Lancé en 2020, le projet «Renforcement de la réponse du dispositif de protection intégrée de la violence sexuelle dans les villes de Meknès et Fès» (Redip) a été bouclé au mois de juillet dernier. Mis en œuvre par l’association Amane, en partenariat avec l’ONG espagnole Aida, le financement de ses actions a été assuré par l’Agence catalane de coopération au développement. Retour sur son impact après deux ans. 


Le ministère public fait état, en 2019, de 6.172 affaires judiciaires relatives à des violences à l’égard d’enfants. A elles seules, les villes de Fès et de Meknès ont enregistré 700 cas d’enfants victimes de violence. Ce dernier chiffre ressort de l’étude sur les violences basées sur le genre à l’encontre des enfants au Maroc réalisée, cette année, par l’association Amane.
Cette dernière lance en 2020 le projet «Redip : Renforcement de la réponse du dispositif de protection intégrée de la violence sexuelle dans les villes de Fès et Meknès». Mis en œuvre par l’association marocaine Amane en partenariat avec l’ONG espagnole Aida et financé par l’Agence catalane de coopération au développement, le projet vise à contribuer à la lutte contre la violence basée sur le genre à l’égard des filles et des adolescentes dans ces deux villes. Bouclé le mois de juillet dernier, l’heure est au bilan…
Déjà, une étude nationale a pu être réalisée pour mieux comprendre la situation actuelle des violences axées sur le genre au Maroc. Celle-ci a révélé que «les violences sexuelles représentent un quart des violences subies (25,3%) et concernent nettement plus les filles (61%) que les garçons (39%)». Dès lors, les stéréotypes liés au genre basés, notamment, sur des traditions et une culture patriarcale sont établis. Autrement dit, les violences faites aux enfants sont acceptées car elles serviraient à éduquer…
Au fil des ans, ce postulat tend à disparaître grâce justement à l’intervention d’ONG telles que Amane.
Cette dernière a mené son action essentiellement pour renforcer les capacités des acteurs du système de la protection de l’enfance sur la détection et la prise en charge des cas de violences sexuelles à l’encontre des filles et adolescentes. Concrètement, ce sont 64 acteurs (société civile et représentants de différentes institutions) qui ont été formés à Fès et Meknès. Plus de 138 enfants victimes de violence ont été pris en charge sur les plans juridique, social, psychologique et médical. «La sensibilisation étant un instrument important pour la démystification des tabous, 257 enfants et 125 parents ont été sensibilisés à la prévention et la détection des violences sexuelles à travers 36 séances de formation/sensibilisation, et des projets pédagogiques créés avec de jeunes collégiens (pièces de théâtre, animations vidéo, exposition de peintures, dessins muraux…)», expliquent les responsables de l’association. Une plateforme en ligne, baptisée Espaces Jeunes, a également été créée. Destinée aux enfants de 9 à 15 ans, elle propose des activités ludiques, en langues arabe et française, adaptées aux centres d’intérêts des jeunes. Le but étant de leur apprendre à reconnaître les signes de violence (en ligne, à l’école, etc.), de savoir comment et à qui en parler et s’auto-protéger.
Dans le même objectif, une campagne digitale nommée «Kafa 3onfane didda al-atfal» a permis de sensibiliser plus de 500.000 personnes âgées de 18 à 64 ans aux dangers des violences à l’égard des enfants. Elle a eu pour but de valoriser les dispositifs mis en place par l’Etat et les associations pour accompagner les enfants victimes de cette violence. Et leur famille aussi… De nombreuses personnes publiques se sont, ainsi, associées à cet élan de solidarité pour ne citer que Samia Akariou, Groupe Lazywall, Jihane Bougrine, Abdessamad El Horfi, Hamid El Hadri, Soufiane Nhass, Amina Maelainine ou encore Hamid Bouchnak.
Les enjeux sont réels. Le travail associatif aussi. Mais il reste encore un long chemin à parcourir pour changer certaines mentalités.

Auteur: Dounia Essabban
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.