La question du Sahara Marocain demeure une priorité dans l’activité diplomatique du Royaume. L’année 2026 sera décisive sur cette question appelée à être définitivement et irréversiblement solutionnée. La Palestine a aussi une «place centrale dans l’âme marocaine». Le Maroc est appelé à appuyer une résolution juste et durable, où le peuple Palestinien exerce pleinement et librement son droit à l’autodétermination. Enfin, le réchauffement climatique est l’un des principaux défis de l’humanité en ce 21ème siècle. Là aussi, le Royaume est bien connu pour son potentiel et son expérience exceptionnels dans la gestion des catastrophes naturelles. Trois domaines importants où la diplomatie marocaine est appelée à être fortement présente et active au niveau international. Par ailleurs, de manière transversale, la diversification des relations internationales et l’adoption d’une neutralité positive face aux conflits géopolitiques demeurent une option stratégique pour le Royaume.
Sahara Occidental : là où l’arbre maghrébin de l’espoir peut renaitre
C’est un conflit qui n’aurait jamais dû exister. Le principal défi actuel, pour les principaux acteurs concernés, directement ou indirectement, est de ne pas rester emprisonné dans le passé. Les sources ou racines de ce conflit remontent à la période coloniale qui a débuté en Afrique plusieurs siècles auparavant. La plupart des frontières étatiques en Afrique ont un caractère artificiel, car nées d’une logique coloniale de découpage et de partage. C’est pour cela que l’OUA a adopté, dès le début, le principe de l’intangibilité des frontières, afin de ne pas fragiliser les processus de décolonisation par des conflits interafricains. Compte tenu de la particularité historique du Maroc, en tant qu’Etat-Nation plus que millénaire, avant la mise sous le régime de «Protectorat», à l’instar d’autres Etats tels que la Tunisie et l’Egypte bien avant, l’Ethiopie (…), le Royaume a exprimé des réserves quant à ce principe d’intangibilité des frontières, considérant son indépendance comme ayant été territorialement inachevée.
L’Espagne et le Portugal ont d’ailleurs été, avant le Royaume Uni/Angleterre, les premières puissances navales dans le monde. Le Portugal qui a même été l’un des premiers initiateurs de la traite des esclaves à l’époque dite moderne, n’a quitté les zones colonisées en Afrique (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Cap Vert…) qu’au milieu des années 1970, après la chute de la dictature de Salazar. C’est dire le lien étroit entre la situation interne d’un Etat autoritaire et sa politique extérieure conservatrice qui se manifeste notamment par l’oppression coloniale d’autres peuples. Les vagues de décolonisation post-2ème guerre mondiale ont faiblement perturbé la dictature de Franco en Espagne, bien enracinée dans son passé colonial qui continue à se reproduire et à s’exprimer, aujourd’hui même, à travers des mouvements d’extrême droite en Amérique Latine, se nourrissant des gaz putrides, propagés par les «pètes trumpiens», signes avant-coureur d’une accélération des régressions et de la réémergence de nouvelles menaces bien pires que celles qu’a déjà vécues l’humanité.
Dans leur profonde mémoire, les marocains savent bien comment le Maroc, à l’instar d’autres pays Africains, a été dépecé pendant la période coloniale. En 1955, le Maroc accède à l’indépendance sans que l’ensemble du territoire soit libéré. Le processus de libération, dans la phase ultime, a été certes moins violent, comparativement à d’autres territoires en Afrique qui ont été marqués par de longues guerres anticoloniales. En fait, l’occupation coloniale spatiale du Maroc a exigé plusieurs décennies dites de pacification, face à une résistance armée. L’un des moments symboliques ayant été la «guerre du Rif» où les principales puissances coloniales ont dû se coaliser pour vaincre la lutte armée menée par Abdelkrim el Khattabi. Et même après l’indépendance territoriale partielle de 1955, les composantes armées du mouvement de libération nationale, notamment celles au nord et au sud, n’ont pas déposé les armes. L’«Opération Ecouvillon», menée par la France et l’Espagne, en 1958, au Sahara, illustre bien cette réalité historique complexe où le processus de libération, dans sa dimension territoriale inachevée, a été nécessairement graduel, compte tenu des rapports de force à cette époque. 20 ans plus tard, en 1975, la «Marche Verte» n’a pas échappé à l’influence de ce contexte national et international, caractérisé en interne par un déficit chronique de démocratie, et au niveau international, par la «guerre froide».
