Législatives au Maroc : pourquoi le vote des jeunes est la grande inconnue du 23 septembreLégislatives au Maroc : pourquoi le vote des jeunes est la grande inconnue du 23 septembre

Le Maroc élira le 23 septembre les 395 membres de sa Chambre des représentants. Mais au-delà du rapport de forces entre partis, une autre inconnue accompagne ce scrutin : qui se déplacera réellement aux urnes ? Selon les données officielles arrêtées au 10 juillet 2026, à l’issue d’une révision exceptionnelle des listes électorales, moins d’un inscrit sur cinq a moins de 35 ans.

Une question particulièrement intéressante vue depuis Tunis, alors que la participation électorale récente s’est inscrite dans des configurations très différentes au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

L’essentiel

Le scrutin législatif marocain se tiendra le 23 septembre 2026 pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants.

15 801 162 électeurs figurent sur les listes arrêtées au 10 juillet après une opération de révision exceptionnelle.

Les 18-24 ans représentent 4 % des inscrits et les 25-34 ans 15 %. Les pourcentages officiels étant arrondis, la formulation la plus solide reste que moins d’un inscrit sur cinq a moins de 35 ans.

Les 60 ans et plus constituent à eux seuls 29 % du corps électoral.

Une campagne pour 395 sièges

La campagne électorale, ouverte le 10 septembre, doit s’achever le 22 septembre à minuit. Le lendemain, les électeurs seront appelés à renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants.

L’offre électorale est particulièrement dense. Au terme du dépôt des candidatures, le ministère marocain de l’Intérieur a annoncé 1 850 listes représentant 7 288 candidatures.

Le portail officiel consacré aux élections mentionne 27 partis politiques participants, tandis que le bilan final des candidatures fait état de 28 formations politiques en intégrant une coalition constituée pour le scrutin. Ce décalage de présentation ne change pas l’essentiel : les électeurs marocains auront devant eux une offre particulièrement large.

Le processus électoral doit également être suivi par 3 006 observateurs, issus notamment du Conseil national des droits de l’Homme, d’organisations marocaines et de délégations internationales.

Le chiffre qui interpelle : l’âge du corps électoral

Le nombre total d’inscrits attire naturellement l’attention : 15 801 162 électeurs. Mais la donnée la plus éclairante se trouve peut-être dans leur répartition par âge.

Le corps électoral marocain par âge

18-24 ans : 4 %

25-34 ans : 15 %

35-44 ans : 21 %

45-54 ans : 21 %

55-59 ans : 10 %

60 ans et plus : 29 %

Ces données correspondent aux listes électorales arrêtées au 10 juillet 2026. Les pourcentages étant arrondis, il serait artificiel d’en déduire un nombre exact d’électeurs de moins de 35 ans. La formulation la plus prudente est donc aussi la plus parlante : moins d’un inscrit sur cinq a moins de 35 ans.

À l’autre extrémité de la pyramide électorale, les personnes âgées de 60 ans ou plus constituent la tranche la plus importante, avec 29 % des inscrits.

Population et électorat : le décalage apparaît mieux

Pour comparer les mêmes classes d’âge, il faut regarder non pas seulement la population totale du Maroc, mais la population en âge de voter.

Selon les projections démographiques du Haut-Commissariat au Plan fondées sur le RGPH 2024, le Maroc compterait en 2026 environ 37,25 millions d’habitants, dont près de 25,94 millions âgés de 18 ans ou plus.

Parmi eux, les 18-34 ans seraient environ 9,19 millions, soit un peu plus de 35 % de la population adulte. Les seuls 18-24 ans représenteraient environ 4 millions de personnes.

Dans le corps électoral inscrit arrêté au 10 juillet, la structure est très différente : les 18-24 ans représentent 4 % des inscrits et les 25-34 ans 15 %.

À retenir : les 18-34 ans représentent environ un tiers de la population marocaine en âge de voter, mais moins d’un cinquième des électeurs inscrits. Ce décalage mesure une sous-représentation sur les listes électorales, pas nécessairement un désintérêt pour la politique.

15,8 millions d’inscrits ne signifient pas 15,8 millions d’électeurs mobilisés

Il faut toutefois éviter une interprétation tentante : comparer simplement le nombre d’inscrits de 2026 à celui de 2021 et transformer l’écart en mesure du désengagement politique.

Les listes utilisées pour les élections de septembre ont en effet été arrêtées après une opération de révision exceptionnelle. Les travaux des commissions administratives ont porté à la fois sur de nouvelles inscriptions, des transferts d’inscription, des radiations légales et la correction d’erreurs matérielles.

Ce que le chiffre permet de dire — et ce qu’il ne permet pas de dire

On peut dire : 15 801 162 électeurs figurent sur les listes définitives arrêtées au 10 juillet 2026 après révision exceptionnelle.

