Pourquoi les prévisions les plus alarmantes sur l’évolution de la pandémie sont plus « partagées » que celles qui incitent à l’optimisme ? Une interrogation choisie arbitrairement parmi tant d’autres. La réponse, comme la question d’ailleurs, n’est peut-être pas la priorité de l’heure, l’effort de réflexion sur les meilleures voies et moyens d’en finir  avec la saloperie. Mais quand tout sera terminé, il faudra bien s’y intéresser et ce n’est pas seulement une affaire de psychologues. En attendant, on peut s’arrêter sur quelques indices. Sans s’y investir évidemment, d’abord parce que comme on l’a dit, il y  a plus urgent. Étant entendu que les réponses ne sont pas de l’ordre du vital mais de la psychologie sociale qui ne peut servir que dans les « bilans et perspectives » à faire dans la sérénité retrouvée. Ensuite parce qu’au point où en sont le pays et l’humanité entière, tout ce qui ne relève pas du vital est relégable au second plan, sans état d’âme, sans hésitation. Quand on arrive à se confiner des semaines durant à la maison, on renonce à ses habitudes les plus basiques, ses plaisirs les plus simples et ses réflexes les plus anodins, ça ne doit pas être bien  difficile de surseoir à quelques questionnements à mi-chemin entre le caprice existentiel et la prétention savante. Envisagées autrement, on en aura pourtant bien besoin, quand il s’agira de construire le nouveau dispositif de combat contre la maladie. Quand on aura tout compris du virus et de ses réelles capacités de destruction, quand on connaîtra ses moyens de régénération — ou les possibilités de sa désintégration —, quand on se mettra sur le vaccin plus que sur les respirateurs, sur les thérapies plus que sur la limitation des dégâts, on prendra le temps de répondre à toutes les questions, y compris celles dont on a tu les réponses alors qu’on les connaissait déjà. Mais celles dont on ignore les réponses sont, à l’évidence, plus nombreuses. Sinon les choses auraient été certainement plus simples, ou plus précisément moins compliquées. C’est que tout est nouveau dans cette maladie et rien qu’à entendre les scientifiques les plus émérites le répéter à chaque fois sonne la mesure des difficultés. Ils ne disent pas ça sur le ton de l’impuissance et de la résignation mais avec les mots du réalisme et de la vérité scientifique. C’est précisément cette manière d’appréhender les choses qui a fait que l’effort soit intensifié pour faire d’abord avec ce que le monde a sous la main comme armes de combat et ensuite trouver de nouvelles solutions. Et c’est loin d’être une surprise, encore moins un paradoxe, que toutes les améliorations soient réussies dans cet esprit-là. Ce n’est par ailleurs pas étonnant que les pays qui ont obtenu les meilleurs résultats sont ceux qui avaient des disponibilités à faire face aux grandes crises, les pays où les scientifiques ont tout de suite pris le pouvoir. Les politiques ont fourni les logistiques de combat et de recherche, tout en organisant les stratégies de lutte. S’il y a eu quelques surprises quant aux capacités de riposte dont les États-Unis sont le pays emblématique, il ne faut pas qu’on s’y méprenne. Les disponibilités américaines en la matière sont énormes. On n’est jamais la première puissance mondiale par hasard mais on peut se rater parce que les gouvernants du moment ne sont pas à la hauteur d’un défi. Surtout quand, plus grave, des considérations de pouvoir prennent le pas sur les enjeux vitaux.
S. L.

Auteur:
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.