Au début des années 2000, ce contexte va changer radicalement, marqué au niveau international par la chute du Mur de Berlin et l’effondrement du «bloc socialiste», et au niveau national, par un processus de réconciliation. Sur le plan diplomatique, le Maroc opte pour une voie réaliste et constructive en proposant une solution d’autonomie régionale dans le cadre du respect de la souveraineté nationale, en 2007. C’est là une option qui s’enracine solidement dans la mémoire collective, «dépolluée» des influences antérieures, tout en ouvrant des perspectives de paix et d’intégration régionale au Maghreb. Après cette proposition, 10 ans plus tard, en 2017, le Royaume réintègre l’Union Africaine. Ce qui va permettre à la diplomatie marocaine d’entamer une nouvelle dynamique constructive et d’accumuler des acquis, pour aboutir, le 31 octobre 2025, au résultat historique qu’a été la Résolution 2797 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Néanmoins, cette Résolution, malgré son importance, n’est que la continuité d’un processus constructif et le début d’une déclinaison concrète, pratique, définitive et irréversible, devant être fondée avant tout sur l’adhésion active des principaux acteurs concernés, directement et indirectement. Pour être efficace, pertinente et solide, cette déclinaison doit se nourrir des principes de justice internationale, premier et véritable ingrédient de la paix.
Ainsi, 2026, devrait être une année plus que décisive pour la question du Sahara Occidental. Tourner la page, après l’avoir bien lue et relue collectivement. Non pas uniquement pour «oublier», mais aussi et surtout pour tirer des leçons, et entamer un processus d’intégration régionale qui répond aux rêves et aux aspirations profondes des populations du Maghreb. C’est refaire du Sahara Occidental un espace qui rapproche et unit dans la paix et la prospérité. Il s’agit d’une «utopie réalisable», car bien enracinée dans la mémoire collective des populations de l’Afrique du Nord. Pendant des siècles, le Grand Sahara Africain (GSA) a été un espace où règne la mobilité comme mode de vie (nomadisme). Ce mode de vie est favorable à l’échange, à la fraternité humaine, à la primauté des valeurs immatérielles, à la culture où fleurissent chants et poèmes (…). La frontière est perçue avant tout comme un obstacle à la compréhension de l’autre, à la communication (…). Les frontières séparent et divisent dans un immense espace qui a toujours uni. «Lorsque les oreilles humaines deviennent sourdes, il suffit d’écouter les dromadaires, espèce actuellement menacée, qui le savent très bien de par leur mode de vie et de survie. Leur capacité exceptionnelle de rester sans nourriture ni eau, pendant plusieurs semaines, en témoigne. Ce patrimoine immatériel, au fond de la mémoire individuelle et collective, peut être ressuscité et re-cimenter les liens entre toutes les populations autour du GSA.
En 2026, le Maroc est appelé à décliner de manière plus détaillée et plus explicite sa proposition d’autonomie régionale, avec un plan s’action pour la mise en œuvre. A date d’aujourd’hui, quelques consultations auprès des partis politiques ont été entamées. Ce n’est guère suffisant. Les erreurs commises au début des années 1970 envers les jeunes Marocains Sahraouis ayant proposé la reprise de la lutte pour la libération du Sahara Occidental sont à éviter. Un processus de consultation/concertation/implication/participation est à mettre en place, en impliquant notamment la société civile et les universités, en particulier les habitants des régions du sud du Royaume. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de technique de droit national et international. La force du plan d’action à proposer au CS de l’ONU est dans la légitimité de ce plan. Celle-ci trouve sa substance première dans la voix et l’adhésion de la population concernée, c’est-à-dire l’ensemble des marocains. Et, pour réussir cette dynamique,
le processus gagnerait à être étendu à l’ensemble des régions du Maroc, dans le cadre de la mise en œuvre effective de la «régionalisation avancée». A cet égard, il est possible de s’inspirer des processus adoptés pour l’élaboration de la Constitution en vigueur (en 2011), ou de l’élaboration du Nouveau modèle de développement, adopté en 2021. C’est, après tout, une affaire marocco-marocaine, de réconciliation interne. Parallèlement au lancement de ce processus, un appel peut être lancé à tous les acteurs concernés, y compris le Front Polisario. Le discours Royal du 31 octobre 2025 n’écarte pas cette piste. Au contraire. Par ailleurs, les expériences et bonnes pratiques internationales sont les bienvenues, en tant que sources d’inspiration. Plusieurs exemples dans le monde peuvent être cités. C’est notamment le cas de la Colombie, où des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont conclu un accord de paix avec l’Etat, après un conflit armé qui a duré plus d’un demi siècle.
