En lisant un papier de notre correspondant local paru dans l’édition du Soir d’Algérie d’hier, on apprend que les vendanges ont commencé dans les plaines de Mostaganem. Du coup, on s’est remis à rêver: ah, les vendanges! Non seulement on s’est remis à rêver mais on s’est aussi rappelé que l’Algérie est une terre de raisins et de vins. On sait ce qu’il en reste et ce que le paie a fait de ce qu’il avait. Puis, nous revient cette réalité que toutes les édulcorations et tous les fantasmes ne peuvent pas occulter: c’est la France coloniale qui a planté des vignobles sur nos plaines et nos coteaux, c’est la France qui en a eu la volonté économique et le savoir-faire. On aurait pu tout garder, les colons n’ont pas de représailles nos terres en partant. Si la formule est vieillotte, usée, elle n’a jamais manqué de justesse et de pertinence. Non seulement les colons n’ont pas emporté nos terres dans leurs bagages de retour, mais ils ont laissé les vignes derrière eux. C’est l’Algérie de l’indépendance qui les a «arrachées». Il fallait remplacer la vigne par des cultures «stratégiques», nous at-on dit. Comme si le vin empêchait le blé.
Il y a pire: comme si par la suite, nous avions produit du blé! L ‘«entreprise» a commencé dans la foulée de l’indépendance et elle s’est poursuivie jusqu’à ce qu’il ne reste quasiment plus rien. Il nous est resté tout de même quelques hallucinations: un nombre jamais vérifié d’hectolitres qu’on aurait produit dans l’Algérie indépendante et un autre volume qu’on aurait exporté. Puis ce fantasme aux couleurs de mensonge inutile: nos vins récemment rivalisés avec les grands crus de France et de Navarre. Dans la vraie vie, ils sont vendus au prix de la dernière piquette. Parce que le savoir-faire, on Parce avoir perdu dans la folie nationale de mauvaise conscience qui consiste à produire du vin. On aurait pu en faire un pan de développement et un outil d’ouverture qui nous aurait classés dans la vie moderne. Les colons n’ont pas emporté les caves dans leurs valises. Ils n’ont pas emporté les fabriques de tonneaux, le liège pour les bouchons et le sable pour le verre à bouteilles. Après l’arrachage, il nous reste quelques cèpes rachitiques, les plaines et les coteaux, quelques caves en ruines et l’immensité du gâchis. Non, la vigne ne peut pas «remplacer» le pétrole, pour plein de raisons dont celle-ci, qui relève de la plaque évidence: on peut avoir les deux. Nous n’avons plus de vin, ce n’est pas pour autant que nous avons du blé. Bientôt, nous n’aurons plus de pétrole. Des vendanges à Mostaganem? Oh, que c’est touchant, émouvant. Le panier sur le dos, le sécateur en main et le tracteur à benne entre deux allées. Il paraît qu’on fait maintenant du vin avec des betteraves au pays du Dahra. Est-ce que nous avons des betteraves? Ailleurs, le vin est toujours aussi bon et aussi louable. Le Chili, l’Afrique du Sud et la Californie concurrencent les Bordeaux. Ils ne sont pas dans le fantasme, encore moins dans la mauvaise conscience. Le vin est bon. Avec modération.
SL
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