Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a accordé, hier,  une entrevue à des responsables de médias nationaux lors de laquelle il a abordé nombre de questions internes et régionales.

«L’Etat est à l’aise financièrement contrairement à ce qui se dit. D’ici la fin du 1er semestre de 2021 ou à fin 2021, la part des hydrocarbures dans le budget de l’Etat sera réduite de 20%, a-t-il mentionné.

Le président a aussi annoncé que des indemnisations seront attribuées aux petits commerçants et aux artisans. 

L’Etat s’est engagé à aider les artisans en difficulté car ils ont suspendu leur activité en citant le cas des plombiers, des chauffeurs de taxis et des coiffeurs. «On va prendre en charge leur situation à travers des décisions qui seront prises incessamment pour indemniser ceux qui sont affectés par la crise car il s’agit aussi d’un moyen pour leur permettre de disposer de moyens pour prendre en charge leurs familles», a expliqué le président.

Le président a aussi donné des éclaircissements relatifs à la commission nationale de l’évaluation des incidences de la pandémie de la Covid-19 sur l’économie nationale installée récemment par le Premier ministre, Abdelmadjid Djerad. 

«Il fallait opérer un diagnostic de la situation suite à la crise sanitaire pour pouvoir y faire face. Depuis 4 mois, la situation économique se trouve quasiment à l’arrêt mais nous sommes à l’aise financièrement. Il y a une enveloppe financière qui est dégagée dont je ne dévoile pas le montant pour l’instant», a indiqué M. Tebboune.

Les indemnisations ne posent pas de problème, ce dernier réside plutôt dans l’évaluation réelle de l’impact de la crise, estime le président qui a insisté sur la moralisation de la vie publique en émettant le souhait que les entreprises évitent les fausses déclarations sur leurs pertes.

«Toute personne doit faire preuve d’intégrité. Faute de quoi, l’Etat dispose des mécanismes de contrôle, qu’il va déployer», précise-t-il. 

Le président a indiqué que des décisions urgentes ont été déjà prises pour la prise en charge des personnes affectées par la crise économique dont l’octroi d’une allocation de solidarité de 10.000 DA par mois pour les familles nécessiteuses. «Malheureusement, il y a des nécessiteux qui n’ont pas encore touché la première tranche, pourtant disponible depuis près de 3 mois. La bureaucratie est l’ennemi numéro 1 du pays. Les médecins ont touché la prime de risque depuis seulement deux jours», regrette le président qui s’engage à lutter contre ces pratiques.

Réunion avec les partenaires  socio-économiques les 16 et 17 août

Le président a rappelé la tenue d’une réunion avec les partenaires socio-économiques les 16 et 17 août prochain avec l’objectif de tendre vers un consensus sur la relance de l’économie. L’Algérie ne disposait pas d’une économie créatrice de richesse car elle était basée sur la rente, mais à présent il y a une nouvelle vision économique, notamment dans l’industrie de la transformation et l’activité hors hydrocarbures, se félicite le président qui ajoute que les PME-PMI et les start-up sont le socle de l’économie.

Toujours à propos du chapitre lié au volet économique, le président a plaidé en faveur d’une vision globale impliquant à la fois la sphère politique et le champ économique. «Nous sommes sortis d’une crise de plus de 20 ans caractérisée par l’absence de gouvernance», relève M. Tebboune qui met l’accent sur la nécessité d’opérer une rupture entre le passé et les pratiques d’exclusion. 

«La situation était difficile mais il y avait un objectif : celui de sauver le pays, ce qui est un devoir de tous les Algériens. Il y a des compétences et j’ai pris des décisions, car il faut laisser à chacun l’opportunité de contribuer à la construction du pays. Le changement est le message du 22 février après un cumul de près de 20 ans, voire plus avec la décennie noire, ce qui nécessite des réformes profondes», plaide le président.

Le président a précisé que le pays ne peut pas procéder à une évaluation des changements en 6 mois, surtout si l’on tient compte de l’apparition de la crise sanitaire. Malgré cela, le changement est palpable, assure-t-il.  

Le chef de l’Etat soutient que «le changement structurel passe d’abord par une nouvelle Constitution et la moralisation de la vie politique et économique. La décision économique doit être institutionnalisée et ne devrait pas être individuelle pour aboutir à un développement réel et durable.

Confinement : pas de recours à la coercition

S’exprimant sur le confinement sanitaire, le président a indiqué que l’Etat ne veut pas avoir recours à la coercition pour l’imposer en donnant l’exemple des autres pays qui ont fait appel à l’armée. «On compte sur la sensibilisation. Il y a des pays qui ont fait sortir des blindées de l’armée dans les rues pour imposer le confinement. Mais l’Algérie, n’a pas voulu utiliser la force», soutient M. Tebboune qui a appelé les citoyens à se soumettre aux conditions du confinement et d’appliquer les mesures de prévention. 

Le président a évoqué la fermeture des mosquées et lieux de détente en raison de la pandémie. «Je comprends nos jeunes et nos citoyens. Mais il faut respecter les dispositions édictée», préconise-t-il.

Il explique que toutes les mesures sanitaires ne sont pas respectées, notamment lors de la célébration des fêtes de mariage, en ajoutant que la situation sanitaire ne permet pas de tolérer de tels comportements qui constituent un danger pour la santé. 

Le personnel médical bénéficie de la protection de l’Etat

A une question sur les violences dans le milieu hospitalier, le président est formel : «En tant que citoyen et en tant que président, je dénonce les agressions contre le personnel médical. Ce sont des moudjahidine qui sont mobilisés pour sauver des vies humaines. Ils se sacrifient et sacrifient leurs familles en étant confrontés à la mort.»