La solution radicale est dans le processus de démocratisation, avec une réelle territorialisation des processus de décision politique dans la quasi-totalité des domaines, à l’exception des domaines de souveraineté (monnaie, drapeau, sécurité interne et externe, diplomatie…), et dans un cadre national où l’Etat central joue un rôle stratégique, en termes de cohérence et de convergence des politiques publiques nationales et territoriales et sur la base d’une solidarité interterritoriale. Résoudre définitivement la question du Sahara Occidental, c’est aussi mettre fin au lourd déficit chronique en matière de démocratie, dans le mode de gouvernance, aux niveaux national et territorial. De cette manière, l’application du principe d’autodétermination, bien au-delà de ses aspects techniques et limités dans le temps, pourra avoir une réalité pratique, concrète et dynamique, autour d’un projet de société libérateur et constructif, où le respect de la dignité humaine est le premier dénominateur commun central.
Palestine : un conflit de nature coloniale devenu quasi-permanent
Après deux ans de bombardements intensifs et continus par l’Etat d’Israël, dirigé par un gouvernement d’extrême droite sioniste et ethniciste, le «plan de Trump» pour Gaza, entériné par la résolution 2803 du Conseil de Sécurité (CS) de l’ONU, a mis en place un «cessez-le-feu» fragile, souvent violé par l’entité sioniste. L’enclave de Gaza demeure prisonnière d’un blocus et sa population est toujours menacée d’extermination, voire d’effacement. En effet, la population de cette enclave est menacée de faim, de soif, de maladies, de conditions de vie inhumaines et insupportables. C’est là une situation qui reflète avant tout une volonté politique préméditée du gouvernement israélien d’extrême droite de continuer la réalisation de ses objectifs génocidaires et d’empêcher toute possibilité aux Palestiniens d’entamer une éventuelle auto-reconstruction de cette zone quasi-totalement dévastée.
La résolution 2803 du CS de l’ONU a placé sous tutelle d’un «comité de paix», le territoire Palestinien de Gaza. Cette résolution a été perçue par d’éminents juristes comme un «recul majeur pour le droit international et pour la crédibilité même de l’ONU» (Alfonso Dorado, avocat, et Patrick Zahnd, président de l’Association Juristes pour le respect du droit international, dans le Monde du 9 décembre 2025). En effet, «sous couvert de la paix, le CS entérine un dispositif contraire aux principes du droit international, du droit international humanitaire et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Faut-il rappeler que ce «plan» a été élaboré hors de tout cadre multilatéral et n’est qu’une simple «dérivée» des accords bilatéraux conclus entre les Etats Unis d’Amérique (EUA) et Israël, deux Etats bien connus, dans leurs déclarations et pratiques effectives, pour leur hostilité vis-à-vis de la «Justice Internationale», qui est l’un des premiers acquis civilisationnels et universels. La Palestine, en tant qu’acteur international, reconnue par la majorité écrasante des Etats-membres de l’ONU, y est totalement absente.