On ne peut pas en déduire : que tout écart avec le nombre d’inscrits d’une élection antérieure correspond à des citoyens ayant choisi de se détourner du vote. Il faudrait pour cela disposer d’une ventilation précise entre radiations, nouvelles inscriptions, transferts et autres mouvements du fichier électoral.

Cette distinction est essentielle : être absent d’une liste électorale, être inscrit mais ne pas voter et rejeter l’offre politique sont trois phénomènes différents. Ils ne peuvent pas être additionnés sous une seule notion d’« abstention ».

Pourquoi les 50,35 % de 2021 doivent être maniés avec précaution

Le précédent scrutin législatif marocain avait affiché un taux de participation national de 50,35 %. Pris isolément, ce chiffre constitue naturellement un point de référence pour le scrutin du 23 septembre.

Mais 2021 présentait une particularité majeure : le 8 septembre, les Marocains votaient simultanément aux élections législatives, communales et régionales. Trois scrutins étaient donc organisés le même jour.

La configuration de 2026 est différente : le rendez-vous du 23 septembre porte sur l’élection des membres de la Chambre des représentants. La comparaison avec le taux de 2021 reste utile, mais elle ne peut être lue comme une comparaison parfaitement équivalente.

Vu depuis Tunis, que signifie vraiment une « faible participation » ?

C’est ici que le scrutin marocain prend une dimension maghrébine. La question de la participation est également centrale en Algérie et en Tunisie, mais les taux disponibles correspondent à des élections organisées selon des règles et dans des contextes différents.

ScrutinParticipationContexte à garder en tête
Maroc 202150,35 %Législatives organisées le même jour que les élections communales et régionales.
Algérie 202621,24 % sur le territoire national ; 10,75 % pour les électeurs établis à l’étrangerÉlections législatives du 2 juillet 2026. Les résultats officiels distinguent le vote sur le territoire national de celui de la communauté établie à l’étranger.
Tunisie 2022, premier tour1 025 418 votants sur 9 136 502 inscrits, soit 11,22 %Mode de scrutin uninominal introduit en 2022 ; les principales forces d’opposition n’ont pas pris part au scrutin. Données de participation : ISIE.
Maroc 2026À connaître le 23 septembreÉlections législatives pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants.

Attention à la comparaison : ces chiffres ne constituent pas un classement de la mobilisation électorale au Maghreb. Les systèmes électoraux, les règles de candidature, le contexte politique et la nature des scrutins diffèrent. Ils permettent en revanche de situer l’échelle de la participation électorale récente dans les trois pays.

C’est précisément ce qui rend le résultat marocain intéressant vu depuis Tunis. Une baisse sensible par rapport aux 50,35 % de 2021 pourrait être analysée au Maroc comme un signal politique important, tout en laissant le Royaume à un niveau de participation très différent de ceux récemment observés lors de législatives en Algérie ou en Tunisie.

GenZ212 : une jeunesse peu présente sur les listes, mais pas nécessairement loin de la politique

La faible place des moins de 35 ans dans le corps électoral ne permet pas, à elle seule, de conclure à une jeunesse dépolitisée.

À partir de la fin septembre 2025, le Maroc a connu des mobilisations portées notamment par le collectif GenZ212, organisées largement via les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Les premières manifestations ont notamment porté sur la santé, l’éducation, l’emploi et les services publics.

À l’approche des législatives, la presse marocaine s’interroge elle-même sur ce décalage. TelQuel a notamment posé la question d’un éventuel passage « de la rue aux urnes » et souligné la faible place occupée par les jeunes dans le corps électoral.

La question du 23 septembre

Les mobilisations de 2025 ne permettent pas d’affirmer que les jeunes descendus dans la rue sont les mêmes que ceux absents des listes électorales. La question posée par une partie de la presse marocaine reste donc ouverte : une partie de cette mobilisation trouvera-t-elle une traduction dans les urnes ?

Le véritable chiffre à attendre sera celui du 23 septembre

Les 15,8 millions d’inscrits décrivent le corps électoral. Ils ne disent pas encore combien de Marocains voteront.

Le taux de participation du 23 septembre constituera donc l’un des premiers indicateurs politiques du scrutin, parallèlement au rapport de forces entre les différentes formations. Sa comparaison avec 2021 devra toutefois intégrer le changement de configuration électorale entre les deux rendez-vous.

Le scrutin permettra également d’observer si le décalage actuellement visible entre le poids démographique des jeunes adultes et leur présence parmi les inscrits devient l’un des sujets centraux de l’après-élection.

Au Maroc comme ailleurs au Maghreb, la question ne sera donc pas seulement de savoir qui gagne les élections. Elle sera aussi de savoir quelle place les urnes occupent encore parmi les différentes formes d’expression politique et sociale.

Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Auteur: balkis T
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.