez déclaré au peuple camerounais que « ce redressement doit être pour nous une ardente obligation qui mobilisera toutes nos énergies… », certains hauts responsables de l’administration, à l’instar de monsieur le directeur général des Impôts, au lieu de faire siennes vos hautes directives, s’emploie plutôt à ramer à contre-courant par des faits porteurs de germes susceptibles de mettre à mal les relations entre l’Etat et le secteur privé et de compromettre irrémédiablement l’investissement et le développement des entreprises que vous appelez de tous vos vœux».
Le président du Gicam énonce ensuite tous les griefs qu’il a contre le DGI : «son inaptitude à dialoguer et faire face à la contradiction, le climat délétère qu’il a instauré à la direction générale des Impôts qui a entraîné le départ de hauts cadres compétents vers d’autres cieux, le refus de délivrer des documents administratifs qui a entraîné des retards considérables dans la réalisation des investissements, son incapacité à concevoir et une politique fiscale sur les court et moyen termes de nature à impulser la croissance tout en assurant un niveau appréciable des recettes à l’État et, facteur aggravant, sa méconnaissance de la réalité de l’entreprise».
Conséquence
Célestin Tawamba assure en outre que ces faits et agissements auraient atteint un seuil critique en fin 2018, mettant « irrémédiablement» en danger le dialogue public-privé. Le DGI aurait, selon le président du Gicam, « clairement affiché son hostilité à une proposition de réforme fiscale du Gicam dans laquelle il avait cru percevoir une tentative du secteur privé de se substituer à l’Etat, et cela en dépit des instructions de sa hiérarchie».
«Ne mesurant pas les conséquences de son obstination visiblement dictée par une méconnaissance de la place et du rôle de l’entreprise qu’il n’a du reste jamais gratifié de la moindre visite – ne serait-ce que les plus grandes d’entre elles – le directeur général des Impôts n’établit aucun lien entre ses actes et postures, d’une part, et la baisse des investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun dans un contexte de désindustrialisation continue, ainsi que la dégradation continue du rang du Cameroun dans le classement de divers instituts et agences de notation, d’autre part », ajoute Célestin Tawamba.
Le président du Gicam se demande ensuite si, «conscient des enjeux auxquels le Cameroun fait face, et compte tenu de son rôle de leader économique au sein de la Zone Cemac», l’on peut «s’accommoder plus longtemps de ces blocages et impasses, sans courir le risque d’affaiblir durablement les entreprises et l’investissement au Cameroun et, partant, l’économie tout entière et l’emploi».
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Auteur: Nasser Ngoume
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