Le «plan de paix» de Trump, initialement projet immobilier, a donc été défini par une seule partie au conflit, avec l’appui de son allié stratégique que sont les EUA. Or cette partie qu’est Israël n’a nullement changé son objectif stratégique : briser tout espoir de création d’un Etat Palestinien indépendant et souverain. Pour atteindre ses objectifs génocidaires d’effacement du peuple Palestinien, Israël combine la violence armée à d’autres formes non moins brutales de violences systémiques et destructrices. La récente décision unilatérale d’Israël pour interdire à 37 ONG humanitaires l’entrée à Gaza en est la meilleure illustration de cette intention préméditée de «continuer le travail», c’est-à-dire le génocide. Le CS, instance suprême du système onusien, s’est donc prononcé sur une «offre empoisonnée», synonyme de «à prendre ou à laisser», avec même des pressions et des menaces de chantage formulées explicitement par le sanguinaire B. Netanyahu. A plusieurs reprises, ce dernier n’hésite pas à déclarer : «en cas de refus, je termine mon travail», c’est-à-dire le processus génocidaire, entamé depuis plusieurs décennies, et accéléré depuis le 7 octobre 2023. Et Trump, en appuyant fermement cette «option», promet l’«enfer aux Palestiniens à Gaza», portant certainement dans son inconscient, les génocides commis par ses ancêtres sur ces «terres découvertes» par un Magellan ou un Christophe Colomb. L’endossement ultérieur du «plan de Trump», entériné par le CS de l’ONU, ne pourrait en aucun cas régulariser a posteriori, un plan conçu en dehors du cadre onusien. Plus grave est cet antécédent où un «conseil de paix», doté d’une personnalité juridique internationale, est chargé de «gouverner Gaza» jusqu’à la réalisation d’un programme de réformes imposé à l’Autorité Palestinienne. Cette structure mise en place par ledit plan de Trump n’est pas une «mission de l’ONU». Elle n’est pas placée sous l’autorité du Secrétaire Général de l’ONU, accusé par l’Etat d’Israël d’antisémitisme.
En tout cas, «quiconque est contre la politique d’expansion d’Israël est qualifié antisémite». Telle est la définition de l’antisémitisme par un Etat qui se situe hors du droit international et qui, en interne, a mis en place un système d’apartheid. Le «Conseil de paix», selon le «plan de Trump, devrait être dirigé par ce dernier, érigé ainsi comme symbole suprême de la victoire de la force sur le droit. Et le pire est à prévoir. Car l’impunité d’une guerre génocidaire, la répression des voix qui osent dénoncer cette impunité ou simplement critiquer, la mise à l’écart des juridictions intermédiaires ou la tentative de leur neutralisation, la consécration de l’unilatéralisme, basé exclusivement sur la logique de puissance, de rapports de force, et donc la marginalisation du multilatéralisme qui a pourtant nourri positivement le droit international dans presque tous domaines (prévention et résolution pacifique des conflits, protection de l’environnement et lutte contre réchauffement climatique, aide au développement, lutte contre les épidémies, protection/prévention sanitaire…), ne peuvent pas ne pas être perçues comme des signaux forts, voire comme un prélude à un conflit mondial, bien pire que ceux qu’a déjà vécus l’humanité, qu’il s’agisse des deux grandes boucheries mondiales du 20ème siècle ou des guerres coloniales qui ont continué à ravager le monde et dont le processus génocidaire en Palestine est aujourd’hui l’un des prolongements. Nul besoin d’une «boule de cristal» pour percevoir les prochaines menaces.
Au lendemain du 7 octobre 2023, tout a été fait par le gouvernement d’extrême droite en Israël pour créer une confusion et entamer l’accélération du processus génocidaire, en Palestine. La déshumanisation de toute une population assiégée, désarmée, affamée, assoiffée, massacrée (…) a offert un spectacle où une partie importante de la population mondiale a préféré se refugier dans l’indifférence et a contribué objectivement à la banalisation du mal, de la mort et de l’injustice, à l’acception de l’inacceptable. Prélude, car pouvant permettre, dans un avenir proche, dans les situations conflictuelles qui couvent déjà, le recours à des armes mille fois plus destructives, une fois l’«opinion mondiale» bien pétrie, habituée et préparée dans l’indifférence.
