Webinaire du PPS sur légalisation de la culture et de l’industrialisation du cannabis au Maroc

Darfaf Khalid

Dans le cadre des préparatifs relatifs à l’élaboration de son programme électoral et conformément à son approche participative, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a organisé, mardi 26 avril, une conférence à distance autour du thème « Contexte de la légalisation de la culture et de l’industrialisation du cannabis au Maroc à la lumière du projet de loi 13.21 ». Présidé et introduite par le Secrétaire général du Parti, Mohamed Nabil Benabdallah, cette rencontre a été modérée par Aicha Lablaq, membre du Bureau politique du Parti et présidente du Groupement parlementaire du progrès et du socialisme (GPPS).

La conférence a vu la participation d’éminents chercheurs, experts et militants associatifs, à savoir  Mohamed Lahmamouchi, professeur à l’Université Montréal au Canada et ancien président de l’Union arabe des plantes médicinales et aromatiques, Chakib El Khiyari, coordinateur de l’alliance marocaine pour l’utilisation du cannabis à des fins  médicinales et industrielles, Abdellatif Ouammou, avocat et conseilleur du PPS à la deuxième chambre du Parlement, Charif Adardak, acteur associatif et directeur de la revue Tidghine des recherches et développement, Mohamed Boudouah, professeur de l’enseignement supérieur et Mohamed Lamrabti,  militant des droits de l’Homme et chercheur sur les questions du Rif.

Benabdallah : « Mettre à terme à l’exploitation des petits paysans »

Dans son allocution introductive, Mohamed Nabil Benabdallah, leader du Parti du Livre a mis l’accent sur les défis à relever quant à la mise en œuvre de ce projet de loi.  « Nous ne pouvons que nous féliciter de l’organisation de cette rencontre qui témoigne encore une fois  que le Parti du progrès et du socialisme (PPS)  débat de toutes les questions principales voire primordiales qui traversent la société marocaine », a-t-il noté en substance. Et d’ajouter que ce projet de loi portant sur les usages licites du cannabis et  qui suscite plusieurs questionnements constitue en lui-même une initiative audacieuse. D’ailleurs, a-t-il souligné que depuis que ce sujet a été soumis au débat public, le PPS s’est ingénié à l’appréhender  non pas sous un angle de valeurs éthiques ou encore d’un point de sécuritaire, tant s’en faut!

Ainsi, le conférencier s’est interrogé sur la pertinence de ce projet de loi et sa concrétisation sur des bases claires, qui devraient être fondées sur un encadrement qui met un terme à l’abus de certains milieux qui exploitent de manière illégale les petits agriculteurs et paysans, condamnés à vendre leurs marchandises à un prix déraisonnable.  En termes plus clairs, si c’est le cas et que la situation profitera encore à ces milieux, le PPS ne peut que dénoncer ces actes et sera vent debout, a-t-il laissé entendre.  

Il faut dire, selon le leader du Parti du Livre, que l’instrumentalisation de la loi par ces milieux, portera certainement atteinte à la réputation de l’Etat et à sa stabilité, indiquant dans ce sens que notre pays a été menacé dans sa sécurité, en faisant allusion à l’argent issue de ce commerce illicite et son infiltration dans la scène politique et que tout le monde s’en rappelle. Cela étant, l’Etat est appelé à fixer l’espace géographique  destiné à la culture du cannabis en vue de barrer la route à toutes les pratiques illégales  de commerce ou encore d’exploitation de la population locale. Le dirigeant du PPS n’a pas manqué l’occasion pour mettre l’accent sur le fait que la quasi-majorité des familles qui vivent de la culture du cannabis sont des paysans plongés dans la pauvreté et qui se trouvent dans une situation désastreuse. « Chaque famille a au moins  un membre qui se trouve à la prison à cause d’une affaire lié à la culture du cannabis », a-t-il noté. Autrement dit, l’Etat est censé à trouver une solution pérenne à ces familles fragilisés  qui vivent de la culture du cannabis, et garantir à travers ce projet une exploitation maitrisée dans les zones indiquées par la loi tout en luttant contre le risque d’expansion  et, par conséquent, toute production excessive de cette plante, a-t-il averti. Le cas échéant, le PPS va interagir positivement avec le sujet, a-t-il déclaré avec insistance, tout en notant que l projet de loi contient des possibilités importantes qui auront un impact positif sur les pauvres paysans.     

