Repère

Le discours du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, prononcé hier à Oran, est en total déphasage avec la volonté populaire exprimée massivement, qui a demandé le démantèlement de tout le système corrompu et corrupteur de l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika.

Un discours mi-belliqueux mi-conciliant, à travers lequel le chef d’état-major de l’ANP cherche le soutien de la majorité des Algériens pour faire aboutir une feuille de route conformément aux dispositions constitutionnelles. Gaïd Salah demande également aux Algériens de lui faire confiance.

Mais quelle confiance et quel soutien peut obtenir Gaïd Salah des Algériens, lorsque celui-ci a été complice de la forfaiture contre la Constitution en cautionnant le 5e mandat d’un homme sur son lit de mort ? Quel crédit peut-on accorder au général qui a poussé à la démission l’ancien président de la République, lorsqu’il affirme que la revendication populaire est irréalisable ? Sait-il au moins que l’argument de la «main de l’étranger» n’a aucun effet sur la majorité des Algériens, sorti pour jeter l’anathème sur le mouvement pacifique des citoyens ? La conviction de Gaïd Salah de revenir coûte que coûte à l’ordre constitutionnel est d’ores et déjà frappée de suspicion.

Car à force d’avoir été violée à maintes reprises par le système en place, la Constitution actuelle, qui a par ailleurs montré toutes ses tares, ne répond plus aux exigences des citoyens et aux défis auxquels la société algérienne doit faire face. La Loi fondamentale a été rendue tout bonnement caduque et inopérante.

Des leaders politiques et hommes de loi, tels que Mustapha Bouchachi et Zoubida Assoul, ont à maintes reprises affirmé la possibilité d’instaurer une période de transition gérée par un Président de l’Etat et un gouvernement indépendant, prélude à une élection présidentielle transparente et propre. L’ANP et tous les services de sécurité auraient pu accompagner cette transition et surtout la protéger de toutes les tentatives de manipulation ou de sabotage.

On serait tenté de croire que Gaïd Salah cherche à protéger certains «résidus du système» qu’il voudrait recycler dans le cadre d’une réforme de l’Etat, ou dans ce que l’on pourrait appeler l’avènement d’une «IIe République».

Suspicion légitime d’un peuple habitué à vivre des situations politiques dramatiques, voire improbables. A l’évidence, Gaïd Salah est très mal placé pour dire que l’actuelle Constitution est un texte «coranique» pour l’imposer à la majorité des citoyens, qui appellent tous ceux qui se sont compromis avec le système en place de rendre des comptes avant de déguerpir à jamais.

En outre, aucune approche sérieuse n’a été entreprise envers le mouvement de contestation pour que celui-ci puisse désigner ses représentants. Au contraire, on a essayé de discréditer les figures les plus en vue de ce mouvement, notamment sur les réseaux sociaux, sans grand succès heureusement.

Ahmed Gaïd Salah aura en tous les cas une réponse claire des Algériennes et des Algériens ce vendredi, 12 avril, qui pourrait lui faire changer d’avis et accepter de se ranger franchement du côté de son peuple. L’Algérie appartient à sa jeunesse et non aux caciques du système qui ont rongé les fondements de l’Etat.

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Auteur: Hicham Chouadria
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