Le conflit en Palestine, dont les racines coloniales datent depuis plus d’un siècle, aurait bien pu évoluer autrement vers une solution juste et durable. En effet, sa nature coloniale est incontestable. Le mouvement sioniste mondial a su et pu exploiter les actions criminelles et génocidaires du régime nazi commis contre les juifs, pour faire accepter le projet de création de l’Etat d’Israël, en tant que «foyer juif», devenu aujourd’hui un Etat fondé sur une idéologie d’apartheid, tirant sa force première de l’ethnicisme, d’une violence raciste systémique, et de la volonté d’expansion territoriale, dans l’objectif de mettre en place un «Grand Israël», à l’instar de l’Allemagne nazie. En cela, le sionisme, tout en piétinant la mémoire de la Shoa, ne diffère guère des pratiques nazies/néonazies ou fascistes/néofascistes. Aucune surprise donc quand on voit aujourd’hui le gouvernement actuel d’extrême droite sioniste en Israël rencontrer les mouvances européennes d’extrême droite auparavant bien connues pour leur antisémitisme. C’est notamment le cas d’un Bardella en France, dauphin de Marine le Pen, elle-même fille d’un père soldat colonial et tortionnaire en Algérie sous occupation française.
Dans la conscience historique, les marocains partagent cette mémoire sur le passé colonial et sur la Palestine. L’Etat au Maroc, bien qu’entretenant une relation ambivalente, ne peut pas tourner le dos à cette réalité. L’appui au Mossad avant et après le «Protectorat» dans le projet de transfert des marocains juifs en Palestine n’est plus un mystère. Oufkir, ancien officier de l’armée coloniale française, devenu bras droit et ministre de l’Intérieur du roi Hassan II, a été l’un des principaux acteurs dans cette opération de transfert. L’«entraide» avec les services secrets israéliens, actuellement suffisamment étayée et documentée, va permettre au Maroc de mettre en place une organisation des services de sécurité et d’appuyer certaines opérations clandestines telles que la disparition de Mehdi Ben Barka, en 1965, à Paris. Et ce n’est que l’un des cas les plus connus et les plus médiatisés. Néanmoins, l’appui officiel au mouvement de libération nationale de la Palestine a aussi été une réponse à une attente/aspiration/revendication populaire bien ancrée au Maroc. D’où cette ambivalence.
En effet, la «cause Palestinienne» est officiellement reconnue comme étant une «cause nationale», juste après celle du Sahara Marocain. A cet égard, la présidence du Comité Al Qods témoigne concrètement de cette solidarité. Depuis le 7 octobre 2023, les actions de solidarité à l’égard du peuple Palestinien ont été constantes et se sont exprimées à travers de nombreuses manifestations publiques. Au Maroc, l’une des principales revendications du mouvement de solidarité avec la Palestine est la dénonciation par l’Etat des accords d’Abraham. Face au processus génocidaire mené par le gouvernement d’extrême droite d’Israël, cette dénonciation devrait permettre à la diplomatie marocaine de gagner en cohérence et en convergence aussi bien au niveau national qu’au niveau international. Le Maroc s’est d’ailleurs joint aux Etats ayant officiellement déclenché une procédure devant la Cour Pénale Internationale pour «risque de génocide» en Palestine, à Gaza. Risque largement confirmé par de nombreux rapports établis aussi bien par des organismes onusiens que par des ONG indépendantes et crédibles.
La vraie force de la cause Palestinienne est dans son universalité. C’est avant tout une question d’occupation et d’oppression coloniale et raciste vis-à-vis d’un peuple privé de ses droits les plus élémentaires dont celui d’exister. Un Etat Palestinien indépendant, souverain et démocratique, en tant qu’expression des luttes et des sacrifices des palestiniens est perçu comme une «menace existentielle», pas seulement pour l’Etat sioniste d’Israël, mais aussi pour un ensemble de forces étatiques et non étatiques qui œuvrent pour le statuquo, la stabilité et la reproduction d’intérêts économiques stratégiques dans toute la région dont la mainmise sur le pétrole et le gaz, ainsi que sur le marché des armes. Mais, «les répressions (aussi féroces et meurtrières soient-elles), loin de briser l’élan, scandent les progrès de la conscience nationale» (Frantz Fanon, dans «Les Damnés de la terre»).
Le Royaume du Maroc comme acteur dynamique dans l’émergence d’un nouvel ordre international fondé sur la justice et la paix
La diversification des relations internationales (RI), avec une priorité à la coopération Sud-Sud est un choix stratégique pour le Royaume. L’incertitude croissante dans les RI ne doit pas être un obstacle au renforcement de la visibilité stratégique du Maroc. La diversification des RI peut accroitre la marge de manœuvre de chaque Etat et permettre une réduction des risques de dépendance externe et donc un renforcement qualitatif de la souveraineté nationale, en particulier dans les domaines vitaux révélés notamment au cours des récentes crises internationales telles que la pandémie due au Covid-19 ou les conflits armés à forts impacts négatifs sur les principaux circuits de distribution et d’échange internationaux.