Par ailleurs, Aicha Lablaq n’a pas manqué l’occasion pour rappeler les positions de son Parti qui consiste dans le fait que la culture du cannabis et son industrialisation relève d’un registre sociale dont  la finalité est celle de servir les intérêts du paysans et paysannes, l’amélioration de leur condition de vie et le développement de la région. Et d’ajouter que le Parti en abordant cette question, a pris le soin d’adopter une démarche participative impliquant les experts, des chercheurs académiques, des acteurs politiques et des droits de l’Homme sans omettre les représentants de la population locale.

Mohamed Lahmamouchi : « développer une stratégie sectorielle »

Quant à Mohamed Lahmamouchi, il a considéré que ce projet de loi est venu au moment opportun et s’inscrit dans le cadre des développements et les changements d’orientation à l’échelle internationale par rapport à la plante de cannabis, marquée essentiellement par l’autorisation de son l’utilisation à des fins médicinales, pharmaceutiques ou esthétiques. « Il s’agit d’une décision politique importante », a-t-il indiqué. Cependant, le professeur indique que le projet de loi contient quelques ambigüités en passant sur une définition précise des différentes types d’utilisations médicinale ou et industrielle de la plante de cannabis. En sus de cela, l’intervenant, tout en se référant à des études scientifiques,  a fait savoir que les composantes chimiques de la plante du kif plantée dans le Rif  (THC, CBD)  ne répondent pas aux besoins de l’utilisation médicinale, comme c’est le cas au Canada ou Israël. D’où la nécessité de conclure des partenariats gagnant-gagnant  avec les grandes entreprises internationales opérant dans le secteur afin de développer de nouvelles variantes, qui correspondent aux objectifs fixés par l’Etat marocain. Pour ce faire, la mise en œuvre d’une stratégie sectorielle, basée sur la recherche scientifique et l’encadrement des coopératives est une condition sinon qua non pour mener à bien ce projet, a-t-il avancé.

Chakib El-Khayari : un marché prometteur

Chakib El Khiyari a indiqué que la production globale  du cannabis destinée à l’utilisation médicinale a connait une augmentation significative à l’échelle mondiale, passant de 1,4T à  86, 5 T en 2018, selon un rapport onusien. Encore plus, la demande mondiale sur la plante du cannabis n’a cessé de croitre, atteignant l’année en cours 344, 5T, a-t-il fait savoir. Abondant dans le même ordre d’idées,   l’intervenant a souligné que le chiffre d’affaires du cannabis a été estimé à 16,5 milliards dollars, alors que les prévisions prévoient que ce chiffre d’affaire atteindra  44,4 milliards de dollars en 2024. Or, la question qui s’impose selon lui, le Maroc sera- t-il capable de résister à la concurrence internationale ?

Sur un autre registre, l’intervenant a exprimé son étonnement par rapport à la réserve  du Parti de la Justice et du développement (PJD), qui a demandé un avis du Conseil économique, sociale et environnementale (CESE), en précisant que ce dernier a émis son avis en 2017 considérant que la plante du cannabis fait partie des richesse naturelle du pays qu’il faut la valoriser.