Il annonce qu’il va signer cette semaine, une ordonnance qui aura force de loi pour instituer des peines contre les auteurs de ces violences qui risquent la prison ferme pour une durée allant de 5 à 10 ans. 

Le personnel médical bénéficie de la protection de l’Etat et nul ne doit commettre d’actes d’agression à son encontre, avertit M. Tebboune.

Le chef de l’Etat a aussi insisté sur le respect des mesures préventives lors de la célébration attendue de l’Aïd El Adha qui relève de la sunna, en rappelant à ce sujet la décision de la commission de la fetwa. «Soyons logiques et réalistes. Il y a des citoyens qui vivent uniquement de l’allocation de solidarité. Celui qui n’a pas les moyens ne doit pas procéder au sacrifice rituel», a-t-il précisé. Pour une protection optimale contre la Covid-19, le président note que des citoyens ont pris quelques dispositions à l’exemple de procéder au rituel dans les abattoirs en appelant les citoyens à la discipline.

Lors de cette entrevue, et concernant la Constitution, le président a soutenu que le régime politique dont le régime semi-présidentiel est une donne soumise à la sociologie politique de chaque nation.

Il ajoute à propos de la durée du mandat présidentiel que c’est au peuple d’en décider mais qu’on ne peut lier le destin d’un Etat à une personne et qu’il est important de tenir compte de l’héritage du passé sans remettre le compteur à zéro : pratique qui avait bloqué le développement du pays. Le président a réitéré son engagement à consolider les liens entre les Algériens. «Je veux construire un État fort et juste ainsi qu’une société homogène», insiste le président en mettant l’accent sur l’importance de ne pas recourir à l’exclusion. Il rappelle qu’il était un candidat libre lors de l’élection présidentielle. «Je suis le candidat du peuple et suis le président de tous les Algériens», a mentionné M. Tebboune rappelant qu’il n’adhère pas à un parti politique. Le président affirme que le contexte impose de se concentrer sur le développement et la relance économique.

Le président a mis en avant le rôle de la société civile qu’il qualifie de composante importante, rappelant qu’il a nommé un conseiller à la Présidence chargé de la société civile en précisant que des jeunes engagés étaient marginalisés et exclus et aujourd’hui, ils constituent la fierté du pays.

Le président met en garde contre les forces d’inertie qui rejettent les changements et qui d’entraver de nombreuses initiatives en signalant que ceci va à l’encontre de la volonté populaire. «Je suis un Novembriste et je travaille dans l’intérêt du peuple», assure-t-il.

Le président affirme que les réserves de change sont de 60 milliards de dollars et qu’elles permettent de faire face à la crise actuelle, à quoi s’ajoutent 25 milliards de dollars des revenus des hydrocarbures et les 25 milliards en production agricole.

Le président assure que «l’Etat fort et juste protège les couches vulnérables» et qu’il exerce un contrôle rigoureux et se dresse en rempart contre la dilapidation et le détournement des deniers publics. 

Les citoyens doivent défendre leurs droits

Le président a évoqué lors de cette entrevue la lutte contre la corruption, réitérant son engagement à l’assainissement du climat et à la récupération de l’argent détourné.

M. Tebboune met en garde contre l’argent sale utilisé par des forces qui s’opposent au changement et financent même des mouvements de protestation. Il annonce avoir donné instruction pour mener des redressements fiscaux et que des tentatives de corruption ont été détectées à cette occasion tout en appelant les citoyens à défendre leurs droits. Il mentionne que la responsabilité de l’Etat est d’assurer l’équité et l’égalité entre les citoyens que ce soit en ce qui concerne le logement ou la scolarisation des enfants dans de bonnes conditions. «J’ai entamé un programme pour loger les citoyens et préserver leur dignité», assure le président.

Affranchir le pouvoir politique de l’argent n’est pas une mission facile mais c’est à la portée du pays grâce à la nouvelle génération, mentionne le président.

M. Tebboune revient sur le dossier du développement des zones d’ombre en indiquant que les habitants de ces contrées sont défavorisés depuis le colonialisme alors que des villages ont été décimés en une nuit durant la décennie noire, ce qui a eu son impact.

Selon, le président, l’exclusion affaiblit le sentiment d’appartenance au pays. Des régions ne sont pas alimentées en eau potable, «on doit penser à assurer les mêmes conditions de vie et de scolarisation pour les enfants de l’Algérie, il ne s’agit pas seulement de développement mais de la préservation de leur dignité», assure M. Tebboune.

Le président a aussi abordé le dossier des relations avec la France. Le travail mémoriel est toujours présent dans l’intérêt national dont celui lié à la récupération des archives loin des surenchères politiques, dit le président qui précise que l’historien Madjid Chikhi est chargé par l’Etat de ce dossier de la mémoire avec un historien français.

Enfin le président a fait état de sa volonté de parvenir au règlement de la crise libyenne. L’Algérie ne soutient aucune décision unilatérale et la solution doit être élaborée autour d’une table, souligne-t-il, en regrettant le non-respect des engagements par certaines parties. 

M. Tebboune a mis en garde contre la tentative d’implication des tribus dans le conflit armé. «A Berlin, nous avons mis en garde contre le scénario syrien et la Libye risque aujourd’hui la somalisation», a-t-il noté. 

Neila Benrahal

Auteur: elmoudjahid
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