Au cours des dernières années, le Maroc a su réaliser des progrès dans cette optique. C’est notamment le cas des relations du Maroc en Afrique où le Royaume est redevenu un acteur incontournable. Ces progrès peuvent être capitalisés tout en permettant de nouvelles avancées. La «neutralité positive» vis-à-vis des principaux conflits géopolitiques actuels dans le monde : Chine-EUA ; Russie-Europe ou Russie-OTAN ; Chine-Europe ; EUA-Amérique Latine (…), s’est révélée être une option stratégique pertinente. Avec l’amélioration qualitative et continue des rapports avec l’Espagne, une double fenêtre s’est ouverte pour le Maroc, à travers l’Europe, partenaire classique, mais aussi et surtout avec l’Amérique Latine où la question nationale a commencé à sortir de la «zone grise» pour être mieux appréhendée dans sa réalité historique et dans ses vrais enjeux politiques actuels.
En interne, un investissement particulier est à prévoir nécessairement en «matière grise», dans le domaine de la diplomatie, notamment dans les universités spécialisées, pour contribuer aux processus décisionnels officiels et à la création de conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle génération de «savoir théorique et pratique», en matière de politique étrangère, qui se nourrit de la compréhension de la réalité internationale actuelle, dans toute sa dynamique, des défis majeurs mondialement partagés, et des meilleures expériences et pratiques diplomatiques. En effet, dans un contexte international où la gouvernance mondiale, notamment au sein de l’ONU, est en crise, le Maroc peut jouer un rôle actif et important dans la gestation en cours d’un nouvel ordre international, plus équitable, fondé sur des principes de paix juste et durable, et où l’avenir est nécessairement multilatéral, avec une prévalence systémique des règles du droit international sur la logique primaire, voire primitive, de la force/puissance. La consécration effective de cette prévalence du droit sur la force étant le meilleur indicateur de progression dans l’émergence d’une «civilisation universellement partagée», celle où fraternité humaine et paix sont deux sœurs jumelles. L’urgence actuelle est de faire front avec d’autres Etats aux régressions en cours et d’éviter une nouvelle barbarie.
Le front international du climat : là où s’articulent étroitement le local et le global
Le réchauffement climatique est un défi universel qui impose nécessairement et inévitablement un front commun au niveau international. C’est même le premier et vrai défi de ce 21ème siècle.
Au Maroc, au cours des dernières décennies, le phénomène de la sécheresse qui n’est que l’aspect le plus apparent et le plus urgent de la dégradation de l’environnement, est devenu plus récurrent et plus durable, en rapport avec la répartition inégale des pluies dans le temps et dans l’espace. D’où une crise hydrique structurelle due en même temps à la baisse des pluies ou leur mauvaise répartition spatio-temporelle, et à la surexploitation des réserves d’eaux superficielles et souterraines. Face à cette crise, le Maroc a entamé des actions visant à remédier au manque d’eau, à travers notamment la construction de nouveaux barrages, le traitement des eaux usées, l’interconnexion des bassins hydrauliques, et la construction d’usines de dessalement de l’eau de mer. En parallèle, un nouveau mode de gouvernance hydrique est en cours de mise en œuvre. Néanmoins, ce mode de gouvernance gagnerait certainement à être inclusif. Il en est de même des politiques publiques dont principalement la politique agricole, où les priorités actuelles, devenue inadaptées, sont à confronter avec la réalité actuelle et évolutive du potentiel hydrique national et territorial.