Abdellatif Ouammou : « Il faut abandonner les poursuites judicaires »

Abdellatif Ouammou, conseilleur du PPS à la deuxième Chambre du Parlement  a jugé que la culture du cannabis au Maroc a été toujours soumise aux rapports de forces.  Pour lui, le rôle de la société civile, l’augmentation de la demande notamment de la part de certains lobbies a fait que l’Etat a procédé à une accélération de la cadence législative  accélérer en légiférant une loi de régulation de l’utilisation de cette plante.  Toutefois, l’ex bâtonnier a mis l’accent sur le fait que ce projet pose problème au niveau de la gouvernance étant donné que le gouvernement s’est approprié à lui seul l’initiative de promulguer les 8 décrets régissant l’application de la loi. Il est certes que ce projet constitue un acquis, mais, on n’est pas encore sortie de la logique de sanction a-t-il averti. C’est un projet de loi qui a établi des garde-fous en imposant des mesures restrictives, a-t-il expliqué.  

Il a aussi appelé l’Etat à abandonner les poursuites judiciaires à l’encontre des paysans et petits agriculteurs du cannabis. Certes, le projet de loi demeure un pas en avant, mais son application requiert un apaisement dans la région du Rif et ce en prenant en considération les conditions des agriculteurs qui sont opprimés dans la région. Comme quoi,  la réconciliation avec la population locale constitue une entrée principale pour concrétiser ce projet, a-t-il martelé.   

Charif Adardak : «  valoriser le cannabis de loisir »

Abondant dans le même ordre d’idées, Charif Adardak a estimé  que la résolution des problèmes du Rif requiert la mise en place d’une approche socio-économique, tout en soulignant que le texte de loi demeure ambiguë, étant donné qu’il parle de manière générale du cannabis et ne fait aucune allusion à la plante du « Kif », qui est une plante authentique purement  marocaine, en déplorant dans ce sens le fait que le projet de loi a fait l’impasse sur le cannabis de loisir, à l’instar du Pays-Bas. Il s’agit pour lui d’une plante qui reflète une identité spatiale et qui fait partie de notre richesse nationale.

Pour lui, la légalisation de la plante pour une utilisation médicinale ne va point servir à grand-chose la région, qui a besoin d’un plan Marshal. Autre point non moins important, celui de l’Agence nationale de légalisation des activités liées à la culture El Kif. En fait, a-t-il insisté, cette instance devrait être installée dans la région du Rif en vue de donner un véritable sens au concept de la régionalisation et doit comprendre toutes les acteurs concernés notamment les représentants de la société civile de la région.  

Mohamed Lamrabti : «  Un projet de loi qui anticipe la crise »

Quant à Mohamed Lamrabti, militant des droits de l’Homme et chercheurs dans les questions du Rif, il a axé son intervention sur la dimension sociale et historique de la culture du Kif dans la région. Il faut dire, selon lui, que cette plante, revêt chez la population locale une importance cruciale, incarnant un lien existentiel.

Inscrivant son analyse dans une approche historique, le conférencier a expliqué comment  cette plante a constitué un moyen de résistance pour le mouvement national face à l’occupant et ce en appelant à  boycotter  les produits du tabacs.  Pour lui, le projet de loi constitue en lui-même un programme qui vise à anticiper la crise, indiquant dans ce sens que le souci de l’Etat se situe loin de toute considération pécuniaire.  Au contraire, il s’agit plutôt d’un projet qui veut réhabilitation de  la région,  la préservation de la richesse hydrique en vue  d’endiguer la crise.  « C’un projet prometteur qui ne fera pas certainement l’affaire des grands bénéficiaires et les barons de la drogue », a-t-il conclu.

Mohamed Boudouah : « Renforcer le rôle des acteurs »

Même son de cloche chez Mohamed Boudouah, auteur d’une thèse de doctorat sur la culture du cannais au Maroc,  qui a appelé, pour sa part,  au renforcement des rôles des acteurs et l’amélioration de des indicateurs de la gouvernance, notamment celles des coopératives et la fixation des attributions de chaque intervenant pour éviter tout chevauchement.

Le professeur universitaire a aussi invité les décideurs des politiques publiques à penser la stratégie de l’industrialisation et la maitrise de tout le processus de production tout en veillant à impliquer les agricultures dans le processus décisionnel, a-t-il appelé  avec insistance.

Auteur: M’hammed rahal
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