15.000 candidats briguent 217 sièges au Parlement
L’ombre de Nabil Karoui, toujours en prison, plane sur le scrutin
Kais Saied, candidat aux présidentielles tunisiennes, dans un bureau de vote, dimanche 6 octobre (Ph. AFP)
Les Tunisiens ont commencé, dimanche 6 octobre, à voter pour élire leurs députés dans le cadre d’un scrutin qui pourrait être une continuité des présidentielles. En effet, les législatives pourraient se traduire par le rejet des partis traditionnels et la balkanisation du champ politique en une myriade de partis sans expérience.
Premier symptôme de ce «dégagisme», si lors des premières élections post-révolution de 2011, les électeurs montraient fièrement leur doigt marqué d’encre, dimanche 6 octobre, la plupart s’empressaient d’essuyer l’empreinte électorale. Au sortir d’un bureau de vote, Mohamed Daadaa, 60 ans, a déclaré avoir participé au scrutin «sans aucun espoir d’un changement positif dans ce pays. Je n’ai confiance en personne et en aucun parti politique. La vie ne fait qu’empirer dans ce pays!».
«Les gens n’ont plus confiance dans les anciens partis et ne connaissent pas les nouveaux», estime Ali Rekiki, jeune observateur de l’organisation tunisienne Mourakiboun. 7 millions de personnes devaient voter jusqu’à 18h locales dimanche. Les résultats seront proclamés mercredi 9 octobre. Les sondages devraient déjà donner dès dimanche soir les premières tendances. Trois semaines après le premier acte de scrutin présidentiel qui a balayé les dirigeants sortants, les sondages officieux annonçaient déjà l’arrivée d’une vague d’indépendants.
Plus de 15.000 candidats se disputent 217 sièges dans un Parlement dominé jusqu’à présent par le parti islamiste Ennahda, qui avait scellé il y a cinq ans une alliance contre-nature avec le principal parti du centre, Nidaa Tounes. La formation politique, fondée par l’ancien président Béji Caïd Essebsi, est déchirée depuis par des luttes intestines.
Le parti islamiste est actuellement en perte de vitesse et au coude-à-coude avec Qlab Tounes, fondé il y a moins de six mois par le controversé homme d’affaires Karoui, issu de Nidaa Tounes.
Les troisièmes élections post-révolution sont en outre éclipsées par une présidentielle à suspense dont les candidats en rupture avec les élites politiques restent en lice pour le second tour prévu dimanche prochain: Kais Saied, un juriste sans structure partisane, et Nabil Karoui, fondateur du mouvement Qalb Tounes (Cœur de la Tunisie) et actuellement en prison depuis fin août dernier pour «fraude fiscale et blanchiment d’argent». C’est une situation inédite. Kais Saied a suspendu sa campagne électorale du fait que son rival n’a pas accès aux moyens de communication.
L’arrestation de Nabil Karoui, fondateur de la chaîne de télévision Nesma alimente des soupçons sur une instrumentalisation de la justice. Ses partisans ont réclamé le report du deuxième tour de la présidentielle.
H.E. avec AFP
Auteur: hlafriqi
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