Au niveau international, le Maroc figure parmi les acteurs les plus dynamiques en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de l’environnement à travers sa participation et ses engagements. L’importance des investissements en matière d’énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien, au cours des dernières décennies, illustre bien la volonté du Royaume à participer à la baisse de la consommation des énergies fossiles, principales sources des gaz à effets de serre (GAES). Le Maroc s’est aussi illustré, au niveau international, en organisant la COP 22, à Marrakech, en 2016, immédiatement après celle organisée à Paris, en 2015, et qui a donné lieu à l’adoption de l’un des principaux accords historiques (Accord de Paris sur le réchauffement climatique), après le Protocole de Kyoto, adopté en 1997. Cependant, l’évolution récente, surtout après la réélection de D. Trump à la Maison Blanche, aux Etats Unis d’Amérique (EUA), a connu un ralentissement, voire une régression, par rapport aux ambitions et aux objectifs affichés dans l’Accord de Paris, en 2015. Les résultats mitigés de la dernière COP organisée au Brésil, en 2025, attestent bien de cette réalité. L’exploitation des ressources énergétiques fossiles, y compris le charbon, dominent largement le bouquet énergétique primaire mondial (81% en 2022), bien que leur consommation augmente légèrement moins rapidement que la consommation totale (+ 69% depuis 1990), en raison de la croissance moins dynamique de la consommation des produits pétroliers, et compte tenu de la forte implication de la Chine (dans la lutte contre le réchauffement climatique, contrairement aux EUA) qui a exceptionnellement réussi à développer ses capacités de production de ressources énergétiques propres/renouvelables (Voir encadré ci-contre).
Cette évolution peu favorable à la réalisation des objectifs fixés par l’Accord de Paris, notamment le non dépassement de la hausse de la température à 1,5°C maximum, en réduisant les émissions de GAES de 55% avant 2035, pour atteindre zéro émission nette en 2050, est inséparable du contexte mondial actuel où les tensions et les conflits armés ont tendance à se multiplier et à s’intensifier. C’est aussi le cas de l’objectif financier collectif de la «solidarité climatique» ou «justice climatique», consistant à mobilier 100 milliards de dollars par an pour les pays en développement, entre 2020 et 2025. Un objectif non atteint et constamment reconduit sine die.
Aujourd’hui, la plupart des principaux Etats concernés ont revu leurs priorités en augmentant les budgets militaires. L’administration étatsunienne dirigée par Trump s’est même à nouveau retirée de l’Accord de Paris et a fermé presque tous ses robinets à la coopération internationale, notamment en matière de climat.
Armée de prudence, la diplomatie marocaine, dans le domaine du climat et de la protection de l’environnement, maintient fortement sa présence internationale active, aussi bien sur le plan bilatéral que multilatéral. Cette position est le fruit de la prise de conscience d’une réalité climatique à la fois locale et globale, exprimée au plus haut sommet de l’Etat, à maintes reprises. De par sa position géographique exceptionnelle et de par son expérience accumulée dans la gestion des catastrophes naturelles (incendies, inondations, tremblements de terre…), et malgré la rareté des ressources, le Maroc dispose d’une crédibilité et d’un potentiel mondialement reconnus qui lui permettent de jouer un rôle très actif et positif dans la dynamique de changement et de progrès en matière de prévention et de lutte contre le réchauffement/dérèglement climatique. Pour le Maroc, comme pour de nombreux Etats dans le monde, et surtout en Afrique, le principal défi est de concilier la croissance et la protection de la nature pour assurer un développement humain et durable.
Un monde toujours énergivore
La consommation mondiale d’énergie primaire a atteint 172 821 TWh en 2022, en augmentation de 71 % depuis 1990. Les énergies fossiles continuent à dominer largement le bouquet énergétique primaire mondial (81 % en 2022). Toutefois, leur consommation a augmenté légèrement moins rapidement que la consommation totale (+ 69 % depuis 1990), en raison de la croissance moins dynamique de la consommation de produits pétroliers. Celle-ci a augmenté de 39 % sur la période, à un rythme bien plus bas que le charbon (+ 85 %) et le gaz naturel (+ 107 %).
La consommation de biomasse et de déchets a connu une hausse de 56% depuis 1990 et a représenté 9 % du bouquet énergétique primaire en 2022. L’hydraulique a augmenté de 103 % (2,5 % du bouquet en 2022) et le nucléaire de 33 % (4,7 % de la consommation d’énergie primaire en 2022). La consommation des autres énergies (solaire, éolien, géothermie) est multipliée par 12, pour atteindre une part de 3,1 %.
Source : SDES, d’après les données de l’AIE.
Auteur: Amine Messaoudi
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